Schubert sur le rocher de Monaco

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital, Musique symphonique

Monaco. Auditorium Rainier III ; Opéra Garnier. 03, 04 & 05-IV-2009. György Kurtag (né en 1926) : Signes, jeux et messages ; Mouvement ; Six moments musicaux ; Hommage à Mihaly Andras (Douze Microludes). Franz Schubert (1797-1828) : Symphonies n° 8 & 9 ; Voyage d’hiver ; Chant du cygne ; Sonate en si bémol majeur D. 960 ; Quatuors n° 13 « Rosamunde » & 14 « La Jeune Fille et la Mort ». Matthias Gœrne, baryton ; Tabea Zimmermann, alto ; Christoph Eschenbach, piano ; Quatuor Zemlinsky ; Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, direction : Yakov Kreizberg

Printemps des Arts de Monaco

Pour sa cinquième édition à la direction du Printemps des Arts de Monaco, qui célèbre son quart de siècle, le compositeur entend démontrer combien il est naturel pour les musiciens de jouer les œuvres contemporaines comme des classiques au milieu d’un programme ambitieux.

Depuis 2003, le Printemps des Arts de Monte-Carlo est un festival hors normes dans une principauté que l’on croyait à jamais pétrifiée dans le conservatisme, avec une programmation de prestige confiée à des stars. Jusqu’au jour où la princesse Caroline se décida à confier les rênes de la manifestation au plus iconoclaste des compositeurs français, , formant ainsi un contraste saisissant avec cette cité figée dans la tradition. Aujourd’hui, la réussite est incontestable. Le public se bouscule à chaque concert, quelles que soient les œuvres proposées, et ingère sans broncher les musiques les plus dissemblables. A l’instar des cinq précédentes éditions, celle de 2009 met en regard création contemporaine et grand répertoire. Le premier week-end a été entièrement consacré à deux compositeurs de l’Europe Centrale : le Viennois et notre contemporain hongrois, installé à Bordeaux, György Kurtag. «Je devais avoir onze ou douze ans lorsque se produisit ce à quoi je dois d’être devenu musicien, rappelle ce dernier. La radio diffusait la Symphonie inachevée de Schubert. C’est ce qui a fait que la musique est devenue extrêmement importante dans ma vie.» Concentrés sur les œuvres ultimes de Schubert, sa période la plus sombre, les concerts ont présenté symphonies, lieder, quatuors à cordes, sonate pour piano.

Le concert inaugural était naturellement confié à l’. Dirigées avec distance par le directeur musical de la phalange monégasque, , les deux dernières symphonies de Schubert sont restées sans relief, après que eut heureusement donné des deux pages pour alto de Kurtag, Signes, jeux et messages pour alto solo (1987-2001) et Mouvement pour alto et orchestre (1953-1954) des lectures intenses. Le summum de l’émotion a été atteint dès le lendemain, avec un Voyage d’Hiver d’anthologie donné par et . Totalement investi dans l’errance sans espoir du cycle schubertien, le baryton allemand n’a pas hésité à foudroyer du regard un spectateur importun qui le prenait en photo avant de l’expulser sans ménagement, menaçant d’interrompre son récital. Le saisissement était alors à son comble, tant la voix fragile mais puissante et capable de nuances époustouflantes, entretenait un extraordinaire dialogue avec le piano tendrement poétique d’Eschenbach. Le Chant du cygne donné le lendemain par les mêmes interprètes était plus tragique encore, tandis que le pianiste offrait de l’ultime sonate une interprétation sobre et résignée face à une mort finalement consolatrice. Remplaçant au pied levé le Quatuor Prazak, le Quatuor Zemlinsky, son élève et compatriote tchèque, a interprété des célèbres Quatuor Rosamunde et la Jeune Fille et la Mort des lectures toute en retenue mais aux sonorités ardentes et aux intonations raffinées et précises, tout comme les pages de Kurtag, plus particulièrement les riches Microludes.

Crédit photographique : Matthias Gœrne © Marco Borggreve

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