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Paris. Salle Pleyel. 11-IV-2009. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano n°27 en si bémol majeur K. 595  ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Coriolan, ouverture en ut mineur op. 62 ; Les Créatures de Prométhée, ouverture op. 43 ; Symphonie n°8 en fa majeur op. 93. Radu Lupu, piano ; Konklijk Concertgebouworkest Amsterdam, direction : Iván Fischer

Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam

C’est un demi Concertgebouw d’Amsterdam qui nous a rendu visite en ce samedi d’avril, ses effectifs étant loin d’être au complet pour ce concert Mozart Beethoven. Pour autant ce n’était pas pour faire mode et jouer léger car le chef a utilisé à plein l’effectif dont il disposait, jouant franchement symphonique, comme si de rien n’était, et l’orchestre, bien que moins nombreux que d’autres formations entendues récemment, a parfaitement rempli son rôle.

Insérer un concerto de Mozart au milieu d’un programme tout Beethoven n’est pas forcément une bonne idée, surtout lorsqu’on commence la soirée par la formidablement dense Ouverture Coriolan. Il eut peut-être été plus logique de commencer par Mozart et d’enchainer par Beethoven, mais cela aurait déséquilibré la durée des œuvres au programme. C’est donc par Coriolan que a choisi de commencer, avec une belle ampleur donnée aux puissants premiers accords, pour attaquer un peu guilleret le premier thème, il est vrai Allegro con brio, qui du coup, rompit un peu trop avec la puissante introduction. A partir de là, le chef nous a semblé vouloir aller tout droit jusqu’à la conclusion, sans trop faire ressortir, malgré quelques effets un poil appuyés ici ou là, les différentes péripéties qui parsèment ce petit poème symphonique avant la lettre, aboutissant à une interprétation plus agréable que passionnante, fort bien exécutée par le Concertgebouw.

Il y a quelques jours jouait ici même le Concerto n°4 de Beethoven dans un style tout en rondeur, douceur et subtilité, qu’on aurait pu penser plus adapté à Mozart. Et bien ce soir, justement dans Mozart, nous l’avons retrouvé égal à lui-même pour le Concerto n°27, certes le dernier de la liste, donc le plus proche chronologiquement de Beethoven, mais pas forcément stylistiquement. Mais dans la vision de Lupu, les deux œuvres se rejoignent manifestement puisqu’il y a employé exactement les mêmes moyens. Par contre, Fischer a donné à son accompagnement une ampleur plus franche, moins subtilement poétique, nous donnant la sensation, vraie ou fausse, qu’il aurait accompagné de la même façon n’importe quel pianiste. Et créant à nos oreilles un léger hiatus entre le soliste et l’orchestre. On s’en doute, c’est dans le magnifique Larghetto que la vision de Lupu est la plus émouvante, le dialogue avec l’orchestre le plus réussi, d’ailleurs sollicité directement par le pianiste, qui tantôt se retourne vers les instrumentistes ou simplement les accompagne de sa main gauche laissée momentanément libre par la partition. S’il n’y avait eu cet accompagnement un peu raide, nous aurions peut être eu là un de ces moments magiques dont on se souvient longtemps. Rien à dire de plus sur le final, prolongement sans surprise du premier Allegro ou cette fois, on aurait souhaité un peu plus de force dans le jeu du pianiste, qui fut aussi «zen» que dans les passages précédents.

Après la courte ouverture Les Créatures de Prométhée jouée avec une belle énergie, pas aussi différente du Coriolan inaugural qu’elle aurait dû, vint la Symphonie n°8, à l’évidence l’œuvre de ce soir qui a le plus inspiré le chef (au bis près). Elle avait quand même quelques défauts, et nous avons retrouvé par-ci par-là des effets (respiration, tempo) déjà entrevus dans Coriolan qui ne nous ont pas plus convaincus après l’entracte qu’avant, et avons regretté dans les climax des deux mouvements extrêmes, un manque de puissance, sans que nous le mettions sur l’effectif restreint de l’orchestre. Mais le chef a réussi à insuffler un certain élan à son interprétation, évitant les principaux pièges du casse-tête musical que constitue le premier mouvement, limitant les risques interprétatifs, et jouant à plein de son remarquable orchestre, qui fut le vrai héros de la soirée, tant nous connaissons bien peu d’orchestre capable de fournir un tel son, avec un tel effectif, dans la redoutable Salle Pleyel. Dont le public, qui fit quasiment salle comble, fut récompensé par une épatante ouverture des Noces de Figaro, rapide mais non précipitée, puissante et sans lourdeur, virtuose à souhait. On ne sait quel opéra aurait suivi, mais hors de son contexte cette ouverture était très réussie.

Crédit photographique : © Marco Borggreve

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Paris. Salle Pleyel. 11-IV-2009. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano n°27 en si bémol majeur K. 595  ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Coriolan, ouverture en ut mineur op. 62 ; Les Créatures de Prométhée, ouverture op. 43 ; Symphonie n°8 en fa majeur op. 93. Radu Lupu, piano ; Konklijk Concertgebouworkest Amsterdam, direction : Iván Fischer

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