Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

La luminosité du classicisme

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Sablé. Centre Culturel. 24-IV-2009. Aux sources du classicisme. François Beck (Fin XVIIIe siècle-début XIXe siècle) : Symphonie en sol majeur op. 1 n°5. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n°104 « Londres » en ré majeur. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano et orchestre n°12 en la majeur KV414. Carl Philip Emanuel Bach (1714-1788) : Presto de la Symphonie en si mineur pour 2 violons, alto et basse, WQ 182/5. David Plantier, violon ; Patricia Gagno, alto ; Petr Skalka, violoncelle ; Ludek Brany, contrebasse ; Diana Baroni, flûte ; Céline Frish, pianoforte. Café Zimmermann, direction et premier violon : Pablo Valetti

Festival de Sablé-sur-Sarthe

Au Printemps, Sablé organise une série de concerts préludes au festival d’été (lire notre compte-rendu de l’édition 2008). Cette année, il nous a été offert de remonter aux sources du classicisme, autour de Haydn et Mozart…, à cet instant précis où le baroque cède la place à une ère nouvelle qui n’est pas sans filiation avec son héritage et est porteuse des fruits de l’avenir et du romantisme. Les programmes offerts lors de ces préludes auront fait apparaître cette période non plus comme le chaînon entre une ère ancienne et une ère nouvelle, mais bien comme l’expression d’une société qui tout en se glissant dans l’air du temps, plus badin, plus en quête d’un art de vivre, était aussi en quête d’une autre forme de spiritualité passant par la philosophie des Lumières.

Le , ensemble baroque par excellence, nous a invités en guise d’entrée en matière à un concert à l’orée de ce classicisme autour de quatre compositeurs, François Beck, Wolfgang Amadeus Mozart, Joseph Haydn et Carl Philip Emanuel Bach, dont on pourra dire qu’ils ne pouvaient mieux nous faire percevoir, et avec quel brillant, toute la substance, tout l’esprit de cette époque si riche.

Trouvant son inspiration dans le mouvement du Sturm und Drang, ce programme réunissait des œuvres concertantes et des symphonies à «parties réelles», c’est-à-dire à un seul musicien par partie. Le talent des interprètes est de savoir nous le faire ressentir à fleur de peau. Les sept musicien(ne)s sont sept ami(e)s qui se retrouvent avec un plaisir à partager et à faire partager ces musiques subtiles, joyeuses parfois nimbées de mélancolie autour de ce temps qui passe et de ce sens que tout être humain, et particulièrement cette époque, cherchent à donner à la vie.

Il restitue en particulier à Haydn une âme par des couleurs orchestrales qu’on lui ignorait, habitué que l’on était aux formations plus importantes. Ici, au contraire, tout est en finesse et en sourires, en échange du bonheur à découvrir une note, une phrase… Tous les interprètent écoutent et s’écoutent… au pianoforte ne couvre pas ses partenaires, et semble guetter cet instant de grâce où l’altiste Patricia Gagnon ou le violoncelliste Petr Skalkavont lui offrir ce bonheur ineffable de l’amitié musicale.

Le dialogue est constant, la flûte de Diana Baroni se rie des violons de et , et la contrebasse de Ludek Brany offre un velours soyeux sur lequel s’appuie le pour redonner à Haydn, un souffle, une respiration, un battement de cœur à son œuvre. Et dans le Concerto pour piano n°12 de Mozart, le pianoforte de nous donne enfin à réentendre le son de cet instrument. Loin du piano moderne parfois si pesant, , par son toucher, donne l’élégance et la fraicheur perlée d’un son tellement plus évocateur de ce qui fait le génie de Mozart. Elle le rend si présent, si vivant, si sensuel dans son dialogue avec le violon de et des autres musiciens du Café Zimmermann, que l’on se plait à s’imaginer dans un salon viennois de cette fin du XVIIIe siècle. On vit cet instant magique d’une musique en train de naître, où le public dissipé par des conversations se tait et surprend le geste du musicien compositeur qui libère l’âme si lumineuse et le cœur palpitant de sa musique. Ce n’est plus alors un chef-d’œuvre sanctifié au panthéon de la musique que l’on entend, mais bien au contraire une œuvre vivante.

L’extrême raffinement de la musicalité du Café Zimmermann et ses couleurs permettent à des musiciens méconnus (François Beck) comme aux plus grands génies de vivre à nos côtés, rendant à la virtuosité l’éclat de vie d’une rencontre amicale. Si ce programme passe près de chez vous, n’hésitez pas à goûter le bonheur de ces conversations musicales.

Crédit photographique : Céline Frisch © DR

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Sablé. Centre Culturel. 24-IV-2009. Aux sources du classicisme. François Beck (Fin XVIIIe siècle-début XIXe siècle) : Symphonie en sol majeur op. 1 n°5. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n°104 « Londres » en ré majeur. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano et orchestre n°12 en la majeur KV414. Carl Philip Emanuel Bach (1714-1788) : Presto de la Symphonie en si mineur pour 2 violons, alto et basse, WQ 182/5. David Plantier, violon ; Patricia Gagno, alto ; Petr Skalka, violoncelle ; Ludek Brany, contrebasse ; Diana Baroni, flûte ; Céline Frish, pianoforte. Café Zimmermann, direction et premier violon : Pablo Valetti

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