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La musique des lumières, le temps qui fugue…

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Sablé. Petit théâtre de Poche. 25-IV-2009. Quartetti Fugatti. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)/Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Fugues n°1 do mineur et n°2 Mib majeur. Joseph Haydn (1732-1809) : Quatuor op 20 n°5, fa mineur ; Quatuor Opus 20, do majeur. Johan Georg Albrechtsberger (1736-1809) : Adagio et fugue, ré mineur. Gregor Joseph Werner (1693-1766) : Fugue n°2 et n°6. Avec : Pablo Valetti, David Plantier, violons ; Patricia Gagno, alto ; Petr Skalka, violoncelle ; Ensemble Rincontro.

Festival de Sablé-sur-Sarthe

Le quatuor Rincontro, lors d’un concert donné à l’occasion des Préludes de Sablé, nous a permis de découvrir un répertoire rare et délicat servi par une virtuosité lumineuse, faite d’humilité et d’écoute. Mais au-delà de la maîtrise technique, ils ont su nous faire entendre une perception d’un monde trop souvent déformé par les prismes de l’histoire.

Construit comme une conversation, le programme Quartetti Fugatti est une invitation à participer à une excursion dans la ville de Vienne en Autriche, dans les années 1780, tandis que règne sur l’empire austro-hongrois, Joseph II. «On entend quatre personnes instruites converser entre elles, on croit s’intéresser à leurs discours et apprendre la particularité de leurs instruments», Gœthe.

Et dans ce petit théâtre de poche de Sablé, cette conversation nous touche par son intime sensibilité. Un geste, un phrasé, un sourire… Les deux violons de et , l’alto de Patricia Gagnon et le violoncelle de Petr Skalka, à qui on doit les programmes de l’ensemble, se font complices à l’écoute de ces instants de grâce où le temps s’arrête, ou plutôt redevient par la musique celui de Haydn ou de Mozart.

Chacun des instruments vibre de son âme et les interprètes permettent à la lumière qui en émane de se diffuser comme autant de mots, de phrases qui évoquent ce temps des Lumières, ou à un idéal d’égalité dans les sociétés philosophiques répond un idéal de voix égales dans la fugue. Ainsi ce type de composition permet à chaque instrumentiste de nous faire entendre le mœlleux, la clarté, la douceur ou la sombre mélancolie des violons, de l’alto et du violoncelle. Entre rire et surprise, le trait d’archet devient une voix. L’alto de Patricia Gagnon est un lien entre la vivacité des violons et celle du violoncelle qui ne s’en laisse jamais conter comme dans les quatuors de Haydn. Dans le menuet-trio du quatuor opus 20, do majeur en particulier, Petr Skalka défend son point de vue avec un panache non dénué d’humour (et il faut reconnaître que les quatuors de Haydn sont des œuvres de toute beauté toujours en quête d’interprètes capables de leur redonner une véritable personnalité comme le quatuor Modigliani au disque).

Dans l’Adagio ou plus encore dans la fugue d’Albrechtsberger, qui nous ont été donnés en bis, ou dans les fugues réécrites par Mozart à partir de celles de Bach, les quatre musiciens de l’ensemble Rincontro nous enchantent par cette virtuosité complice et amicale. Le violon de , dans une plainte mélancolique, tendre et si radieuse, laisse ainsi s’exprimer l’âme du siècle des Lumières. Un siècle où les hommes cherchent à se connaître. Une époque qui n’est plus tout à fait baroque, et n’est pas encore tout à fait romantique et qui possède sa propre personnalité. Elle se révèle ainsi, grâce à quatre musiciens, celle d’un monde où les hommes veulent espérer et partager par la philosophie, la science et le partage amical de beautés musicales une raison qui ne s’interdirait pas d’aimer. Ils insufflent ainsi par la respiration qui semble si naturelle de leurs instruments, une vie qui ne demande qu’à renaître.

On ne peut que remercier le festival de Sablé de permettre de telles rencontres amicales.

Crédit photographique : photo © Monique Parmentier

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Sablé. Petit théâtre de Poche. 25-IV-2009. Quartetti Fugatti. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)/Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Fugues n°1 do mineur et n°2 Mib majeur. Joseph Haydn (1732-1809) : Quatuor op 20 n°5, fa mineur ; Quatuor Opus 20, do majeur. Johan Georg Albrechtsberger (1736-1809) : Adagio et fugue, ré mineur. Gregor Joseph Werner (1693-1766) : Fugue n°2 et n°6. Avec : Pablo Valetti, David Plantier, violons ; Patricia Gagno, alto ; Petr Skalka, violoncelle ; Ensemble Rincontro.

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