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François Couperin, la tête dans les étoiles.

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François Couperin (1668-1733). Pièces d’orgue consistantes en deux messes, l’une à l’usage ordinaire des paroisses, pour les festes solennelles, l’autre propre pour les convents de religieux, et religieuses. Aude Heurtematte à l’orgue historique de l’église Saint-Gervais à Paris. 2 CDs Zig-Zag Territoires ZZ090403, code barre 3760009292017, enregistré en l’église Saint-Gervais à Paris en février 2004, livret bilingue français/anglais, durée totale 94’14’’.

 

Voici une version du livre d’orgue de qui était fortement attendue, et ce, à plusieurs titres. Tout d’abord le luxe d’un enregistrement réalisé sur l’orgue même qui fut celui de la famille Couperin, une rareté, puisque une seule version existait, réalisée en 1977 par Philippe Lefebvre pour le label FY / Solstice (épuisé). Ensuite notre impatience était grande, d’entendre l’approche d’, titulaire de cet instrument chargé d’histoire. Certes l’orgue de Saint-Gervais n’est plus tout à fait celui que connu , puisque agrandi après sa mort par François-Henri Clicquot en 1768, qui en fit un cinq claviers magnifique. Cependant, il possède encore toutes ses qualités baroques, non modifiées depuis cette époque, ce qui fort rare, et surtout à Paris. Restauré depuis, sa composition n’a pratiquement pas été modifiée, et nous permet d’entendre la musique de Couperin dans toute sa superbe. C’est bien de cela qu’il s’agit ici, tant la force du discours est pénétrante. Couperin chante ici en gloire, comme jamais, au plus haut point ! L’art du discours si cher à notre compositeur s’épanouit devant nous, dépassant le cadre strict de l’orgue, sortant parfois de l’église pour rejoindre l’opéra.

Dès le premier Kyrie de la messe des paroisses, le ton est donné, le jeu de l’interprète est posé, chaque note puissamment chantée. La couleur du plein-jeu sonne profondément «français», c’est çà dire avec un plafond aigu assez bas, mettant en valeur une musique plus harmonique que contrapuntique, enrobant et roulant à souhait, et cependant vêtu d’une certaine fragilité. Viennent ensuite les trompettes, dans toute leur pureté, soutenues par une prise de son d’exception de Pierre Roques, spécialiste en la matière. L’orgue est capté de près, mais en respectant l’acoustique du lieu. Rien ne nous échappe : le souffle de cette musique, ses retards, ses silences, mais aussi ses élans. Un tel discours nous réjouit, comme sans doute il transporta les contemporains de Couperin.

Venons-en au sublime, avec les pièces magiques que sont les tierces et cromornes en taille, déplorations mystiques, sommets absolus de ce livre d’orgue, et de toute la musique française de l’orgue baroque en général. Les magnifiques jeux de fonds soutiennent «considérablement» comme aurait dit Nicolas Lebègue, le jeu de tierce du positif, très flûté, comme il se doit, ici un modèle de perfection. Nous avons perdu aujourd’hui parfois cette couleur typiquement française, par des orgues plus forts, plus aigus, plus principalisants – question de mode sans doute – mais finalement éloignés de cet idéal sonore typiquement français, dont on peut entendre ici l’un des plus beaux témoins.

traduit à merveille ce que Couperin veut nous dire, ses diverses passions, par une maîtrise du jeu, de l’ornementation, doublée d’une sensibilité à fleur de peau. Que dire aussi des grands offertoires, sinon qu’ils nous entraînent dans une fanfare sacrée, sur rythmes de gigue, pour magnifier la gloire du Père. Digne successeur de cette célèbre dynastie de compositeurs qui ont tenu cette tribune durant deux siècles, de Louis à Gervais Couperin, offre aujourd’hui au monde des mélomanes une version de référence de ces deux messes, sommet de l’art français, dans une discographie pourtant déjà très riche en la matière. L’âme de Couperin est ici perceptible, et tel «les ombres errantes», titre de l’une de ses pièces pour clavecin, il plane et rôde avec bienveillance en cette tribune, et continue d’y inspirer les musiciens, avec émotion et conviction, pour notre plus grand bonheur.

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François Couperin (1668-1733). Pièces d’orgue consistantes en deux messes, l’une à l’usage ordinaire des paroisses, pour les festes solennelles, l’autre propre pour les convents de religieux, et religieuses. Aude Heurtematte à l’orgue historique de l’église Saint-Gervais à Paris. 2 CDs Zig-Zag Territoires ZZ090403, code barre 3760009292017, enregistré en l’église Saint-Gervais à Paris en février 2004, livret bilingue français/anglais, durée totale 94’14’’.

 
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