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Faust de Schnittke : Illusions perdues ?

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Alfred Schnittke (1934-1998) : Concerto grosso n°2 pour violon, violoncelle et orchestre ; Cantate » l’Histoire du docteur Johann Faust ». Oleg Kagan, violon, Natalia Gutman, violoncelle ; Erik Kurmangaliev, contre ténor ; Raisa Kotova, contralto ; Anatoly Safiulin, basse. Chœur de chambre du ministère soviétique de la culture ; Orchestre symphonique du ministère de la culture d’URSS, direction : Gennady Rozhdestvensky. 1 CD Melodya. Référence : MEL CD 10 01547. Notice bilingue (anglais et russe). Enregistré en 1985 et 1987. Durée : 68’50’’

 

reste un compositeur à part dans l’histoire de la musique. Auteur d’une œuvre considérable par sa variété (symphonies, concertos, opéras…), cette somme faîte de souffrances et d’angoisses utilise autant les larmes que l’ironie acide et désabusée. Cette œuvre multiple, inégale, mais profondément humaine reste un des sommets de la musique d’après-guerre. Melodya tire de ses fonds, deux interprétations historiques qui soufflent sur les braises attisées de l’Histoire, créées au tournant des années 1980 alors que l’URSS s’enfonce de plus en plus dans les ténèbres. Fasciné par la figure de Faust à laquelle il consacra un opéra : l’Histoire von D. Johann Faust (créé à Hambourg en 1995), Schnittke compose, en 1983, cette Faust Cantata pour contreténor, contralto, baryton, chœur et orchestre. Partition composite, cette pièce cite autant une mélodie populaire assaisonnée avec des piments rouges dissonants que les échos des grands opus dramatiques de Moussorgski et Chostakovitch sans oublier la force dépressive d’un Wozzeck. Le chœur commente l’action et y prend part alors que la forme de l’œuvre renvoie à une «anti passion» ou Faust apparaît clairement comme un antéchrist (métaphore de l’homme soviétique ?). La création de la partition fut assez houleuse : les répétitions soviétiques furent stoppées après le premier service et la première audition se déroula à Vienne en 1984. Ami et compagnon de route du compositeur : Guennadi Rozhdestvensky fait rougir cette musique, souffle sur les braises et frappe à grands coups dans cette pièce : orchestre, chanteurs et chœurs sont possédés par la musique, comme s’ils jouaient leur propre drame.

En introduction, une «dream-team» musicale : , , et toujours Guennadi Rozhdestvensky affrontent le Concerto grosso n°2, illustration d’un domaine où Schnittke excellait : le pastiche revisité. Ici la forme baroque du concerto grosso est opérée par un chirurgien un rien sadique et cruel, qui lui adjoint une visite des styles musicaux du XXe siècle : une passacaille répond à des échos de rock. La violence des contrastes et le ton si résigné et abandonné du mouvement central sonnent comme une musique mécanique et oppressive. Les interprètes, toujours enragés, jouent pour l’histoire…

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Alfred Schnittke (1934-1998) : Concerto grosso n°2 pour violon, violoncelle et orchestre ; Cantate » l’Histoire du docteur Johann Faust ». Oleg Kagan, violon, Natalia Gutman, violoncelle ; Erik Kurmangaliev, contre ténor ; Raisa Kotova, contralto ; Anatoly Safiulin, basse. Chœur de chambre du ministère soviétique de la culture ; Orchestre symphonique du ministère de la culture d’URSS, direction : Gennady Rozhdestvensky. 1 CD Melodya. Référence : MEL CD 10 01547. Notice bilingue (anglais et russe). Enregistré en 1985 et 1987. Durée : 68’50’’

 
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