À emporter, CD, Musique et cinéma, Musique symphonique

Odna de Dimitri Chostakovitch reconstituée par Mark Fitz-Gerald

Plus de détails

Dimitri Chostakovitch (1906-1975) ; Odna [Seule] op. 26. Premier enregistrement mondial. Irina Mataeva, soprano ; Anna Kiknadze, mezzo-soprano ; Dimitri Voropaev, ténor  ; Mark van Tongeren, voix de gorge ; Barbara Buchholz, thérémine ; Ensemble Vocal HFMDK (Hochschule für Musik und Darstellende Kunst) de Francfort (Ensemble Vocal de l’Université de Musique et d’Arts Visuels), Orchestre Symphonique de la Radio de Francfort, direction Mark Fitz-Gerald. 1 CD Naxos collection « Film Music Classics ». Référence 8. 570316. Code barre : 7 47313 03167 2. Enregistré à la Sendesaal de la Radio Hessoise de Francfort en 2006. Notice instructive, en anglais seulement. Durée : 79’56’’

 

Les Clefs ResMusica

A l’instar de Brassens enjoignant «ne tirez pas sur la femme adultère, je suis derrière !», Chostakovitch aurait pu s’écrier qu’il ne fallait pas déconsidérer la musique de film car elle lui avait sauvé la vie. Staline adorait sa musique pour le cinéma et c’est vraisemblablement à elle que Chostakovitch dut de ne pas disparaître dans les purges dès 1936.

Odna réalisé en 1931 par Grigori Kozintsev et Leonid Trauberg, raconte l’histoire édifiante d’une jeune institutrice de Leningrad envoyée dans les steppes de l’Altaï pour apporter l’éducation soviétique auprès des tribus asiatiques. Elle manque de peu d’être assassinée par les villageois puis tombe gravement malade avant d’être secourue par un avion dépêché de Moscou. Le final avec le décollage de l’avion soutenu par une musique d’une joie délirante cache mal l’échec de la mission de l’institutrice. Comme si ce fiasco était de mauvais augure, les populations tribales de l’Altaï seront effectivement pourchassées et réprimées par les autorités soviétiques dans les années qui suivirent.

Avant Odna, Kozintsev et Trauberg avaient réalisé ensemble La Nouvelle Babylone, un film muet de 1929, pour lequel ils avaient déjà collaboré avec Chostakovitch. C’était alors la première musique de film pour le compositeur. Sa partition était destinée à être jouée par un orchestre symphonique : très inventive, elle ne fut jouée que trois fois, en tout et pour tout, en raison notamment de l’hostilité des musiciens à son égard. Cela n’empêcha nullement les trois compères de retenter une nouvelle aventure avec Odna. En deux ans, la technique avait évolué et le film compta parmi les premiers films parlants d’Union Soviétique. Il faillit même être le tout premier, mais fut finalement devancé par des œuvres de pure propagande. La technique soviétique était encore balbutiante et la qualité sonore était fort médiocre. Quoiqu’il en soit, ce second opus de Chostakovitch pour le cinéma est une réussite, les qualités esthétiques du film étant rehaussées par la fraîcheur et la vitalité de l’inspiration du jeune Chostakovitch. Si les exigences idéologiques de la Commission chargée de la diffusion des films étaient bien réelles et avaient d’ailleurs obligé les réalisateurs à revoir en toute urgence le montage de La Nouvelle Babylone, Chostakovitch avant 1936 était libre de son inspiration. Le cinéma était pour lui un champ d’exploration, une fin en soi, pas un moyen de survie politique et financier.

Il faut noter une curiosité dans cet enregistrement, qui est la présence d’un chant diphonique ou chant de gorge, qui était pratiqué dans les steppes de l’Altaï. Ce chant, dont on ne peut imaginer en l’écoutant qu’il s’agit d’un chant humain, est constitué d’un bourdon grave au-dessus duquel des harmoniques aigües sont modulées. Il est réalisé dans cet enregistrement par Mark van Tongeren, un chanteur et chercheur hollandais qui s’est rendu de nombreuses fois en Sibérie pour étudier et apprendre à réaliser ce chant très caractéristique.

Au même titre que le film Podrugi (Les amies), a reconstitué patiemment cette grande partition de 80 minutes à partir de sources déjà publiées et inédites, allant jusqu’à la reconstituer laborieusement à partir de la bande sonore originale quand les documents manquaient ! L’interprétation rend pleinement justice à l’inventivité et parfois la drôlerie de la musique de Chostakovitch, qui signe là un de ses tout meilleurs opus pour le cinéma. Au-delà, ce disque est une contribution remarquable au répertoire de la musique de film.

Plus de détails

Dimitri Chostakovitch (1906-1975) ; Odna [Seule] op. 26. Premier enregistrement mondial. Irina Mataeva, soprano ; Anna Kiknadze, mezzo-soprano ; Dimitri Voropaev, ténor  ; Mark van Tongeren, voix de gorge ; Barbara Buchholz, thérémine ; Ensemble Vocal HFMDK (Hochschule für Musik und Darstellende Kunst) de Francfort (Ensemble Vocal de l’Université de Musique et d’Arts Visuels), Orchestre Symphonique de la Radio de Francfort, direction Mark Fitz-Gerald. 1 CD Naxos collection « Film Music Classics ». Référence 8. 570316. Code barre : 7 47313 03167 2. Enregistré à la Sendesaal de la Radio Hessoise de Francfort en 2006. Notice instructive, en anglais seulement. Durée : 79’56’’

 
Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.