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David Garrett bouscule le concert classique

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Echternach, Trifolion. 01-VI-2009. César Franck (1822-1890) : Sonate pour violon et piano en la majeur. Pablo de Sarasate (1844-1908) : Introduction et Tarentelle op. 43 ; Zigeunerweisen op. 20. Edvard Grieg (1843-1907) : Sonate pour violon et piano n°3 en do mineur op. 45. David Garrett, violon ; Milana Chernyavska, piano

David Garrett attire les foules, remplit les salles. Le Festival International Echternach n’était pas habitué à un tel public, des familles avec enfants et beaucoup de jeunes femmes.

Accompagné de sa pianiste Milana Chernyavska, le jeune violoniste donne le ton en offrant un bis avant l’heure en guise d’accueil : le Vol du bourdon, de Nicolaï Rimski-Korsakov, non prévu au programme. Son habileté est impressionnante. La sonorité qu’il donne à son violon est superbe, d’une pureté cristalline tout à fait unique, admirable dans la précision. Il fait réellement bourdonner son violon. Vêtu d’une veste, d’une chemise et d’un jean noirs, les cheveux longs, décolorés retenus dans la nuque, plusieurs bagues aux doigts, il n’a pas l’allure du violoniste classique. Conscient de sa belle gueule, tout sourire, il lance des regards, il charme avec un naturel étonnant. Installé sur un haut tabouret, très à l’aise, sympathique, il prend le micro pour badiner avec son public et introduire les morceaux qu’il va jouer.

La Sonate de Franck, une des plus populaires du répertoire de musique de chambre est interprétée avec un remarquable talent. Le jeune violoniste va lui donner toute l’intensité et la passion qui la caractérisent. Son geste est ample, assuré, sans vibrato exagéré. Son jeu est expressif, brillant, puissant, sensuel. Dans le premier mouvement, il transmet tout le lyrisme, la mélancolie attendue et dans le deuxième mouvement la vitalité d’une exécution parfaitement maîtrisé. La pianiste s’impose tout en nuance et subtilité dans un dialogue du plus bel effet avec le violon. Le dernier mouvement est d’une admirable sensibilité.

L’interprétation de la Sonate n°3 de Grieg est magistrale. C’est vigoureux et grave, avec des moments dramatiques. La succession de rythmes saccadés et de passages doux et mélancoliques est superbe. L’échange entre les deux musiciens est particulièrement harmonieux. Après chaque sonate, le violoniste joue une œuvre de Pablo de Sarasate où il excelle véritablement, montrant son grand talent de virtuose par des coups d’archets endiablés et hautement maîtrisés tels des pizzicatos, des ricochets et des saltati de très haut niveau. Il nous laisserait presque imaginer que le violon est d’une incroyable facilité !

Le public est plus qu’enthousiaste. reçoit une «standing ovation» particulièrement bruyante. Il donne généreusement trois bis, Csárdás de Vittorio Monti, la Danse hongroise n°5 de Johannes Brahms et Le carnaval de Venise de Niccolò Paganini où plaisantant avec le public, il va même jouer au piano aux côtés de Milana Chernyavska prouvant qu’il est non seulement un virtuose d’exception mais aussi un extraordinaire showman, au charisme prodigieux capable de séduire une salle toute entière avec une aisance remarquable.

Ce genre de concert classique bousculant la tradition peut évidemment susciter quelques réflexions. L’introduction des œuvres par le musicien est certes intéressante pour un public qui découvre la musique classique. Pourquoi pas ? C’est plaisant et ce n’est pas une mauvaise idée pour attirer une audience plus jeune. Cependant, on regrette les applaudissements intempestifs du public néophyte et trop enthousiaste entre tous les mouvements. Les sonates semblaient coupées en petites pièces et cela a nui à l’attention, à l’émotion intense que peut transmettre une œuvre écoutée globalement. Mr Garrett, la prochaine fois, demandez à votre public de respecter votre concentration et de garder le silence entre les mouvements de la sonate !

Crédit photographique : © Uli Weber

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Echternach, Trifolion. 01-VI-2009. César Franck (1822-1890) : Sonate pour violon et piano en la majeur. Pablo de Sarasate (1844-1908) : Introduction et Tarentelle op. 43 ; Zigeunerweisen op. 20. Edvard Grieg (1843-1907) : Sonate pour violon et piano n°3 en do mineur op. 45. David Garrett, violon ; Milana Chernyavska, piano

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