Une œuvre ultime à l’orée d’un monde nouveau

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, Théâtre des Champs Elysées. 11-VI-2009. Joseph Haydn (1732-1809) : Die Jahreszeiten (Les saisons). Teodora Gheorghiu, soprano ; Emiliano Gonzalez Toro, ténor ; Markus Eiche, baryton-basse. Vocalconsort Berlin. Les Talens Lyriques, direction : Christophe Rousset.

Alors que Nikolaus Harnoncourt vient de sortir en CD une version de référence des Saisons de Haydn, et nous ont offert une version inégale de cette œuvre en concert.

Le testament de Haydn est avant tout un oratorio qui se présente comme une fresque. Où plus exactement comme une série de tableaux, où au-delà du côté pittoresque s’exprime le bonheur et le désarroi face au temps qui court. Le compositeur dans un arrêt sur image dépeint les instants les plus expressifs aussi futiles puissent-ils être, tant la vie n’est au fond que cela : des moments fugaces dont la beauté peut surgir d’un son, d’un parfum, d’un mouvement.

obtient des Talens Lyriques les subtiles teintes qui font la personnalité de chacune de ces saisons : tendres, douces, piquantes, joyeuses ou sinistre, mais toujours mélancoliques. La violence de l’orage y est vivifiante. Les vents sont ceux qui renversent les arbres dans les tableaux de Caspar Friedrich. Ceux de l’été y sont suaves, ceux de l’hiver glacial.

Le Vocalconsort Berlin est particulièrement engagé et éloquent est d’une grande souplesse dessinant des tableaux aux grands traits parfois épiques mais aussi prosaïques. Les trois interprètes sont inégaux. Seul le baryton basse Markus Eiche est parfaitement à l’aise. Son phrasé éloquent et maîtrisé lui permet d’être un narrateur qui laisse percevoir le sens du texte. Son timbre chaud et profond apporte par le velours de sa voix à chacun de ses airs une sensation de force et surtout de paix profonde comme dans le trio final, semblant nous libérer du poids de la mort.

Il est aussi un soutien pour les deux autres interprètes dont le phrasé est parfois insuffisant. Il faut attendre les duos de l’Automne et de l’Hiver pour que et trouvent enfin un équilibre. Ils créent un doux moment de partage, donnant vie à la fragilité de leur personnage. Dans l’air de La fileuse la soprano suggère les nuances presque schubertiennes contenues dans l’œuvre.

Les Talens Lyriques ont donné à cette ultime œuvre de Haydn ses derniers feux classiques nuancés tout en faisant entrevoir l’orée d’un monde nouveau.

Crédit photographique : Christophe Rousset © Eric Larrayadieu

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