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Jean-Bernard Meunier, festival de Sablé

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Jean-Bernard Meunier accompagne le festival de Sablé depuis sa naissance il y a 30 ans. Monde de rencontres et de création, le festival est pour lui un instant de partage, un lien de vie sur un territoire à la fois lointain et proche de la capitale.

 

Resmusica : Vous avez fêté les 30 ans du Festival de Sablé l’année dernière. Le festival de Sablé c’est à la fois le festival d’été et des Préludes, pourquoi les Préludes ?
 : Le Festival de Sablé est organisé par l’Association Entracte. Celle-ci est «labélisée» par le Ministère de la Culture, Scène Conventionnée Musiques et Danses Anciennes. Ce fût la première scène conventionnée avec cette spécificité. J’ai donc mis en œuvre une programmation annuelle, des concerts dans les villages et dans les villes voisines que sont Le Mans et Angers. Il y a quelques années j’ai eu envie de créer un rendez-vous à Sablé même, d’où les Préludes. Les Préludes parce qu’ils arrivent avant le festival bien sûr, mais aussi parce que leur objectif est d’aller en deçà et au-delà du répertoire baroque. Ce dernier a pris racine à Sablé depuis 30 ans. Mais il est nécessaire de pouvoir s’ouvrir à d’autres répertoires : du Moyen-âge au XIXe siècle, mais sur instruments d’époques. Cela permet aussi un rendez-vous assez sympathique car il réunit le public du festival qui revient pour un week-end à Sablé et le public de Sablé qui profite de l’évènement.

RM : Cette année au programme de ces préludes : Haydn/Mozart ?
JBM : En général, je ne cours pas après les anniversaires. Je ne me reconnais pas dans ces grands messes soit disant incontournables qui conduisent souvent le public à l’overdose. Il y a trois ans, j’avais consacré Les Préludes à Mozart. Je souhaitais revenir sur cette période plus classique. Au lieu d’aborder Haydn seul, je trouvais intéressant de l’associer à Mozart. Ils ont eu des liens d’amitiés importants. La programmation s’organise autour de cette relation entre les deux compositeurs.

RM : C‘est un peu l’esprit du baroque, qui fait de l’amitié une valeur essentielle, la relation entre le public et les musiciens n’est pas la même que dans le grand répertoire classique ?
JBM : Oh l’amitié est une valeur universelle. C’est vrai, cette amitié est née dans le combat. Si l’on remonte à trois ou quatre décennies la renaissance de la musique ancienne a généré souvent un conflit entre «classiques et modernes». Cette façon nouvelle dans les années 70 d’aborder la musique dite classique, a été une appropriation sociale par un public jeune, refusant une musique synonyme de dimanche après-midi bourgeois. Face à la prétention et aux manques de création d’une certaine musique classique du début du siècle dernier tout imprégné de romantisme, le mouvement en faveur de la musique baroque est arrivé comme un élément novateur et un terrain de recherche. Et cela crée des liens. Ce fait de chercher ensemble des «pépites»… Au départ, c’était un univers composé d’un nombre d’ensembles et d’artistes réduits, l’amitié et la solidarité s’imposaient.

RM : Votre public est un public fidèle qui se laisse séduire par des répertoires parfois difficiles et sur un territoire qui sans être loin de la capitale, reste un univers à la population dispersée ?
JBM : Le public de Sablé est un public fidèle. Je ne suis ni musicien ni musicologue. Mon métier est de mettre en relation des artistes et un public. Et dans ce métier la relation humaine est essentielle. A Sablé, le public n’est pas seulement local, même aux Préludes. J’ai croisé des versaillais, des tourangeaux, des parisiens. Ils existent entre eux une réelle complicité.

RM : Parlons des artistes, qui proposent les programmes, vous ou eux ?
JBM : Il y a deux solutions. Les artistes nous informent régulièrement de leurs projets. Je les rencontre et je les sollicite s’il y a adéquation entre le projet de l’artiste et le mien. Quelquefois c’est l’envie d’accueillir tel ou tel ensemble ou tel ou tel artiste pour l’intérêt de son travail, et de lui offrir une carte blanche.

RM : En été, vous n’avez pas de thématique, comment construisez vous votre festival ?
JBM : Comme un bouquet. C’est une image un peu simpliste, mais le festival c’est 15 concerts en 5 jours, une forte densité. Il y a un certain nombre de fleurs que je cueille, que je rassemble et que j’ai envie d’offrir à quelqu’un que j’aime bien. Ce quelqu’un c’est le public. Tout cela forme un bouquet, qu’y est le festival. De loin c’est une harmonie de couleurs, de près un assemblage de diversités. Une programmation est faite de rencontres et de découvertes.

RM : Parmi les fleurs, Françoise Enock, La Turchescha. Pouvez-vous nous parler de cette fleur ou est-ce un secret ?
JBM : Non ce n’est pas un secret. Le programme de cet ensemble est né en Turquie entre une chanteuse musicologue (Chimène Seymen), qui a réuni un groupe de musiciens français (ceux de Françoise) et turc, Cevher-i musiki. La création a eu lieu à Istanbul il y a un an. Et voyant tout ce qu’il était possible de développer autour de ce programme, nous avons décidé avec les initiateurs de ce projet, de le recréer à Sablé, avec une mise en scène, des comédiens, des danseurs et acrobates… Cela permettra de découvrir un spectacle vraiment neuf, faisant plonger le public dans l’ambiance d’Istanbul, à l’époque baroque avec de la musique turque et avec l’arrivée des diplomates qui mêlent la musique française et italienne qui résonnent dans les belles demeures des diplomates et des grands commerçants.

RM : Deux /trois mots sur le reste du festival ?
JBM : Il est d’abord fait de rencontres nouvelles et d’une partie d’ensembles et d’artistes que je soutiens depuis très longtemps comme le Concert Spirituel ou l’Arpeggiata. Parmi les artistes nouveaux Amandine Beyer est associée au festival avec son ensemble Gli Incogniti. Même chose pour le Collegium vocal 1704. Par ailleurs la compagnie de Danse l’Espace propose un travail original. Nous sommes en présence d’un jeune ensemble qui s’est emparé du répertoire baroque pour écrire une histoire contemporaine construite sur un vocabulaire d’hier. J’accueillerai aussi à Sablé pour la première fois Les Arts Florissants et A Corte Musical.

RM : il s’agit donc de favoriser la création tout en ayant une assise ?
JBM : Oui favoriser la création, car la musique est une matière vivante, même si l’expression n’est pas jolie. Il ne faut surtout pas que ce public qui a soutenu la renaissance de cette musique il y a 30 ans l’enferme dans un musée. Ce serait catastrophique. Elle doit vivre. Il existe encore de nombreuses découvertes à faire. Il y a de nombreux jeunes musiciens qui sortent de conservatoires. Ils sont totalement décomplexés face à ce répertoire. Ils s’en emparent, se l’approprie et imposent leur propre lecture. Ils bénéficient de plus de 30 ans de recherches de leurs ainés. Je crois qu’un festival c’est avant tout un lieu de rencontres et de découvertes, générateur d’instants de bonheur.

RM : Le renouvellement du public ?
JBM : Il faut surtout qu’il évolue, qu’il ne demeure pas figé dans un espace passéiste. Il est nécessaire d’aller vers de nouveaux publics. C’est un sujet très complexe aujourd’hui. Il faut laisser le jeune public faire son chemin, en ayant à l’esprit que défendre la musique ancienne ce n’est pas lui construire un mausolée.

RM : Les préludes de l’année prochaine ?
JBM : Un programme baroque vénitien est fort probable.

Les autres articles sur Sablé :
Sablé 2008 : Quel swing ; 2004 : Sablé, le baroque en majesté.

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