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26ème Festival de Sablé sur Sarthe, le baroque en majesté

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I. Le Bailleul. Église. 27-VIII-2004. J.S.Bach (1685-1750) : Triple concerto pour flûte traversière, violon et clavecin en la mineur BWV 1044, Concerto pour violon et cordes en la mineur BWV 1041. Charles Avison (1709-1770) : Concerto grosso n°5 en ré mineur. Georg Philipp Telemann (1681-1767) : Concerto en mi mineur pour flûte traversière et violon, cordes et basse continue. Ensemble Café Zimmermann, direction : Pablo Valetti et Céline Fritsch.

II. La chapelle d’Aligné. Église. 27-VIII-2004. Marc-Antoine Charpentier (1643-1703) : Pastoraletta « Amor vince ogni cosa » H.492 pour deux sopranos, haute-contre à la française, ténor, baryton, deux dessus et basse continue ; Suite en ré mineur à quatre parties ; Pastorale (inédite) « La couronne de fleurs » H.486. Ensemble Amarillis. Direction artistique : Héloise Gaillard. Solistes : Valérie Gabail (soprano), Gaële Le Roi (soprano), Robert Getchell (haute-contre à la française), Jean-François Novelli (taille), Jean-Baptiste Dumora (basse).

III. Sablé. Centre culturel. 27-VIII-2004. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Un concert pour l’électeur de Saxe (Extraits d’opéra). Ensemble Matheus. Direction : Jean-Christophe Spinosi. Solistes : Ann Hallenberg (mezzo-soprano), Philippe Jaroussky (contre-ténor), Lorenzo Regazzo (basse).

IV. Chantenay-Villedieu. Église. 28-VIII-2004. J.S.Bach (1685-1750) : Sonate en sol majeur, BWV 1027 ; Sonate en ré majeur BWV 1028 ; Sonate en sol mineur BWV 1029 ; Concerto italien. Philippe Pierlot (viole de gambe), Kenneth Weiss (clavecin).

V. Brûlon. Église. 28-VII-2004. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Confitebor tibi Domine en do majeur, RV 596 pour alto, ténor, basse, cordes et basse continue. Giacomo Antonio Perti (1661-1756) : Oratorio della passione pour deux sopranos, alto, ténor, basse, cordes et basse continue. Il Seminario Musicale. Direction : Gerard Lesne. Solistes : Soledad Cardoso (soprano), Chantal Santon (soprano), Gérard Lesne (alto), Jean-François Novelli (ténor), Bertrand Chuberre (basse).

Depuis sa création en 1978 par , le festival de Sablé sur Sarthe ne cesse de s’affirmer comme l’une des grandes et incontournables manifestations de musique baroque de l’hexagone. En 2003, les intermittents du spectacle s’étaient invités pour souffler les bougies du XXVe anniversaire. Le festival n’eut pas lieu. Pour cette édition dont la fréquentation s’est avérée en hausse de quelques 25%, les partenaires ont renouvelé leur confiance à un directeur qui mène cette belle aventure festivalière avec talent, générosité et une grande et belle humanité. « Les artistes qui n’avaient pu se produire l’an passé ont été réinvités et nous avons prolonger le festival d’une journée. Je pense d’ailleurs continuer sur une base de 5 jours avec une vraie soirée d’ouverture, explique . On a une programmation exigeante, de qualité, de découverte de répertoires, de compositeurs, de jeunes musiciens que l’on accompagne comme par exemple l’. Mon travail est avant tout de mettre en relation des oeuvres, des interprètes et le public. Et, de leur donner les moyens nécessaires à leur rencontre dans un esprit de convivialité et de simplicité. Si je fais ça bien, je suis un bon ouvrier ».

-Hespérion XXI, l’ensemble A Sei Voci et l’Arpeggiata, un prodigieux et superbe ensemble napolitain qu’il faut absolument aller voir toutes affaires cessantes si jamais il passe près de vous, sont donc revenus cette année et ont comme il se doit, séduit le public par leur immense talent, leur recherches musicales et leur magnifique répertoire.

L’ensemble « Café Zimmermann » fondé en 1998 par le violoniste Pablo Valetti et la claveciniste Céline Fritsch était dans la ravissante église du Bailleul pour un beau et élégant programme Bach, Telemann et Avison. Le nom de cet excellent ensemble à géométrie variable passionné de musique concertante du XVIIIème est un hommage au célèbre café de Leipzig, extraordinaire et vivant lieu musical où se produisirent à partir de 1729 Bach et son Collegium Musicum mais aussi Telemann et les virtuoses et compositeurs de l’orchestre de la Chapelle de Dresde. L’élégance et la finesse de l’interprétation de l’ensemble s’est hélas trouvée étouffée par une acoustique qui noyait les instruments les uns dans les autres et plus particulièrement la flûte traversière pratiquement inaudible pour les auditeurs installés au fond de l’église.

Tricentenaire de la mort de oblige, le programme de l’église de La Chapelle d’Aligné offrait un vibrant hommage poétique à Louis XIV avec « La couronne de fleurs » une pastorale qui se présente comme un petit opéra miniature et qui n’a jamais été rejouée depuis sa création. Une grande partie du texte est due d’ailleurs au génie de . L’ensemble Amarillis a restitué avec beaucoup de subtilité et de profondeur la brillance de l’orchestration, les couleurs vives et délicates de ces deux pièces. Les voix étaient très posées, d’une grande souplesse vocale, claires et élégantes et la diction parfaite. Il faut ajouter à cela, la belle théâtralité des solistes qui vivifiait le déroulement dramatique de ces deux pastorales. La sonorité moelleuse, ronde et enveloppante du hautbois baroque de Héloïse Gaillard a illuminé la Suite en ré mineur à quatre parties.

A la tête de l’, a conçu un magnifique hommage aux liens qui unissaient Vivaldi à la ville de Dresde, capitale musicale appréciée des meilleurs musiciens européens de l’époque. Composé donc des « airs de Dresde » et d’extraits tirés d’autres opéras contemporains de Vivaldi, le programme proposait un voyage dans les salons de l’Electeur de Saxe au début des années 1730. La soprano , souffrante, fut remplacée par le brillantissime contre-ténor Philippe Jarrousky qui a enchanté le public. La mezzo-soprano devait remplacer avec talent et beauté , elle-même malade. Seul rescapé, l’excellente basse italienne, Lorenzo Regazzo, magnifique de bout en bout. Accompagnés par un Ensemble Matheus en pleine forme sous la direction subtile et claire d’un qui a su faire passer avec quelques belle pointes d’humour la grandeur et la beauté de l’oeuvre vivaldienne au public, les solistes ont donné une interprétation majestueuse et magistrale de ce programme qui a été un régal d’intelligence musicale.

En l’église de Chantenay-Villedieu, un ravissant village de la Sarthe qui ferait un joli décor de film, Philippe Pierlot à la viole de gambe et Kenneth Weiss au clavecin ont magnifié la Sonate en sol majeur BWV 1027, la Sonate en ré majeur BWV 1028 et Sonate en sol mineur BWV 1029. Couleurs, musicalité, sensibilité, intelligence étaient les maîtres mots de ce programme passionnant. Dans une virtuosité discrète, ils ont fait dialoguer leurs instruments avec une profondeur, une humanité et une subtilité fascinantes. Ces deux musiciens chaleureux et généreux s’entendent visiblement à la perfection et font briller leur instruments au-delà de ce que l’on peut imaginer.

Depuis sa création par Gérard Lesne en 1985, Il Seminario Musicale s’est affirmé par la qualité et la profondeur d’âme de ses interprétations et son exploration exigeante du répertoire baroque comme l’un des plus grands ensembles baroques d’Europe. Ses enregistrements font référence et personne n’est prêt d’oublier son interprétation des Leçons de Ténèbres de Charpentier. On a retrouvé la même rigueur, la même spiritualité, la même émotion pour le Confitebor tibi Domine de Vivaldi. L’équilibre voix-instruments était d’une élégance et d’une majesté spirituelle particulièrement raffinée. Il a fallu toute la subtilité, l’expressivité théâtrale et l’intelligence vocale et musicale de l’ensemble pour faire passer l’Oratorio della Passione, oeuvre particulièrement difficile, complexe et compliquée, écrite et présentée en 1685 par Giacomo Antonio Perti, maître de chapelle de la basilique San Petronio de Bologne.

Cette XXVIe édition, très réussie, s’est achevée en beauté avec un hommage joyeux à la fête latino-américaine baroque de la Vierge de la Guadalupe et à Roque Jacinto de Chavarria, musicien et compositeur qui a porté les « villancicos » et « salvès » latino-américains à des sommets polyphoniques de toute beauté. Gabriel Garrido, explorateur passionné et averti de la musique baroque latino-américaine a fondé l’ensemble Elyma en 1981 à Genève dans le but d’une interprétation originale des musiques latines. A la tête de ses 28 musiciens et chanteurs, avec une chaleur communicative teintée d’humour et de joie festive, il fait vibrer avec générosité et ferveur les trames sonores complexes et la richesse tant orchestrale que vocale de ces œuvres à la fois populaires et sacrées.

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I. Le Bailleul. Église. 27-VIII-2004. J.S.Bach (1685-1750) : Triple concerto pour flûte traversière, violon et clavecin en la mineur BWV 1044, Concerto pour violon et cordes en la mineur BWV 1041. Charles Avison (1709-1770) : Concerto grosso n°5 en ré mineur. Georg Philipp Telemann (1681-1767) : Concerto en mi mineur pour flûte traversière et violon, cordes et basse continue. Ensemble Café Zimmermann, direction : Pablo Valetti et Céline Fritsch.

II. La chapelle d’Aligné. Église. 27-VIII-2004. Marc-Antoine Charpentier (1643-1703) : Pastoraletta « Amor vince ogni cosa » H.492 pour deux sopranos, haute-contre à la française, ténor, baryton, deux dessus et basse continue ; Suite en ré mineur à quatre parties ; Pastorale (inédite) « La couronne de fleurs » H.486. Ensemble Amarillis. Direction artistique : Héloise Gaillard. Solistes : Valérie Gabail (soprano), Gaële Le Roi (soprano), Robert Getchell (haute-contre à la française), Jean-François Novelli (taille), Jean-Baptiste Dumora (basse).

III. Sablé. Centre culturel. 27-VIII-2004. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Un concert pour l’électeur de Saxe (Extraits d’opéra). Ensemble Matheus. Direction : Jean-Christophe Spinosi. Solistes : Ann Hallenberg (mezzo-soprano), Philippe Jaroussky (contre-ténor), Lorenzo Regazzo (basse).

IV. Chantenay-Villedieu. Église. 28-VIII-2004. J.S.Bach (1685-1750) : Sonate en sol majeur, BWV 1027 ; Sonate en ré majeur BWV 1028 ; Sonate en sol mineur BWV 1029 ; Concerto italien. Philippe Pierlot (viole de gambe), Kenneth Weiss (clavecin).

V. Brûlon. Église. 28-VII-2004. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Confitebor tibi Domine en do majeur, RV 596 pour alto, ténor, basse, cordes et basse continue. Giacomo Antonio Perti (1661-1756) : Oratorio della passione pour deux sopranos, alto, ténor, basse, cordes et basse continue. Il Seminario Musicale. Direction : Gerard Lesne. Solistes : Soledad Cardoso (soprano), Chantal Santon (soprano), Gérard Lesne (alto), Jean-François Novelli (ténor), Bertrand Chuberre (basse).

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