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Les Passions partagées en bonne intelligence

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Quimper. Eglise de Locmaria. 17-VIII-2009. Henry Purcell (1659-1695) : Extraits de Fairy Queen, King Arthur, The Tempest, Dido and Aenas et autres pièces. Sophie Pattey, soprano ; Guillemette Laurens, mezzo-soprano ; Orchestre Baroque Les Passions : Flavio Losco et Nirina Bougès, violons ; Jean-François Gouffault, alto ; Sylvie Moquet, basse de violon ; Ronaldo Correia de Lima Lopes, théorbe ; Yasuko Bouvard, clavecin ; Clémentine Humeau, hautbois ; Flûte à bec et direction : Jean-Marc Andrieu

Semaines Musicales de Quimper 2009

 

Dans le cadre des 31e semaines musicales de Quimper la venue des Passions de Montauban était très attendue par un public nombreux qui a rempli l’église de Locmaria. Ce programme Purcell a été une totale réussite tant sur le plan instrumental que vocal. à la tête des Passions avait déjà prouvé sa parfaite compréhension des exigences subtiles des compositions de l’Orpheus Britannicus. En 2007 à Sorèze, nous avions rendu compte de la qualité de l’émotion devant un public conquis. Le choix de pièces permet des variations infinies mais la construction de ce programme un peu différent reste un modèle de goût et de variété. Dès le prélude de Fairy Queen la vivacité des tempi, l’allant et l’engagement des musiciens fait merveille. Les couleurs légères et les dynamiques souples assument un choix interprétatif chambriste qui permet une écoute des détails de composition sans recherche d’ampleur et de grandiose. On peut ainsi déguster toutes les subtilités d’écriture de Purcell, avec ses rythmes complexes, ses harmoniques acidulées, ses phrasés longs et de superbes mélodies. L’engagement des musiciens est admirable de complicité. Dès le premier air «See even night», Sohie Pattey apporte avec sa belle voix de soprano parfaitement conduite, toute la longueur de souffle nécessaire pour faire de cet air une invitation aux charmes de la nuit, qu’on espère infinie en sa douceur. Le texte est susurré, les colorations de la voix et les nuances sont d’une délicatesse extrême. L’écrin apporté par les instrumentistes est telle une broderie délicate. Dans son deuxième air, «The plaint», la mélancolie du timbre capable de s’iriser de couleurs mordorées apporte beaucoup d’émotion, l’aisance dans un air si exigeant est confondante. Le plaisir de faire de la musique ensemble pour le public est complet tant les interprètes rayonnent, s’écoutent et s’engagent. Mais ce concert est aussi celui de que des spectateurs sont expressément venu entendre dans des airs superbes qui semblent lui appartenir. «Music for a while», a été vécu en une émotion communicable par la voix, le texte, le regard et tout le corps. L’appui sur un orchestre souple et imperturbable, en une basse continue admirable, est un vrai bonheur. Le timbre si profond de , son sens du phrasé, sa diction limpide, sa manière d’habiter cet air inoubliable, la longueur du souffle, et l’expressivité de ses attitudes font de son interprétation un moment d’anthologie. Il est bien heureux que ait avec art fait alterner des beaux moments instrumentaux pour varier le climax car l’émotion aurait été insoutenable. La manière dont les instrumentistes avec humour et fantaisie ont varié le Ground, Sir Anthony love a été un vrai bonheur. Les violons de et Nina Bougès capables des sonorités les plus nobles et belles et des phrasés les plus sublimes peuvent aussi s’encanailler et oser des variations jazzy du plus bel effet sur une basse continue tenue d’une main de fer par . Notons que cette artiste qui remplaçait Etienne Mangot a su porter sur ses épaules, toutes les responsabilités énormes données par Purcell à la basse continue, avec aisance.

La deuxième partie du programme comportait des extraits de King Arthur et Didon et Enée ainsi que des pièces plus rares. Pour débuter la deuxième partie du concert, le duo des Bergères a uni cantatrices et instrumentistes dans un moment d’une grande élégance. Charme et coquetterie ont a été ensuite apportés par dans une «Fairest Isle», hommage à la patrie de Purcell, pleine de délicatesse et de subtilité. Dans les deux airs de Belinda la soprano au beau timbre fleuri a apporté plus que la simple légèreté habituelle du rôle. Belinda a été ce soir, vraie sœur de Didon, dans la compréhension des enjeux du destin qu’elle essaye d’alléger sans croire vraiment que ce sera possible. La cantatrice avec beaucoup d’émotion a fait passer cette inquiétude au travers d’airs qui se veulent brillants et légers mais ne le sont qu’en apparence. Guillemette Laurens, habitée par la force de sa destinée est Didon. Certes l’air de la deuxième suivante lui a permis de démontrer la vivacité de son articulation et la précision de sa diction, mais c’est dans les deux airs de Didon qu’elle impose un sens de la tragédie unique. Didon n’est ici qu’une royale énergie incapable de lutter contre la mort. Dès son premier air, bien avant la naissance de l’amour, elle sent qu’elle est condamnée et que le tourment l’habite définitivement. En deux airs Guillemette Laurens a campé tout un personnage noblement soumis à son destin. La voix est somptueuse. Le timbre chaud et qui peut devenir abyssal et glacial peut se parer de mille nuances. Les dynamiques ont savamment dosées avec une reprise pianissimo à couper le souffle. La souffrance comme installée dans l’âme de Didon nous a été rendue perceptible dès le récitatif qui introduit sa mort, soutenue par à la basse de violon et Ronaldo Correia de Lima Lopes au théorbe avec une sensibilité rare. Elle n’a fait que s’amplifier tout au long de l’air. Le long silence qui a suivi cette mort si troublante était le plus bel hommage à ce magnifique concert. Puis des tonnerres d’applaudissements ont obtenu un bis tout fait de jubilation, de plaisir partagé à faire la musique ensemble pour un public conquis. «Sound the Trompets», a été un moment de pure joie vocale et musicale, les cantatrices souriantes et heureuses de jouer de leurs voix. Dans l’enthousiasme le public et les interprètes se sont accordé un beau moment de communion. Les passions partagées en bonne intelligence, ont réuni Montauban et Quimper, en un vibrant hommage au divin Purcell.

Crédit photographique : © Les semaines musicales de Quimper

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Quimper. Eglise de Locmaria. 17-VIII-2009. Henry Purcell (1659-1695) : Extraits de Fairy Queen, King Arthur, The Tempest, Dido and Aenas et autres pièces. Sophie Pattey, soprano ; Guillemette Laurens, mezzo-soprano ; Orchestre Baroque Les Passions : Flavio Losco et Nirina Bougès, violons ; Jean-François Gouffault, alto ; Sylvie Moquet, basse de violon ; Ronaldo Correia de Lima Lopes, théorbe ; Yasuko Bouvard, clavecin ; Clémentine Humeau, hautbois ; Flûte à bec et direction : Jean-Marc Andrieu

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