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La Colline éternelle célèbre la Cité de la voix

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Vézelay. Basilique Sainte-Madeleine. 20-VIII-2009. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : La Resurrezione HWV 47. Oratorio en deux parties sur un livret de Carlo Sigismondo Capece. Hana Blazíková, Angelo ; Katerina Knezíková, Maddalena ; Mariana Rewereski, Cleofe ; Eric Stoklossa, San Giovanni ; Tobias Berndt, Lucifero. Collegium vocal 1704 et Collegium 1704, direction : Vaclav Luks

Rencontres musicales de Vézelay

La colline sacrée de Vézelay, lieu de pèlerinage a toujours été consacré aux rencontres. Créé à l’initiative de Pierre Cao le festival qui en toute simplicité se nomme les «Rencontres Musicales de Vézelay» fête cette année ses 10 ans. Ces rencontres se font autour des œuvres qui permettent aux artistes du monde entier de venir y partager l’intense émotion du plus sacré des arts, la voix. Sur la colline éternelle, une Cité de la voix ouvrira d’ailleurs ses portes en 2010. Elle est destinée au travail des chœurs qui de toute l’Europe trouveront ici un havre de paix propice à l’étude.

Durant ces 3 jours de festival, les rues ont résonné d’activités pour les enfants, de concerts en plein air et gratuits mais de qualité. Des concerts d’après-midi ont été organisés dans de petites églises de charmes environnantes et une conférence de haute tenue a été prononcée par Thimothée Picard le samedi sur et Haendel, l’écrivain lui ayant consacré une biographie qui a été rééditée en 2005. Un concert donné par Arsys-Bourgogne, hôte de ces lieux, intitulé 10 ans 10 chefs a célébré l’ouverture de ces 10e rencontres.

Année Haendel oblige les concerts évènements du soir, donnés dans la nef de la basilique, nous ont permis d’entendre, fait exceptionnel, trois oratorios interprétés par trois ensembles.

C’est le Collegium 1704, qui s’est attaqué et le mot se justifie pleinement à l’un des oratorios de Haendel les plus aimés, La Resurrezione. Dans la Rome de 1708, année de la composition de cette œuvre, l’opéra interdit par l’église trouvait pour exister une nouvelle voie, par laquelle la virtuosité vocale devient une passion humaine à part entière. Les livrets racontent les heures et malheurs des saints et martyres. Carlo Sigismondo Capece, le librettiste de La Resurrezione et Haendel répondent ici à la commande d’un grand noble romain désirant quelques faveurs du pape. La Resurrezione nous compte ces heures qui entre la le vendredi saint, la mort du Christ, et le dimanche sa résurrection, jettent dans le doute et la souffrance ses proches : Saint Jean (qui parle parfois pour Marie), Marie-Madeleine et Cleofe. Ils se retrouvent confrontés au miracle et à l’Ange, mais aussi à Lucifer qui pense un temps tenir enfin sa vengeance par la mort du fils de Dieu, mais fini terrassé par l’amour éternel.

Le Collegium 1704 et son chœur le Collegium Vocal, nous en ont offert, une vision dramatique avec un engagement total. Ils ont dû affronter une pénible chaleur moite, contribuant à une certaine nervosité et rendant extrêmement difficile l’acoustique de la Basilique Sainte-Madeleine. Vaclav Luks impose dès le début des tempis extrêmement rapides qui ne donnent pas à l’ange, interprété par la soprano Hana Blazíková, la possibilité de développer immédiatement toute sa virtuosité dans son premier air «Disseratevi, oh porte d’Averno». Mais très vite le timbre lumineux de la soprano, son phrasé clair, sa rhétorique céleste donne au personnage de l’Ange toute l’élégance d’une mystique nous emportant vers les sphères.

Mais c’est la Maddalena, en la basilique qui porte son nom, magnifiquement interprétée par Katerina Knezíková qui a montré le plus de stabilité et d’assurance durant toute la durée de l’œuvre. Sa sensualité doloriste, sa virtuosité vocale dans l’ensemble de ses airs et son sens dramatique, ont permis de vivre avec Marie-Madeleine cette douloureuse attente. Femme pécheresse, femme sacrée, son timbre fruité colore la passion d’un amour extatique pour le Christ. En Lucifer, Tobias Berndt, possède la voix des ombres, celle du feu que dévore l’orgueil. Tous les autres interprètes ont habité avec élégance leurs personnages manquant toutefois parfois de ce sens de la rhétorique dramatique.

L’orchestre et leur chef, montrent pour cette œuvre de jeunesse, un bel enthousiasme porté par de belles couleurs.

Les cordes parfois cinglantes de la tempête redeviennent celles de l’amour retrouvé. Les hautbois et flûtes à la douceur mélancolique ou pastorale mais toujours rassurante deviennent le fil de vie à suivre et la viole de gambe dit la plainte venant des tréfonds de l’âme en quête d’espérance. Quant aux trompettes triomphantes elles célèbrent brillamment la gloire retrouvée.

Le public reconnaissant a fait un triomphe à ce concert, obtenant un bis somptueux du chœur final.

Crédit photographique : Vaclav Luks © DR

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Vézelay. Basilique Sainte-Madeleine. 20-VIII-2009. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : La Resurrezione HWV 47. Oratorio en deux parties sur un livret de Carlo Sigismondo Capece. Hana Blazíková, Angelo ; Katerina Knezíková, Maddalena ; Mariana Rewereski, Cleofe ; Eric Stoklossa, San Giovanni ; Tobias Berndt, Lucifero. Collegium vocal 1704 et Collegium 1704, direction : Vaclav Luks

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