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L’évocation sonore de Salvatore Sciarrino

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Salvatore Sciarrino (né en 1947) : Vento d’ombra ; Due notturni crudeli ; Lohengrin. Alfonso Alberti, piano. Marianne Pousseur, soprano. Ensemble Risognanze, direction : Tito Ceccherini. 1 CD Col Legno LC 07989. Code barre : 9120031340263. DDD. Livret plurilingue : allemand, italien, anglais. Durée : 62’47’’

 

Plus de vingt ans séparent Lohengrin de Vento d’ombra mais la conception sonore de , déjà définie dans les années 80, est immuable. Profondément convaincu que ses compositions doivent aller à l’encontre de l’auditeur, le compositeur sicilien base son écriture sonore sur le principe écologique d’évocation de la nature et de l’environnement intérieur de tous les hommes.

Ecrit en 1982 et publié en 1984, Lohengrin s’inspire de la parodie de Laforgue des Moralités légendaires qui le décrit tel un personnage d’opérette, un éphèbe sans vertus, prétentieux et antipathique. Sciarrino bouleversant la chronologie des évènements et changeant le final du texte de Laforgue, récrée une histoire grotesque totalement basée sur la psychologie des personnages. Lohengrin cède sa place de protagoniste à une Elsa tentatrice qui raconte à travers ses yeux, ses bruits et sons entonnés, les souvenirs d’un passé qui revient à son esprit comme dans une sorte de court circuit de la mémoire. , l’une des interprètes de référence du répertoire du compositeur, fait épreuve de tout son talent musical et interprétatif capable de retracer les mouvements introspectifs des personnages représentés à travers les multiples usages de la voix. Dans une sorte de voyage dans le temps caractérisé par le désordre, la chanteuse-actrice passe d’un personnage à l’autre (Elsa-Lohengrin) et d’un registre à l’autre (féminin, masculin et enfantin). Entrant et sortant des événements temporels, présent-passé, elle alterne de longs silences à une déclamation rapide telle «une mitraillette». La multitude de gestes vocaux allant du souffle entonné à la cantilène enfantine évoquent la mer, le vent, le chant des grillons, les aboiements des chiens : tout élément naturel qui fait partie de notre bagage sonore.

Basé sur le même principe d’évocation, Vento d’ombra est un hommage au vent reproduit par 27 instruments au timbre différent. A la limite du silence, les sons entonnés ne représentent que de petites unités mélodiques basées sur des intervalles minuscules et sur un rythme presque statique. Dans cette immobilité apparente Sciarrino capture les plus petits mouvements sonores dans une recherche très raffinée et subtile de timbres, à l’opposé des sonorités floues et presque inaudibles de Vento d’ombra, Due notturni crudeli (Deux nocturnes cruels). La netteté du piano, la répétition obsessive des cellules rythmiques et mélodiques, la brutalité exaspérée de l’exécution rappellent la «cruauté» du noir et dessinent l’atmosphère sombre du moment de la journée le plus cher au compositeur : la nuit. De même que dans les autres morceaux, l’auditeur mis en alerte demeure dans l’attente de quelque chose qui est loin de s’avérer.

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Salvatore Sciarrino (né en 1947) : Vento d’ombra ; Due notturni crudeli ; Lohengrin. Alfonso Alberti, piano. Marianne Pousseur, soprano. Ensemble Risognanze, direction : Tito Ceccherini. 1 CD Col Legno LC 07989. Code barre : 9120031340263. DDD. Livret plurilingue : allemand, italien, anglais. Durée : 62’47’’

 
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