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La soprano colorature coréenne ouvre cette année le cycle des Grandes Voix au Théâtre des Champs Elysées. On la connaît dans les rôles phares du bel canto ou concertiste auprès de Dmitri Hvorostosky, José Carreras, … Elle livre ici sa passion du défi, des nouvelles productions et son insatiable curiosité pour la variété, la littérature ou encore la gastronomie…

ResMusica : Quand votre voix vous a-t-elle été révélée ? Vous aviez commencé mezzo- soprano…
 : Étudiante, je n’avais pas une voix aigüe, j’essayais de chanter Carmen, enfin, le répertoire de mezzo… Mais quand je suis arrivée en Italie, j’ai rencontré un professeur très important qui m’a dit que j’étais supposée avoir des aigus, ce que je n’arrivais pas à croire! Elle m’a demandé de lui faire confiance et de suivre ses conseils pendant trois mois. J’ai commencé à travailler avec elle, sans qu’elle puisse me montrer comment atteindre cette tessiture car elle-même était mezzo. Elle m’a appris à respirer et pas à pas, avec elle et avec moi-même le soir au piano, essayant d’atteindre ces contrées que je ne soupçonnais pas… Je me sentais un peu comme Alice au Pays des Merveilles, exaltée et curieuse.

RM : Pressentiez-vous que cette nouvelle voix vous correspondait ?
SJ : Oui, parce que j’ai été élevée avec les disques de Joan Sutherland, je les connaissais tous – ma mère est une fanatique de Callas et de Sutherland. Alors je connaissais tous les airs par cœur et tous les aigus m’étaient familiers mais je ne savais pas comment les atteindre. Ceci dit, trois mois plus tard je chantais la Reine de la Nuit. C’était un miracle.

RM : Quand avez-vous décidé de vous y consacrer ?
SJ : A l’origine je voulais être ballerine ou vétérinaire. C’était ça mon rêve. Mais ma mère m’a persuadée, comme tout amoureux de l’opéra, et forcément… donc c’est à cause et grâce à elle.

RM : Vous avez commencé à chanter très tôt alors…
SJ : En effet, je devais avoir onze ans. J’étais une enfant qui chantait tout le répertoire italien sans en comprendre un mot, j’étais parfaitement éduquée pour imiter ce que j’entendais.

RM : Y-a-t-il de bons professeurs en Corée ?
SJ : J’ai eu beaucoup de chance d’être tombée sur des gens de qualité. Je dirais qu’il y a de bons professeurs parce qu’ils ne vous blessent pas. Vous savez, parfois, on vous pousse et ça peut vous être néfaste. Mais toutes les personnes que j’ai rencontrées ont été très délicates et attentives avec ma voix et elles m’ont montré le chemin pour m’améliorer. Même si ce n’était pas un chemin direct, ils m’ont fait prendre une voie raisonnable. Ce n’est pas facile, on ne peut pas toujours prendre l’autoroute, on doit aussi emprunter d’autres voies. C’est très important pour un étudiant d’avoir une tête bien faite pour décider de ce qui lui est bénéfique ou pas, car après avoir écouté telle et telle personne, on ne sait plus trop quoi faire. Je pense avoir le mérite d’avoir une forte personnalité qui m’ait permis de faire ces choix.

RM : Votre accent français est très naturel, qu’aimez-vous particulièrement dans cette langue ?
SJ : J’aime la France en général, la culture, l’histoire, la musique, la mode, la langue, la nourriture, le vin… Tout ce qui concerne la France me fascine.

RM : Comment définiriez-vous le français, plutôt cérébral ou sensuel ? 
SJ : Il est extrêmement lié à la sensualité, cette langue est très musicale. C’est très difficile pour un étranger de trouver la bonne prononciation, mon coach français est toujours près de moi pour les enregistrements, …

RM : Quand avez-vous envisagé un autre répertoire que le bel canto ?
SJ : C’est une très bonne question. J’aime beaucoup cette question car j’ai toujours essayé de rester dans ce répertoire de colorature, d’agilité, de technique et je n’ai jamais vraiment voulu m’en éloigner. J’ai très peu chanté Verdi, Puccini mais plutôt les feux d’artifices techniques comme la Reine de la Nuit, Olympia, Rossini, Donizetti, le répertoire français du XIXe aussi m’intéresse beaucoup. La fille du régiment, Fra Diavolo que j’ai joué à l’Opéra Comique. Le répertoire peu connu est un défi. J’ai eu beaucoup de chance d’avoir été entourée de chanteurs français, d’entendre leur accent, leur style, c’est très important pour un étranger.

RM : Auprès de qui avez-vous le plus appris ?
SJ : Je dois dire que j’ai beaucoup apprécié de travailler sur Fra Diavolo à l’Opéra Comique. C’était très très stimulant à cause des dialogues en français et l’opéra comique étant assez petit, le public réagissait à chaque phrase, chaque accent. Ça n’a pas été facile mais le répertoire lui-même m’a beaucoup apporté : j’étais une «buffa -comique», une fille un peu sotte, très différente de ce que j’ai l’habitude d’interpréter. D’habitude je pleure, je meurs… ici, je me suis beaucoup amusée. J’ai adoré travailler avec Jérôme Deschamps parce qu’il m’a appris la légèreté, l’humour. On peut être à la fois triste et amusante, c’est une question de transformation intérieure. J’ai appris à basculer d’un état mental à un autre, c’est une expérience très précieuse.

RM : Vos influences ?
SJ : Techniquement, musicalement, je fais confiance à mon intuition. Bien sûr, je suis toujours ouverte d’esprit mais du point de vue musical et technique, je suis beaucoup mon instinct, mon éducation et ma propre méthode de travail. J’observe tous les artistes avec lesquels je collabore et j’apprends. J’apprends de cette petite lumière qui brille en chacun d’eux. Je suis amicale mais je n’ai pas facilement confiance en l’autre. Ceci dit, artistiquement je suis très ouverte, curieuse de tout. De nombreux chanteurs viennent me demander des conseils techniques, comment faire un pianissimo en crescendo, contrôler son souffle et je leur dis, en plaisantant, c’est mon secret. Mais c’est parce que chacun doit trouver sa propre voie.

RM : Vous aimez aussi déborder du cadre classique…
SJ : Oui, j’ai chanté pour des feuilletons mélo, des musiques de films… je veux faire partie du monde moderne aussi. Bien sûr, j’ai été éduquée pour monter dans l’aigu, pour la coloratura mais j’apprécie beaucoup de chanter pour tous. Dans ce cas j’abandonne la voix de soprano et j’emprunte une voix plus naturelle, type karaoke (rires).

RM : Y a-t-il une hiérarchie dans les styles musicaux en Asie ?
SJ : Pas vraiment, il n’y a pas de classification. En ce moment les comédies musicales comme Miss Saïgon sont très à la mode. Le genre d’opérettes avec des voix de qualité et de bons acteurs qui est une bonne alternative pour ceux qui ont l’impression que l’opéra est difficile.

RM : Comment travaillez-vous aujourd’hui ?
SJ : Je m’exerce tous les jours bien sûr mais plus que la technique vocale, j’explore un répertoire plus large. Je vais bientôt enregistrer des lieder [chez Deutsche Gramophon], peut-être la prochaine fois un album russe. Je suis curieuse de voir comment je peux poser ma voix sur différents répertoires.

RM : Comme le lied…
SJ : Personne ne le sait mais j’ai commencé par Schubert. Mon tout premier amour a été le lied allemand et non pas l’opéra italien ou français. Alors c’est comme un retour aux sources. J’ai mûri, j’apprends l’allemand, je lis de la littérature allemande – une base pour qui veut chanter des lieder. Je suis passionnée par ce projet.

RM : Vous aimez donc la littérature, vous avez vous-même écrit…
SJ : Oui, j’ai écrit deux livres. Je lis beaucoup mais j’en ai fini avec les romans d’amour, aujourd’hui je lis de la psychologie. Sur les manières de mener une vie meilleure comme The Power of now [Eckhart Tolle] ou un bestseller sensationnel du New York Times, A new earth [du même auteur] que j’apprécie beaucoup. Un livre est toujours un bon ami.

RM : Quelles sont les autres choses qui vous nourrissent en tant qu’artiste ?
SJ : La littérature est une base mais ensuite il faut être plus qu’intelligent : il faut se faire beaucoup d’expérience, autre que musicale. Ne pas avoir honte de demander quand on ne sait pas. J’aime le cinéma, la pop, la mode, la cuisine – j’ai inventé des recettes pour un hôtel en Corée. Mes vingt- quatre heures sont plutôt bien remplies! Avec de la créativité et de la fantaisie on arrive toujours à mener une vie aussi colorée que possible.

RM : Et les villes dans lesquelles vous préférez chanter ?
SJ : J’adore Paris, Tokyo et New York. Les gens sont si polis et le public parisien est le meilleur, il est cultivé et comprend les musiciens. Cela me donne une joie immense et autant de responsabilités.

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