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Fêtes baroques du CMBV : à la gloire de la voix de dessus

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Versailles. Manège de la Grande Ecurie. 25-IX-2009. Jean-Basptiste Lully (1632-1687) : Extraits Prélude et airs de Psyché. Jean-Philippe Rameau (1680-1764) : Extraits de Naïs, de Dardanus, de Platée, Zoroastre, Les Paladins et de Castor & Pollux. Carolyn Sampson, soprano. Boston Early Music Festival Orchestra. Direction : Stephen Stubbs et Paul O’Dette

Versailles. Chapelle Royale. 26-IX-2009. Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : Elévation, O vere, o bone H 273 ; Ave verum corpus H 266 ; Nonne Deo Subjecta erit H 258 ; Concert à 4 parties. Paolo Lorenzani (1640-1713) : Bonum est confidere, O dulcissime Jesu ; Amor Jesu dulcissime ; Hodie Christus vocat…». Antonia Bembo (ca 1640-ca 1713) : Fais-moi miséricorde. Eugénie Warnier, soprano. Il Seminario Musicale. Direction et haute-contre : Gérard Lesne

Entre Versailles et l’Amérique, plus exactement les États-Unis, l’histoire d’amour remonte à plus de deux siècles, histoire dont il n’est nul besoin de rappeler l’origine. Et c’est donc Versailles, ou plus exactement le Centre de Musique Baroque de Versailles (CMBV) qui a invité le Boston Early Music Festival Orchestra à venir se produire pour la première fois en Europe, à l’occasion de leurs journées d’automne. Ces dernières ont cette année deux thématiques, les Fêtes baroques consacrées au répertoire français du XVIIe et Grétry dont nous aurons l’occasion de reparler prochainement.

Quelle meilleure ouverture pouvait – on souhaiter à ces Fêtes Baroques, qu’une célébration par des interprètes voués à ce répertoire, des fastes de l’opéra français ? En effet cet orchestre attitré du festival de Boston a été créé spécialement pour interpréter les opéras baroques. S’il se compose essentiellement de musiciens américains ce soir à la flûte par exemple le public aura reconnu Marc Hantaï ou aux percussions Marie-Ange Petit. Il est dirigé conjointement par Stephen Stubbs et Paul O’Dette, tous deux luthistes dont le second est déjà venu à Versailles pour des récitals. Les jolies couleurs du théorbe et de la guitare sont d’ailleurs probablement celles qui sont le plus présentes. Et si les cordes manquent de mœlleux, les flûtes et les hautbois savent avec délicatesse rendre le charme de la pastorale et les trompettes être glorieuses. Mais les couleurs de l’orchestre sont trop franches. Et si ce dernier est au fond extrêmement professionnel il lui manque cette touche si particulière de la sensualité que l’on attendrait sur ce répertoire.

Les musiciens ont su merveilleusement accompagner et être à l’écoute d’une belle interprète . La soprano possède un timbre légèrement fruité, ses aigus sont rayonnants, sa diction et son phrasé clair et précis, permettent de ciseler toutes les nuances des textes. Elle a fait merveille dans «Tristes apprêts…», où elle a donné au chagrin les couleurs d’un automne s’abandonnant à la lumière qui s’obscurcit. Et si dans l’air de la Folie de Platée a su apporter toute la brillance et la virtuosité nécessaire, il lui a manqué juste un tout petit brin de folie pour métamorphoser et libérer les âmes enchantées.

Dès le lendemain, c’est à la Chapelle Royale que nous avions rendez-vous pour entendre Il Seminirio Musicale dans un programme de motets de Charpentier, Lorenzani et Bembo. S’il n’est nul besoin de présenter le premier, le Cmbv remplit sa mission de redécouverte du répertoire ancien en permettant à de nous faire redécouvrir les deux autres. Lorenzani est un peu le reflet italien dans le miroir de Charpentier. Si le français partit vivre en Italie pour y étudier la musique italienne, l’italien fit le voyage inverse. Sa musique est donc particulièrement influencée par la «manière française». Quant à Bembo, Antonia Bembo, il s’agit d’une vénitienne venue s’installer en France et qui protégée par Louis XIV put composer non seulement des motets mais également des œuvres profanes.

Il a fallu tout le talent d’, jeune soprano plus que prometteuse pour parvenir à donner à la pièce de Bembo extrêmement austère, une lumière capable de soutenir l’intérêt du public. Le phrasé, les nuances et les couleurs de la jeune dessus ont su offrir à la poésie des mots toute leur énergie. La fin déchirante sur des graves profonds, ont montré toute l’étendue de la tessiture de l’interprète. Mais c’est dans les motets de Lorenzoni que son timbre à la clarté solaire, aux parfums d’encens qu’elle a pu laisser s’exprimer toute la sensualité de ce répertoire religieux. Les musiciens ont apporté une basse continue extrêmement luxuriante, riche et resplendissante. La voix de Gerard Lesne qui ne se projette plus à ainsi trouver une énergie grave et implorante, permettant aux nuances subtiles de sa ligne de chant, de se faire entendre. Sa voix est désormais plus celle des lieux intimes que celle que requiert la Chapelle Royale. Toutefois, sa fragilité a su grâce aux violons agiles et virtuoses, à la viole de Gambe et au théorbe si graves et réfléchis et au clavecin agile et voluptueux de nous atteindre.

Sur les premières soirées des journées d’automne du Centre de Musique de Versailles, c’est donc bien l’art vocal et en particulier celui irisant, flamboyant, fruité et parfumé des dessus qui a triomphé. Versailles, a ainsi fêté la gloire du charme féminin.

Crédit photographique : , Carolyn Sampson © DR

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Versailles. Manège de la Grande Ecurie. 25-IX-2009. Jean-Basptiste Lully (1632-1687) : Extraits Prélude et airs de Psyché. Jean-Philippe Rameau (1680-1764) : Extraits de Naïs, de Dardanus, de Platée, Zoroastre, Les Paladins et de Castor & Pollux. Carolyn Sampson, soprano. Boston Early Music Festival Orchestra. Direction : Stephen Stubbs et Paul O’Dette

Versailles. Chapelle Royale. 26-IX-2009. Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : Elévation, O vere, o bone H 273 ; Ave verum corpus H 266 ; Nonne Deo Subjecta erit H 258 ; Concert à 4 parties. Paolo Lorenzani (1640-1713) : Bonum est confidere, O dulcissime Jesu ; Amor Jesu dulcissime ; Hodie Christus vocat…». Antonia Bembo (ca 1640-ca 1713) : Fais-moi miséricorde. Eugénie Warnier, soprano. Il Seminario Musicale. Direction et haute-contre : Gérard Lesne

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