Concerts, La Scène, Musique symphonique

Jusqu’où iront-ils ?

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Nice, Opéra. 04-X-2009. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Leonore III, ouverture. Johannes Brahms (1833-1897) : Variations sur un thème de Haydn op. 56. Hector Berlioz (1803-1869) : Chasse royale et orage, extrait de l’opéra Les Troyens. Maurice Ravel (1875-1937) : La valse. Orchestre Philharmonique de Nice, direction : Sébastien Billard

Ouf, nous avons évité le pire ! Après la catastrophique prestation de mercredi dernier au château de Valerose, l’orchestre semble s’être ressaisi. Mercredi en effet, la prestation du philharmonique de Nice ne fut rien de moins que le concert de l’harmonie municipale du village. Jouer aussi mal un répertoire donné l’année précédente – la Symphonie n°6 de Beethoven – est simplement inadmissible ; c’est ni plus ni moins que se moquer du public. Disons le sans ambages, c’était faux, décalé, sans nuances ; les parties n’étaient pas sues. Il est clair qu’arriver à un tel niveau de la part de cet orchestre c’est de l’insolence vis-à-vis d’un public étudiant qui venait profiter de l’occasion. Bref à un tel abaissement, il n’y a pas de doute Nice est près pour la fusion avec Cannes ! On se dit même que cela pourrait relever le niveau ! Enfin, faut-il aussi relativiser les notices aussi péremptoires que fausses de M Gastinel.

Toutefois, soyons juste, de retour dans le temple sacré, l’orchestre s’est mieux tenu et si on ne peut pas aller jusqu’à dire que ce fut bon, ce ne fut pas la cacophonie précédente. Et de fait, pour faire court, Leonore III était sans interprétation, Brahms absolument pompeux, Berlioz eu d’agréables passages de cuivres et Ravel mit en valeur un bon pupitre de cordes sur lequel s’est plaquée maladroitement l’harmonie. Après Manon Lescaut et la Sixième nous avons envie de dire, nous avons évité le pire… mais jusqu’à quand ?

Dès leur entrée dans Léonore les flûtes manquèrent de justesse, la descente chromatique fut d’une incroyable lourdeur, ce qui n’empêcha pas de beaux soufflets qui naissaient agréablement dans le son même des violoncelles, malgré des fins de phrase équeutées. L’entrée frappée des flûtes contrastait avec les beaux posés de bassons trahis par un manque de justesse des bois sur leur crescendi. L’appel de trompette fut précipité, ce qui créa un décalage avec le reste de l’orchestre. D’une manière générale, les trompettes ne furent pas du tout intégrées, comme les bois qui s’inséraient mal dans le jeu des violons. En revanche, dans leurs répons, les cordes étaient bien ensemble, malgré, sur les contre temps qui suivirent, un léger retard des violoncelles par rapport au reste de l’orchestre. Bien que les flûtes aient eu tendance à traîner sur leur double-croche, leur jeu avec celui des basses s’épousait agréablement. Encore une fois, comme du reste dans les autres morceaux, les contre-temps et syncopes ne furent jamais en place, trahissant un net décalage entre les cordes et l’harmonie. Même difficulté d’ensemble avec les violoncelles sur la belle descente d’arpège des violons. Bel ensemble de chasse faisant écho au bel ensemble que les cors donneront dans Berlioz.

Brahms fut entre deux styles et donc n’en fut d’aucun, ni le classicisme de Haydn, ni le romantisme de Brahms, donnant une interprétation en forme de rengaine avec des appogiatures surprenantes sur la fin du premier mouvement. Cette absence de choix de style confina l’interprétation des suivants dans une lourdeur qui traîna en longueur et dans laquelle il était bien difficile de percevoir le thème initial et les jeux de variations. Individuellement il y eut toutefois de belles choses : de beaux accents parfaitement ensemble au n°3, une belle flûte au n°4, malgré des bois trop massifs. Trop lourd, voire pompeux, fut également le n°5 malgré de très belles cordes basses. Un pompeux rendu encore plus fastidieux par des flûtes trop frappées n’ayant pas le même discours, les mêmes accents que le reste de l’orchestre, ce qui ne les empêcha pas de porter agréablement le numéro suivant. Les cors au n°7 furent d’une belle présence au-delà du manque de fermeté des attaques ; même finesse au n°9. Le reste fut approximatif et lourd avec bien souvent deux lignes distinctes entre les cordes et l’harmonie.

Berlioz connut plus d’unité malgré des flûtes toujours trop frappées, des syncopes lourdes et approximatives. Les cordes servirent un très beau tapis pourtant poussif sur les changements de notes. Même approximation des timbales qui ne gêna pas le bel appel de cuivre et le superbe tutti perturbé en suivant par le déséquilibre des syncopes et des tenues de graves, sans parler des fins de phrase inachevées. La fin fut laborieuse et s’enlisa.

La Valse de Ravel mit vraiment en valeur de très belles cordes, malgré une légère surprésence de la pulsation des contrebasses. L’harmonie ne parvint en revanche jamais à trouver sa place et ne distilla que des notes vaguement plaquées sans rapport avec le discours musical, à l’image des trois coups finaux pour le moins… surprenants.

Crédit photographique : © DR

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Nice, Opéra. 04-X-2009. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Leonore III, ouverture. Johannes Brahms (1833-1897) : Variations sur un thème de Haydn op. 56. Hector Berlioz (1803-1869) : Chasse royale et orage, extrait de l’opéra Les Troyens. Maurice Ravel (1875-1937) : La valse. Orchestre Philharmonique de Nice, direction : Sébastien Billard

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