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Aaron Copland dirige Aaron Copland

À emporter, CD, Musique symphonique

Aaron Copland (1900-1990) : Billy the Kid, suite de ballet ; Symphonie n°3. London Symphony Orchestra, direction : Aaron Copland. 1 CD Everest EVERCD002. Code barre : 5060175190024. Enregistré en 1959, probablement à Londres. AAD. Notices unilingues (anglais) bonnes. Durée : 60’10

 

C’était vraiment à désespérer : le label américain Everest qui, à la fin des années 50, était à la pointe de l’enregistrement stéréophonique à ses débuts, grâce notamment à la technique tri-microphonique et la bande magnétique sur film 35 mm, n’avait subi que de piètres rééditions en CD par des compagnies ou des transferts de seconde zone. Le voici qui renaît de ses cendres sous sa propre étiquette – on espère de manière définitive – en des réalisations de haut niveau, que ce soit dans la présentation d’origine et, surtout, dans la qualité sonore respectant au mieux les enregistrements originaux qui, décidément, ne font pas leur âge.

L’une des premières productions à paraître concerne tout un programme Copland dirigé par le compositeur à la tête de l’Orchestre Symphonique de Londres, et cette réalisation se révèle extrêmement précieuse. On sait Copland excellent chef d’orchestre s’agissant de sa propre musique, et les multiples gravures de ses œuvres qu’il nous a laissées pour le label CBS sont le plus souvent, à l’instar de Stravinsky ou Bernstein dans leurs compositions respectives, des références absolues et indiscutables.

composa son ballet Billy the Kid en 1938, et il en tira une suite d’orchestre l’année suivante, qui devint très populaire, tout comme d’ailleurs son ballet Appalachian Spring lorsqu’il subit le même traitement. Œuvres évoquant à merveille les vastes espaces américains et la vie de leurs habitants, sous le terme Americana, grâce à un musicien à l’inspiration imaginative. Il est d’ailleurs piquant de constater que Copland, Bernstein et Gershwin, tous trois d’origine russe, aient contribué au XXe siècle comme le fit le Tchèque Dvořák au XIXe, à fixer les standards de la musique des États-Unis dans l’imaginaire de la population américaine, au point que celle-ci estime en toute bonne foi que le beau thème au cor anglais du Largo de la Symphonie du Nouveau Monde est un véritable folksong du terroir… et presqu’un deuxième hymne national !

En 1959, avec l’Orchestre Symphonique de Londres, Copland grava pour Everest la suite du ballet Billy the Kid, les Statements pour orchestre (1935) et la Symphonie n°3 (1946). Les deux premières œuvres parurent sur le microsillon SDBR3015, tandis que la Symphonie n°3 occupa tout le disque SDBR3018. Vu la durée de l’ensemble des trois œuvres, il était évidemment impossible de les faire tenir sur un seul CD, et laisser de côté les Statements au profit de la Symphonie nous semble un moindre mal, car cela rend le CD plus homogène musicalement. On espère toutefois que les Statements réapparaîtront un jour en CD, surtout s’ils sont couplés avec la suite du ballet Appalachian Spring (1944) de Copland et les Spirituals pour chœur de cordes et orchestre (1941) de Morton Gould enregistrés avec le même orchestre, mais cette fois dirigé par l’excellent Walter Süsskind (microsillon Everest SDBR3002).

Synthèse la plus aboutie des aspects héroïques et régionalistes de l’art de Copland, la Symphonie n°3 est évidemment la pièce de consistance de ce CD et l’une de ses plus belles œuvres. Elle se devait d’ailleurs de l’être, puisqu’elle fut commissionnée par la célèbre «Koussevitzky Music Foundation» et créée le 18 octobre 1946 par Serge Koussevitzky et son Orchestre Symphonique de Boston. La partition porte la dédicace «À la mémoire de ma chère amie Natalie Koussevitzky».

Le langage de cette Symphonie en quatre mouvements est plus directement accessible que celui de la Symphonie n°2 «Short Symphony», et on y décèle même des similitudes avec celui de Billy the Kid, bien que Copland s’en soit toujours défendu : «… J’ai été catalogué comme folkloriste et pourvoyeur d’Americana. Toute référence au jazz ou au folklore dans cette symphonie est purement inconsciente.» Il n’empêche que le deuxième mouvement Allegro molto de la Symphonie n°3 évoque assurément les moments particulièrement primesautiers et espiègles de Billy the Kid, et de plus, intégrer la célèbre Fanfare for the Common Man (1942) au début du Finale est un pur acte d’Americana qui, associé à la reprise de l’introduction, conclut l’œuvre en une apothéose particulièrement impressionnante.

Copland réenregistra sa Symphonie n°3 en 1976 avec le Philharmonia Orchestra pour CBS, mais il semble bien que ni le chef, ni cette formation londonienne n’aient manifesté la même rigueur rythmique ni le même enthousiasme que les interprètes d’Everest ; de plus la prise de son pourtant plus récente chez CBS, mais moins claire, plus mate et plus confuse que celle d’Everest, n’était vraiment pas là pour arranger les choses. Raisons supplémentaires de préférer, et de loin, cette réédition exceptionnelle d’Everest, label légendaire s’il en est.

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