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Musique de guerre, partie II

À emporter, Actus Prod, CD, Musique symphonique

Gavril Popov (1904-1972) : symphonie n°2 « Mère Patrie », Op. 39 ; symphonie n°3 « Héroïque » pour orchestre à cordes, Op. 45 ; Air symphonique pour violoncelle et orchestre, Op. 43 ; La campagne de la cavalerie rouge pour orchestre et chœur d’homme. Dimitry Khrychov, violoncelle. Chœur d’hommes de la cathédrale de Smolny ; Orchestre symphonique d’Etat de Saint-Pétersbourg, direction : Alexander Titov. 2 CD Northern Flowers. Référence : NF/PMA 9972 et NF/PMA 9977. Code barre : 4 607053 328738 et 4 607053 328783. Enregistré en décembre 2008 et mars 2009. Notice de présentation en : russe et anglais. Durée : 60 : 10 et 69’54

 

Northern Flowers

La seconde fournée de la collection «Wartime music» du label russe Northern Flowers propose un beau trio de compositeurs : Chostakovitch, Popov et Weinberg.

est malheureusement un révélateur idéal de la machine à opprimer que fut l’URSS et ses tsars rouges. Dans les premières années du régime, Popov est un compositeur moderniste et ses œuvres témoignent de recherches stylistiques et instrumentales innovantes. Son Septuor de 1927, pour flûte, clarinette, basson, trompette, violon, violoncelle et contrebasse est une œuvre assez radicale qui mérite de figurer au programme des concerts. Mais sous la pression des autorités et des censeurs officiels, il assagit son langage et respecte les dogmes artistiques du parti. Il compose alors différentes partitions sur des thèmes prolétariens dont une suite en hommage à l’électrification. Cette soumission ne lui épargne pourtant pas la vindicte de Jdanov et son nom est cité comme compositeur formaliste après la seconde guerre mondiale. Il doit démissionner du Comité de l’union des compositeurs. Pour vivre, il compose plusieurs dizaines de musiques de scène et de film.

La symphonie n°2 «Mère Patrie» montre pourtant le grand talent du compositeur. Composée en 1943, cette partition, écrite avec dramatisme évite toute emphase gratuite. La beauté des mélodies des mouvements impairs rencontre une orchestration, virtuose, riche et variée dans les mouvements pairs. Le final, enlevé avec énergie, est assurément un grand moment de musique avec un sens de l’orchestration qui n’a rien à envier à Prokofiev ou Chostakovitch. Cette pièce, certes classique dans ses formes, fait date dans l’histoire de la musique russe. Les différents compléments du disque sont des partitions plus formelles. Même le talent d’orchestrateur de musicien ne peut empêcher ces œuvres de tourner en rond. La «Cavalerie de campagne», air pour chœur d’homme et orchestre, donne, sur un rythme de marche, une idée de la musique officielle du régime dans ses aspects les plus pompeux.

La symphonie n°3, sous titrée «Héroïque», connut une genèse plutôt longue. Intéressé par les différentes formes musicales, Popov voulait écrire un concerto grosso. La partition fut écrite au fil de la guerre et seulement terminée en 1946, elle est dédiée à Chostakovitch et ne requiert qu’un grand orchestre à cordes. L’oreille est impressionnée par la richesse des textures et la complexité des structures. D’une durée de près de 55 minutes, elle cite différentes danses populaires d’Espagne. En effet, l’essentiel du matériau est tiré d’une musique destinée à un film sur la guerre d’Espagne. Complètement méconnue, cette symphonie n°3 est, comme la symphonie n°2, un très grand chef d’œuvre. Pour terminer ce disque, l’aria symphonique pour violoncelle et orchestre nous ramène dans la tradition musicale russe avec des climats évocateurs de la steppe et de la toundra. Au fil de ces deux disques, l’orchestre pétersbourgeois est impressionnant d’engagement et de cohésion. Les redoutables difficultés de la symphonie n°3 font honneur à la légende de l’école russe des cordes.

(1906-1975) : symphonie n°9, Op. 70 ; Le fleuve russe, Op. 66 ; Leningrad natal, Op. 63. Chœur de la cathédrale de Smolny ; Orchestre d’Etat de SaintPétersbourg, direction : Alexander Titov. 1 CD Northern Flowers. Référence : NF/PMA : 9976. Code barre : 4 607053 328776. Enregistré en mars 2009. Notice de présentation en : anglais et russe. Durée : 49’49.

Retour à des paysages connus avec un volume qui est centré sur Chostakovitch. Pied de nez aux officiels du régime qui attendaient une glorification de la victoire de 1945 sur fond d’emphase et de grandiloquence, la symphonie n°9 donne dans le burlesque et l’ironique. Mais comme toujours chez Chostakovitch, le drame pointe derrière la gaîté de façade. livre une lecture assez premier degré et rapide mais sans contresens. Bernstein (DGG) et Kitaenko (Capriccio) sont tout de même allés plus loin dans l’exploration de cet univers énigmatique. Le reste du disque, complété avec des partitions de circonstance, montre le talent du Chostakovitch en mode «pilote automatique» qui sait écrire des musiques franches, carrées et conformes aux attentes de la Nomenklatura. La musique du très oubliable Leningrad natal n’évite ainsi pas de nombreux poncifs et des effets de masse bien attendus.

Mieczyslaw Weinberg (1919-1996) : symphonie n°1, Op. 10 ; Concerto pour violoncelle, Op. 43. Dimitry Khrychov, violoncelle. Orchestre d’Etat de SaintPétersbourg, direction : Alexander Titov. 1 CD Northern Flowers. Référence : 4607053 328745. Enregistré en décembre 2008. Notice de présentation en : russe et anglais. Durée : 70 : 59.

Né en Pologne, Weinberg étudie au Conservatoire de Varsovie quand les Allemands envahissent la Pologne. Il se réfugie à Minsk mais l’opération Barberousse le conduit à reprendre la route pour se poser à Tachkent où il compose sa symphonie n°1 (1942). Chostakovitch découvre la partition et demande à rencontrer le jeune compositeur. Il en découlera une amitié de près de 30 ans ; Weinberg se perfectionne auprès du grand artiste et Chostakovitch l’aide à s’intégrer dans les cercles musicaux soviétiques.

Cet essai de jeunesse est assez bien réussi, sans toutefois arriver au génie de la symphonie n°1 de son mentor. On apprécie la joliesse et la fraîcheur spontanée de certaines mélodies, la forme revigorante de classicisme de l’ensemble alors que l’orchestration, dans ses effets de masse, évoque le jeune Chostakovitch. Le style de Weinberg ne fera qu’évoluer au cours de son imposante œuvre qui culmine dans ses vingt-deux symphonies.

Le concerto pour violoncelle est composé entre 1945 et 1948, mais il est créé sur scène qu’en 1957 par Rostropovitch. Proche ami de Chostakovitch, Weinberg traversa relativement sereinement la période de remise au pas esthétique mais il fut emprisonné à la fin de l’ère stalinienne (février 1953) connue pour ses délires antisémites du complot des blouses blanches. On découvre une partition solidement charpentée qui utilise des réminiscences du folklore juif. Le violoncelliste Dimitry Khrychov possède un son puissant et timbré, dans la droite ligne de l’école russe. Il livre une interprétation très dense et tendue de ce concerto. Le vaillant orchestre pétersbourgeois apparaît plus à son aise dans le concerto que dans la symphonie.

Cette seconde fournée, riche en découvertes, montre le grand intérêt de la démarche de Northern Flowers. Les deux volumes dédiés à restent l’acquisition prioritaire de cette entreprise.

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