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Quatuors de demain au Concours International de Musique de chambre de Lyon

Concours, La Scène

Concours International de Musique de chambre de Lyon. 6ème année. Session quatuor à cordes. Lyon, du 26 au 29 octobre 2009. Directeur général : Joël Nicod. 26 octobre : épreuves éliminatoires au CNSMD de Lyon ; 28 octobre : demi-finale Salle Molière ; 29 octobre : finale, même lieu et concert des lauréats à 20h30 présenté par Frédéric Lodéon.

Concours International de Musique de chambre de Lyon. 6ème année. Session quatuor à cordes. Lyon, du 26 au 29 octobre 2009. Directeur général : Joël Nicod. 26 octobre : épreuves éliminatoires au CNSMD de Lyon ; 28 octobre : demi-finale Salle Molière ; 29 octobre : finale, même lieu et concert des lauréats à 20h30 présenté par .

Jury : Ruben Aharonian, violoniste, , Russie ; Miguel da Silva, altiste, Quatuor Ysaye, France ; Bernard Gregor-Smith, violoncelliste, Quatuor Lindsay, Angleterre ; Petr Prause, violoncelliste, Quatuor Tallich, République Tchèque ; Barry Shiffman, violoncelliste, directeur du Banff Center, Canada ; Zoltan Toth, altiste, professeur au CNSMD de Lyon ; Jean-Frédéric Schmitt, luthier, Lyon.

Jury coup de cœur Bayer CropScience : Nikolas Kerkenrath, Caroline Sturm. Nathalie Geoffray, violoniste, professeur au CNSMD de Lyon.

Jury de la presse : , directeur général du Palazetto Bru-Zane de Venise ; François Hudry, France-Musique ; Philippe Andriot, critique musical du journal Le Tout Lyon ; Christian Lorandin, ResMusica.

Sur neuf quatuors inscrits, cinq se sont présentés et au soir des éliminatoires, trois candidats sont retenus. Passant avec succès la demi-finale, les trois formations se retrouvent en finale. Palmarès : Premier Prix, Prix d’interprétation pour le quatuor Ainsi la nuit d’, Coup de cœur Bayer CropScience, Prix de la presse et Prix du public attribués au quatuor Hermès (France). Le (France) obtient un deuxième Prix et le quatuor Novus (Corée du Sud) se voit attribuer un troisième Prix.

Demi-finale. Tous les candidats ont choisi le Quatuor op. 95 en fa mineur de Beethoven et le Quatuor de Ravel. La matinée du 28 octobre commence par la prestation du . L’op. 95 de Beethoven se construit de manière très rigoureuse, sans concession, parfaitement en accord avec cette œuvre singulière. On sent les musiciens un peu tendus, mais dans la perspective nécessaire de servir cet opus, dit Serioso, avec un son de quatuor quasi à maturité. Requiem per una maschera du compositeur italien Luca Antignani séduit par sa finesse et surtout par les différentes palettes sonores. Le Quatuor de Ravel déchaîne l’enthousiasme. Les quatre musiciens rivalisent de subtilité et, avec un goût parfait, rendent magnifiquement ce kaléidoscope ravélien, oscillant entre tendresse et précision, fougue et narration. On est séduit par le discours naturel, évident, par la pureté et la clarté du son.

L’après midi, le quatuor Hermes présente un magnifique Beethoven, mordant, vivant, souple, livrant notamment de superbes émotions dans le second mouvement. La pièce contemporaine – La vie et la Mort de Michiru Oshima – très publique, d’accès facile manifestement écrite pour servir la formation et jouée par cœur (mais à quoi cela sert-il vraiment ?) confirme l’excellent niveau des musiciens, mais nous interroge sur leur choix esthétique. Dans Ravel, les Hermes nous présentent une exécution de concours, presque irréprochable, mais le charme et la magie sont encore à trouver, même si l’on est sensible à la beauté globale de l’interprétation. Le quatuor Novus commence par Ravel dans lequel les jeunes coréens tirent leur épingle du jeu. Si ce n’est le dernier mouvement qui n’atteint pas la légèreté des deux quatuors français, l’ensemble sonne bien avec, cependant, un je-ne-sais-quoi d’un peu superficiel.

In search of… pièce pour quatuor écrite en 2005 par le compositeur azeri Frangis Ali-Sade nous fait découvrir tous les potentiels de ces musiciens ainsi que leur parfaite préparation technique. Le redoutable op. 95 de Beethoven pâtit d’absence de style. Tout, cependant, est là sur le plan instrumental mais, avec un allegro con brio trop «recherché» et manquant parfois de densité, un allegretto ma non troppo relativement rapide et peu douloureux, un allegro assai vivace, ma serioso peu éloquent et en dépit d’un final assez réussi, l’œuvre ne nous livre pas ses secrets poignants.

Finale. Œuvre imposée : Ainsi la nuit d’Henry Dutilleux.

Une salle Molière bruissante attend, le jeudi matin 29 octobre, le passage des premiers concurrents. Le quatuor Novus confirme cette dichotomie entre la technique et le langage, remarquée la veille. En d’autres termes ces jeunes musiciens jouent très bien, mais on a l’impression qu’ils sont un peu dans le vide sur le plan stylistique. Ainsi la nuit donne une impression un peu compacte, sans beaucoup de lumière. Le Quatuor en la mineur de Schubert, par excès de désespoir, semble vidé de sa substance. On peut regretter un manque de projection et de générosité.

On retrouve, avec le quatuor Varèse, un travail très approfondi et le souci du style dans un Dutilleux aux sonorités cristallines, à la lumineuse précision. L’impression est la même que pour le Quatuor de Ravel, les Varèse ont un sens aigu de la clarté et dosent superbement l’analyse et l’expression. Partition en main, on goûte le souci de respecter la moindre nuance, le moindre phrasé et la moindre inflexion. Le choix du Quatuor op. 41 n°1 de Schumann permet aux musiciens d’exploiter leur potentiel expressif qui est très grand. Cette page tourmentée et passionnée leur va à merveille. Entre le second violon et l’altiste, musiciens solides et sensibles, à l’écoute, conscients que leurs parties forment le cœur de l’ensemble, le premier violon et le violoncelliste s’expriment intensément et servent la folie schumannienne comme il le convient. Là encore on sent ce son de quatuor dense, homogène, remarqué la veille.

D’emblée, le quatuor Hermes nous plonge dans un magnifique bain de musique. L’op 51 n°1 de Brahms exprime tout son lyrisme. Chaudes sonorités, amples phrases, beaux dosages, l’œuvre se déroule dans une très belle esthétique. On goûte particulièrement la conduite du premier violon et le chaud discours du violoncelliste. L’ensemble est souple et l’œil écoute autant que l’oreille. Malgré toutes ces indéniables et fondamentales qualités, on ne peut cependant s’empêcher de noter, ici ou là, une certaine distance, nous empêchant d’accéder à ce qu’il y a de plus intense, de plus dramatique dans cette page. Avec une stratégie plus profonde et en considérant que cette œuvre n’est pas uniquement de la belle musique, le quatuor Hermes aurait sans doute hissé cette pièce à son véritable niveau expressif dans son aspect le plus touchant. Ainsi la nuit prend, sous les archets des jeunes lyonnais, un aspect très lyrique. La partition semble davantage peinte qu’analysée sous son aspect acoustique mais livre, en toute beauté, sa poésie et son étrange climat.

Au terme de la journée, le concert des finalistes, présenté par nous permettait de retrouver les trois formations qui, plus détendues, ont donné le meilleur d’elles-mêmes. Le quatuor Varèse était sollicité pour interpréter le surprenant Quatuor n°25 op. 50 de Georges Onslow, œuvre imposée pour le premier tour. La formation s’est engagée à corps perdu dans ce langage où passent les ombres de Schubert, Beethoven ou Mendelssohn en donnant corps et lyrisme à cette page romantique peu connue. Les quatuors Novus et Hermes interprétaient respectivement l’op. 95 de Beethoven et Ainsi la nuit, en confiance devant un public acquis, avec plus de liberté et dans une totale maîtrise de la scène.

Si l’on considère que le quatuor Hermes a des qualités visuelles, techniques, d’homogénéité et tendent plutôt vers la perfection de l’exécution, les musiciens pourraient accentuer l’intensité musicale, dramatique et ils y gagneraient en ne voulait pas faire que du «très beau». Le quatuor Varèse aura sans doute à gagner en souplesse et à faire valoir davantage son excellent premier violon ; mais les musiciens nous touchent constamment par leur souci de vérité et d’authenticité musicale dans tous les styles abordés. On pourrait suggérer aux membres du quatuor Novus une recherche approfondie dans les styles musicaux que ce concours leur a permis d’aborder.

Pour cette première session de quatuor à cordes, le Concours International de Musique de Chambre de Lyon ouvre de belles perspectives pour les quartettistes. En revanche, beaucoup furent surpris de cette espèce de pensée unique qui sembla guider les différents jurys lors de l’attribution de tous les prix collatéraux récompensant un quatuor cent pour cent lyonnais.

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