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Mariss Jansons sur les traces des plus grands brucknériens

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Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°3 en ré mineur (1873-77)  ; Symphonie n°4 en mi bémol majeur « Romantique » (1874-78/80). Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam, direction : Mariss Jansons. 2 SACD hybrides RCO Live RCO 09002. Code barre : 5 425008376868. Enregistré en public les 7 et 8 février 2007 et 28 août 2008 (n°3), les 17, 18, 19 et 21 septembre 2008 (n°4), au Concertgebouw d’Amsterdam. Notice en anglais, français, allemand, néerlandais. Durée : 123’52

 

Interrogé récemment lors d’une tournée de son orchestre néerlandais à propos des enregistrements publiés sous le propre label de ses deux orchestres (RCO Live et BR Klassik) affirmait modestement vouloir avant tout documenter le travail accompli sans trop se préoccuper ni de l’avenir commercial du disque produit, ni de la concurrence des multiples versions existantes, réalisant ces enregistrements pour la mémoire de l’orchestre lui-même presque plus que pour le public. Mais vue la qualité de ce qu’on entend ici, on ne peut qu’espérer que le Concertgebouw n’abandonne pas de sitôt l’enregistrement systématique de ses productions, et mette sur le marché des produits du niveau de ce double SACD consacré à .

Ces deux symphonies, enregistrées sur plusieurs concerts entre février 2007 et septembre 2009, présentent un incontestable air de famille, avec exactement les mêmes (grandes) qualités et les mêmes (petits) défauts. Commençons pas ces derniers, avec des premiers mouvements, par moment seulement, un poil trop retenus pour leur donner toute leur force, en particulier dans ces moments quasi «orgasmiques» comme aurait dit Leonard Bernstein, où on sent Jansons refuser de se lâcher complètement, ce qu’un Jochum, au tempérament finalement assez voisin, réussissait mieux, là où un Furtwängler atteignait des sommets d’intensité inégalés. On retrouve cette même retenue dynamique dans les finals, fort peu sensible dans le très réussi Allegro de la ré mineur, un peu plus dans le Bewegt de la Romantique. Quant aux fameux pizzicati, fondement de la pulsation si particulière de la musique de Bruckner, ils se contentent ici de participer à l’avancée rythmique sans la porter réellement, ce qui enlève un peu d’expression à ces moments typiques (reconnaissons toutefois que ceux qui ont trouvé le secret de ces pizz se comptent sur les doigts d’une seule main). Enfin, si les tempi, et surtout les rapports et proportions entre les tempi à l’intérieur des mouvements et entre les mouvements, sont globalement excellents, peut-être un tempo de base un poil plus rapide dans le premier mouvement de la trois et dans les deux mouvements extrêmes de la quatre aurait été encore plus parfait.

Car pour le reste, on ne peut qu’être impressionné par la qualité ses phrasés, par l’intelligence de la conduite du discours, si importante dans des mouvements aussi longs, par la cohérence sans faille de la réalisation, musicale d’abord, technique ensuite, avec un formidable Concertgebouw qui impressionne du ppp au fff. D’ailleurs on ne cessera d’admirer tout au long de ces plus de deux heures de musique, encore plus nettement en SACD qu’en écoute CD toujours un peu réductrice, la richesse dynamique, comme les qualités de timbres et de couleur dont sont capables ces instrumentistes. L’équilibre des pupitres, assez fabuleux, atteint par cet orchestre donne toute sa richesse au tissu symphonique brucknérien, jamais ronronnant, lourd ou répétitif, un des pièges classiques de cette musique. Signalons d’ailleurs que Jansons ne joue pas ces œuvres de façon contemplative ou métaphysique, mais essaie de faire vivre chaque mouvement en choisissant des tempi allants voire vifs, même si en deçà des plus rapides de la discographie. Ainsi les mouvements lents respirent majestueusement sans jamais trainer et les scherzos sont idéalement vifs et dynamiques. Le contraste rythmique avec les trios est parfaitement réussi, tout juste pourrait-on regretter une certaine neutralité expressive dans ces trios qu’on a connus plus savoureusement rustique.

Venant juste après un album bavarois consacré à Wagner chez Sony, où nous nous demandions si on pouvait entendre mieux aujourd’hui, cet album Bruckner nous inspire encore plus vivement la même réflexion, nous donnant même l’impression que l’unique réponse plausible est que seul Jansons lui-même pourrait mieux faire, grâce à un soupçon d’animation supplémentaire. Mais nous avons déjà là une vraie référence moderne de ces œuvres et la meilleure en SACD, par un chef qui a parfaitement compris la musique de Bruckner, et un orchestre qui, de tout temps, en a été un des champions.

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Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°3 en ré mineur (1873-77)  ; Symphonie n°4 en mi bémol majeur « Romantique » (1874-78/80). Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam, direction : Mariss Jansons. 2 SACD hybrides RCO Live RCO 09002. Code barre : 5 425008376868. Enregistré en public les 7 et 8 février 2007 et 28 août 2008 (n°3), les 17, 18, 19 et 21 septembre 2008 (n°4), au Concertgebouw d’Amsterdam. Notice en anglais, français, allemand, néerlandais. Durée : 123’52

 
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