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Paris. Salle Pleyel. 04-XII-2009. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°8. Orchestre Philharmonique de Radio France et Académie Philharmonique, direction : Myung-Whun Chung.

Cent trente six instrumentistes sur scène, certes pour une des plus colossales symphonies du répertoire, n’était ce pas quand même un peu plus que normalement prévu par la partition ? Car nous pouvions compter quatre vingt cordes basées sur douze contrebasses, cinquante instruments à vents dont douze cors au lieu de huit, flutes, hautbois, bassons et clarinettes doublés. Il fallait chercher l’explication de ce pléthorique effectif dans le caractère «école» de ce concert où les membres habituels de l’Orchestre Philharmonique étaient rejoints par les étudiants du Conservatoire de paris (CNSMD), regroupés pour l’occasion sous le nom d’Académie Philharmonique. Cette intéressante initiative en est maintenant à sa troisième saison, et si jusqu’ici seul les cordes avaient eu droit de participer à un concert «professionnel», c’était la première fois que tous les instrumentistes étaient conviés à la fête. D’où ce nombre inusité de musiciens et un double problème supplémentaire pour le chef : faire sonner ces deux ensembles comme un seul et maitriser la masse sonore.

Autant le dire franchement, il n’y est pas complètement parvenu, aussi bien en précision d’ensemble de temps en temps prise en défaut, mais surtout en volume sonore tendant au trop bruyant sur tous les tutti fortissimo, ce qui empêchera de considérer ce concert autrement que comme une sympathique initiative dont, sans aucun doute, les principaux bénéficiaires étaient les étudiants du Conservatoire. Mais c’était évidemment le but recherché.

Quant à la musique de Bruckner, elle était exécutée avec plus d’énergie de que subtilité, le plus souvent dans un tempo de base d’ailleurs assez bon, très bon même dans le Scherzo, un peu moins dans le Trio un peu lent et dans l’Adagio un peu allant. On avait déjà remarqué lors d’un autre concert Bruckner avec l’Orchestre des Jeunes que avait une vision plutôt dynamique de cette musique, assez éloignée des versions métaphysiques façon Celibidache ou hédonistes façon Karajan. Semblant retenir la leçon du grand Eugen Jochum, il essaye apparemment de s’en approcher sans toutefois en avoir la même inspiration ni le même naturel, ni les mêmes orchestres il faut également reconnaître. Cela se sent particulièrement dans une façon trop similaire de jouer les motifs répétitifs, dans une difficulté voire une réticence à user du rubato, conduisant à une interprétation un peu trop littérale et pas assez inspirée, ce qui est plus pénalisant dans la Symphonie n°8 que dans la n°7. Ainsi l’Allegro moderato initial manqua de mystère dès les premières mesures, et s’acheva sans qu’on ait l’impression d’en avoir exploité toutes les ressources. Le Scherzo était sans doute le moment le plus réussi de la soirée, grâce à son bon tempo et à la vigueur de l’orchestre plus homogène ici que dans les autres mouvements, et grâce aussi à l’excellent timbalier qui ne s’est pas ménagé et il a eu bien raison. Le sublime Adagio manqua lui aussi de mystère mais surtout d’émotion, avec une fin toute prosaïque alors que l’on devrait toucher ici au sublime. Quant au Finale Feierlich, nicht schnell, grandiose mais pas si facile à décoder avec sa forme chaotique qui tend fondamentalement vers sa résolution finale avec le retour du thème du premier mouvement, on ne peut pas dire que le chef en ait vraiment trouvé la clé, le jouant séquentiellement sans nous en faire sentir la force vitale qui le sous-tend, l’arrivée du fameux thème de l’Allegro moderato tombant de ce fait un peu à plat, sans que les vingt minutes qui précèdent y ait vraiment préparé. Mais soyons honnêtes, malgré les critiques que nous avons formulées, et si on fait abstraction de la difficulté supplémentaire due à la constitution particulière de l’orchestre, Chung s’est montré un chef tout à fait correct et plutôt plein de bonnes intentions si on compare sa prestation avec beaucoup de ses collègues. Mais dans cette musique si particulière, ce qui sépare les bonnes intentions d’une grande et mémorable interprétation reste assez conséquent.

Crédit photographique : © DR

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Paris. Salle Pleyel. 04-XII-2009. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°8. Orchestre Philharmonique de Radio France et Académie Philharmonique, direction : Myung-Whun Chung.

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