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Altiste solo de l’Ensemble Intercontemporain, formé au Conservatoire de Paris, à la Hochschule de Berlin et alto solo au Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles pendant 4 ans, Christophe Desjardins sera en concert à la Péniche Opéra le 10 décembre prochain et sort actuellement un CD Alto / Multiples – Aeon. Rencontre.

Notre dossier : Cordes et archet

 

Altiste solo de l’, formé au Conservatoire de Paris, à la Hochschule de Berlin et alto solo au Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles pendant 4 ans, sera en concert à la Péniche Opéra le 10 décembre prochain et sort actuellement un CD Alto / Multiples – Aeon. Rencontre.

ResMusica : , bonjour. Pouvez-vous, pour commencer, nous parler de vos débuts dans la musique ?

Christophe Desjardins : J’ai commencé la musique très tôt. Mon premier instrument a été le piano. A l’âge de 10 ans, j’ai voulu avoir mon propre instrument et je voulais absolument jouer d’un instrument à cordes. J’ai été attiré par l’alto.

RM : Pouvez-vous nous expliquer pourquoi votre choix s’est tourné vers l’alto qui est un instrument plutôt caché, intermédiaire et réputé comme étant joué par les mauvais violonistes ?

CD : J’ai justement été attiré par le côté mystérieux de cet instrument que je ne connaissais pas vraiment. Pour moi, c’était justement l’idée de cette chose cachée à trouver et c’était «un trésor est caché dedans».

RM : Parlez-nous de l’apprentissage de l’alto.

CD : L’alto est un instrument qui ne se dévoile pas tout de suite, d’autant plus qu’à 10 ans, on ne peut pas jouer un alto entier et on n’a donc pas un instrument qui présente les véritables caractéristiques. Il faut attendre d’avoir 14-15 ans pour avoir un tel instrument. De plus, il faut du temps pour former le son et avoir le poids nécessaire pour faire vibrer la corde grave. Tout cela est un apprentissage qui est assez long. On connaît des violonistes et des violoncellistes précoces, des altistes précoces c’est rare.

RM : Quel regard portez-vous sur le répertoire de votre instrument ?

CD : Durant les périodes classique et romantique l’alto a été utilisé au second plan. Dans la musique de chambre comme dans la musique d’orchestre, l’alto est capital, mais est très peu en premier plan. On énumère rapidement les œuvres de ces époques donnant de l’importance à l’alto : la Symphonie concertante de Mozart, Harold en Italie de Berlioz, Les contes de fées de Schumann et les Sonates de Brahms. Ça fait 4 œuvres pour 150 ans.

RM : Quand le répertoire de l’alto a-t-il connu un essor ?

CD : Le véritable essor du répertoire pour alto vient au début du XXe siècle au moment où arrivent des altistes virtuoses tels que Paul Hindemith, William Primrose ou Lionel Tertis qui ont largement favorisé le développement du répertoire au contact des compositeurs, les compositeurs qui sont parfois eux-mêmes altistes, comme Hindemith qui a beaucoup fait pour l’instrument. Il y a aussi Reger et Honegger, notamment avec des sonates. Ensuite, dans les années 50, il y a eu une accélération et une évolution exponentielle dans l’écriture pour l’alto. Des compositeurs de tout premier plan comme Luciano Berio, que j’ai très bien connu et côtoyé, se sont intéressés à l’alto qui le mérite amplement car il possède un grand potentiel expressif et timbrique. Les compositeurs sont de vraies forces de proposition pour écrire pour l’alto.

RM : Pour revenir plus précisément à vous et votre parcours, pouvez-vous nous dire quelles ont été vos étapes pour arriver à ce que vous êtes aujourd’hui ?

CD : J’ai étudié au Conservatoire de Paris et à la Hochschule de Berlin avant d’obtenir mon premier poste d’alto solo à l’Opéra de Bruxelles, poste que j’ai occupé pendant 4 ans. Ce poste a été une belle expérience qui m’a permis de jouer tous les chefs-d’œuvre, notamment dans le domaine lyrique, toutes époques confondues. J’ai eu l’opportunité de jouer Le Couronnement de Poppée de Monteverdi, Don Giovanni de Mozart, Parsifal de Wagner ou encore Wozzeck de Berg. Il manque à mon trophée Pelléas et Mélisande de Debussy.

RM : Vous n’avez joué que de l’opéra lorsque vous occupiez ce poste ?

CD : J’ai également joué en musique de chambre et en orchestre symphonique, ce qui fait de mon poste à Bruxelles un poste très complet. C’est après cette expérience en Belgique que j’ai intégré l’.

RM : Parlez-nous un peu de cet ensemble.

CD : L’Ensemble Intercontemporain est un ensemble particulier, notamment par son répertoire très spécifique et son projet très circonscrit. Ce poste me permet de côtoyer Pierre Boulez qui est une personnalité comme on en rencontre une fois par siècle. C’était déjà une bonne raison pour moi de me rapprocher de l’ensemble. L’Ensemble Intercontemporain est un ensemble de solistes à géométrie variable et joue dans diverses configurations. Les solistes sont un jour à côté de la harpe, un autre jour à côté de la clarinette et ont un rôle différent selon les pièces. Parmi les œuvres au répertoire de cet ensemble, il y a notamment les classiques de l’Ecole de Vienne que Pierre Boulez a poussés à un tel point d’interprétation que les jouer sous sa direction donne l’impression de recueillir une science et un savoir d’interprétation qui est destiné à être transmis, au public, bien sûr, par le concert, mais aussi aux jeunes générations.

RM : Avez-vous des projets musicaux personnels en parallèle de votre appartenance à l’Ensemble Intercontemporain ?

CD : Oui. Je développe des projets personnels indépendants qui forment aujourd’hui une grande part de mon activité. Ce sont des projets que j’ai, avec la conscience de la nécessité qu’il faut réfléchir à d’autres formes de concerts, notamment en mélangeant les répertoires et les disciplines artistiques qui peuvent être la poésie, la littérature ou la vidéo. Je les conçois et les mène à bien moi-même ou avec des collaborateurs. Parmi mes idées actuelles, il y a celle d’un spectacle qui consisterait en des présentations vidéo scéniques qui feraient que le concert ne serait pas aussi figé qu’il l’est habituellement.

RM : Nous savons maintenant que du fait de votre appartenance à l’Ensemble Intercontemporain vous vous dédiez beaucoup à la musique contemporaine, mais vous nous avez également dit que vous avez joué des œuvres d’autres époques. Jouer les œuvres passées vous aide-t-il à comprendre ou interpréter la musique contemporaine ?

CD : Je vois cela plutôt dans l’autre sens. Le regard sur la musique contemporaine permet de relire autrement et de proposer une autre lecture de la musique baroque et classique.

RM : Dans la musique contemporaine que vous interprétez il y a des œuvres mixtes, donc avec électronique et récemment vous avez joué Partita I de Philippe Manoury. Pouvez-vous nous parlez de cette expérience d’œuvre pour alto et dispositif électronique ?

CD : Pour moi, cette pièce de Philippe Manoury est charnière dans la musique avec électronique car elle utilise un procédé qui s’appelle la captation du geste qui consiste en un capteur placé sur le doigt qui transmet les informations du jeu et de l’archet à l’ordinateur et permet de moduler la partie électronique qui n’est ainsi plus figée. Cette œuvre est une véritable interprétation en direct.

RM : Vous nous avez dit que le répertoire de l’alto a connu un essor au XXe siècle. Il y a un autre domaine qui a connu un gros essor au XXe siècle, c’est celui de la percussion. Avez-vous eu l’occasion de jouer avec de la percussion ?

CD : Oui et vous tombez très juste car c’est quelque chose qui m’attire beaucoup.

RM : Nous allons maintenant aborder un peu votre futur artistique proche. Je crois qu’il y a un événement qui aura lieu à Paris dans très peu de temps. Pouvez-vous nous en parler ?

CD : ça se passera à la Péniche Opéra le 10 décembre. C’est une série de concerts intitulée «Cabaret Contemporain». Laurent Jacquier qui a imaginé cette série de concerts a fait appel à moi en me faisant part de son incompréhension du fait que les jeunes de 18 à 35 ans aient des a priori sur la musique. L’objectif de ces concerts est d’ouvrir la musique à un plus large public et la rendre accessible. Nous nous sommes très vite trouvés pour mener à bien ce projet. L’intitulé «Cabaret contemporain» est antinomique, avec la notion de «contemporain» mise en relation avec celle de «cabaret», notion faisant référence au passé. Cet événement sera l’occasion d’un temps de concert élargi, avec un temps de rencontre à la fin des concerts, contrairement aux autres concerts. Il y aura un avant et un après.

RM : Quel répertoire sera présenté lors de ces concerts ?

CD : Tous les répertoires auront leur place à la Péniche Opéra. Aussi bien des chefs-d’œuvre dits classiques avec Bach que des chefs-d’œuvre contemporains, notamment avec Berio. J’ajoute que le disque qui sort actuellement Alto/Multiples, sera en vente à la Péniche Opéra.

RM : Témoins de l’importance que vous avez acquise dans la musique contemporaine, les œuvres qui vous sont régulièrement dédiées. Lorsqu’une œuvre vous est dédiée, comment cela se passe-t-il ? Faites-vous des demandes à des compositeurs ou est-ce les compositeurs qui vous font des propositions ?

CD : Il y a tous les cas de figures. Dans certains cas, je peux solliciter un compositeur après un compagnonnage de plusieurs années. Dans d’autres cas, l’initiative vient du compositeur.

RM : Vous êtes en contact régulier avec les compositeurs…Seriez-vous intéressé par la composition ?

CD : Non, je me sens complètement interprète et assez exclusivement interprète. Pour moi, l’interprète a un rôle très important et cela évacue chez moi le désir de création d’une œuvre musicale. Néanmoins, je suis assez attiré par la transcription et l’adaptation d’œuvres, mais cela reste à la marge.

RMIl est un élément très important dans la musique d’aujourd’hui : le temps de la création, le fait d’interpréter une œuvre pour la première fois. Comment se prépare-t-on à jouer œuvre lorsqu’on n’a aucune référence ?

CD : Je dois d’abord dire qu’il y a parfois des contraintes qui viennent interférer dans le processus de préparation de la création d’une œuvre. Par exemple, la remise d’une partition très tard. Il m’est arrivé de recevoir un bout de partition le matin même. Là, on n’a plus le temps de se poser la question. C’est vrai qu’il y a un moment de la première. Il y a un avant et un après, mais ce sont des choses qui sont en évolution. On joue la pièce une première fois puis on y revient. Malgré tout, il y a très souvent des choses intéressantes du premier jet, ce qui se vérifie souvent lors d’enregistrements dont la première prise est souvent la plus riche alors qu’on pense qu’on aura besoin d’en faire plusieurs avant d’avoir la bonne.

RM : Souvent, les compositeurs contemporains cherchent à exploiter au maximum les possibilités des instruments. Etes-vous parfois surpris par ce que demandent certains compositeurs, par exemple certains jeux particuliers, dans leurs œuvres ?

CD : Surpris non, je suis vraiment blindé. Au-delà des différents jeux pouvant être exigés par une œuvre, il y a parfois des combinaisons de gestes inattendues. Je pense notamment à un duo alto-accordéon de Marco Stroppa au début duquel les deux instruments, pourtant si différents, sont comme fusionnés. Des jeux de timbres et des modes de jeux font émettre le même type de sons aux deux instruments. C’est avec des rencontres comme ça que la création prend vraiment un aspect extrêmement excitant. On découvre des possibilités tout à fait inouïes qui sont parfois très amusantes.

 

Crédit photographique: © Jean Radel

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