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Première intégrale moderne des Quatuors à cordes de Haydn

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Joseph Haydn (1732-1809) : intégrale des Quatuors à cordes. Les sept dernières Paroles du Christ en Croix op. 51, version pour quatuor à cordes. Peter Pears, récitant. Aeolian String Quartet : Emanuel Hurwitz et Raymond Keenlyside, violons ; Margaret Major, alto ; Derek Simpson, violoncelle. 22 CD Decca 4781267. Code barre : 028947812678. Enregistré entre 1972 et 1976. ADD. Notices trilingues (anglais, français, allemand) succinctes. Durée : 24 h 40’

 

Decca, honorant généreusement le bicentenaire de la disparition de (1732-1809), nous propose, après la réédition de son intégrale des Symphonies par Antal Doráti, celle non moins légendaire des Quatuors à cordes que le label anglais réalisa dans les années 70 sous étiquette Argo avec la complicité de l’excellent Quatuor Aeolian.

Affirmer, comme l’indique le visuel de l’album, qu’il s’agit d’une intégrale peut sembler un peu abusif, puisque n’y sont pas présents les Quatuors op. 1 n°5, op. 2 n°3 et n°5, ainsi que l’ensemble des six Quatuors op. 3. Le Quatuor en si bémol op. 1 n°5 est en fait une transcription de la Symphonie n°107 dénommée « A » (1762) qui en est la version originale, tandis que les Quatuors op. 2 n°3 et n°5 font partie de la série des 24 premiers Divertimenti pour formations diverses d’avant 1765 (respectivement les n°21 et n°22), certains estimant qu’il s’agit d’arrangements apocryphes d’authentiques œuvres de Haydn (lesquelles ?…) Quant aux six Quatuors op. 3, il est désormais généralement admis qu’ils proviennent de la plume du Pater Romanus Hoffstetter (1742-1815). La décision du Quatuor Aeolian fera donc le bonheur des puristes, tout en privant les mélomanes d’une musique qui, quel que soit leur auteur, mérite de survivre par le charme qui peut s’en dégager : on pense notamment à la ravissante et célébrissime Sérénade de l’opus 3 n°5, dans toutes les mémoires…

Cela dit, c’est à partir des six Quatuors op. 9 (1769) que Haydn s’affranchit du style galant des quatuors précédents pensés comme divertimenti, en abandonnant leur structure en cinq mouvements dont deux menuets, et surtout en confiant aux second violon, alto et violoncelle un rôle autre qu’un simple accompagnement aux amples mélodies du premier violon. Commencent à s’y révéler un certain dramatisme et des tournures plus sombres, ainsi qu’un équilibre plus marqué entre instruments, suite aux acquis structurels des symphonies du moment ou même antérieures.

Avec les six Quatuors op. 17 (1771), le ton devient plus sérieux pour culminer dans le n°4 en ut mineur, contemporain de la Symphonie n°44 « Funèbre », en pleine période dite du Sturm und Drang. Ce style « pré-romantique » trouvera son apogée dans les Quatuors op. 20 (1772), parfois appelés Quatuors du Soleil, seule série de six contenant deux partitions en mode mineur : n°3 en sol mineur et n°5 en fa mineur.

Les six Quatuors op. 33 (1781) sont d’une importance particulière non seulement par le retour à un classicisme plus traditionnel, mais surtout en ce qu’ils seront la source inspiratrice des six célèbres Quatuors dédiés à Haydn (1785) de Mozart. Et réciproquement, Haydn, l’un des rares compositeurs ayant compris et apprécié Mozart de son vivant, sera profondément influencé par ces partitions de son génial collègue, et produira à son tour ces œuvres de pleine maturité que sont l’isolé Quatuor en ré mineur op. 42 (1785) et les séries des Quatuors opp. 50, 54, 55 et 64 (1787 à 1790), miroir chambriste des Symphonies n°82 à 92, et dont fait partie le merveilleux et serein Quatuor op. 64 n°5 « L’Alouette », célèbre à juste titre, tout en n’atteignant pas les visions schubertiennes de l’opus 50 n°4 en fa # mineur, cette tonalité si expressive entre toutes !

Avec les séries des Quatuors opp. 71, 74, 76, 77 (1793 à 1799) ainsi que l’inachevé en ré mineur op. 103 (1803), Haydn touche au sublime dans un genre qu’il n’aura eu de cesse de perfectionner tout au long de son existence, à l’instar de la symphonie. Remarquons toutefois que si 1795 est l’année de ses dernières symphonies, sa période créatrice suivante, la dernière, est dominée par ses grandes pages chorales – La Création (1798), Les Saisons (1801), les six grandes Messes (1796 à 1802) – et ses quelques derniers quatuors qui comptent parmi les plus beaux.

Haydn ne fut l’inventeur ni du quatuor ni de la symphonie, mais il en aura peaufiné la forme et le fond au point de servir de prototype pour les compositeurs de son temps ou à venir, Mozart, Beethoven et Schubert en tête. Quatuor et symphonie étaient pour Haydn deux genres instrumentaux étroitement associés qu’il aura portés à la perfection, monuments de l’esprit humain qui font honneur à la musique occidentale.

D’innombrables ensembles ont gravé plusieurs séries de quatuors de Haydn avant que paraisse cette intégrale pionnière. On songe entre autres aux Quatuors de Prague, Wiener Konzerthaus, Amadeus, Danois, Drolc, Griller, Hongrois, Janáček, Pro Arte, Schneider, Tatrai, et bien qu’il existe actuellement des interprétations « à l’ancienne », cette version de l’ reste d’actualité et parfaitement recommandable : des lectures classiques impeccables en leur forme et distinguées en leur esprit s’épanouissent en des exécutions aux sonorités parfaitement équilibrées, à la fois précises et épurées en leurs moindres détails, magnifiées par une sensibilité constamment frémissante.

Pour l’adaptation au quatuor (par Haydn) des célèbres Sept dernières Paroles du Christ en Croix op. 51 (1787), l’ s’adjoint la contribution de l’ami de Benjamin Britten, le ténor anglais transformé pour l’occasion en récitant (en anglais) et c’est d’ailleurs à ce sujet – et indépendamment de la qualité exceptionnelle des artistes – la seule critique négative de ce coffret où la brochure, d’abord trop succincte par rapport au contenu musical de cet album, parvient ensuite à permuter les « timings » des mouvements des Sept dernières Paroles avec ceux des introductions parlées de . C’est plutôt décevant si on se réfère à la précision et la richesse iconographique des plaquettes accompagnant l’édition originale en microsillons Argo. D’autre part les CDs sont insérés dans de fragiles pochettes non numérotées en papier, desquelles il est peu aisé d’extraire celui que l’on désire, et cela au risque de l’érafler. Que Decca-Universal s’inspire donc des coffrets EMI (ou d’autres labels) où les CDs sont logés dans des pochettes carton individuelles plus résistantes, numérotées et sur lesquelles sont renseignées les œuvres correspondantes et tout sera parfait. Il est néanmoins nécessaire de préciser que ces considérations n’affectent en rien la haute tenue musicale des interprètes et des enregistrements de cette édition.

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Joseph Haydn (1732-1809) : intégrale des Quatuors à cordes. Les sept dernières Paroles du Christ en Croix op. 51, version pour quatuor à cordes. Peter Pears, récitant. Aeolian String Quartet : Emanuel Hurwitz et Raymond Keenlyside, violons ; Margaret Major, alto ; Derek Simpson, violoncelle. 22 CD Decca 4781267. Code barre : 028947812678. Enregistré entre 1972 et 1976. ADD. Notices trilingues (anglais, français, allemand) succinctes. Durée : 24 h 40’

 
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