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André Cluytens, un chef franco-flamand d’envergure internationale

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ANDRÉ CLUYTENS – Itinéraire d’un chef d’orchestre. Erik Baeck. Éditions Mardaga, collection musique-musicologie, Wavre, Belgique. Publié avec l’aide du Conseil de la Musique de la Communauté Française Wallonie-Bruxelles. 416 pages, broché. Prix indicatif éditeur : 39 €. ISBN : 978-2-8047-0011-9. Dépôt légal : mars 2009.

 

Rarement ouvrage biographique nous aura autant enthousiasmé que ce livre d’exception venant à point nommé pour nous rappeler – s’il était encore nécessaire – quel chef d’orchestre remarquable était André Cluytens, et cette excellente édition de 416 pages est d’autant plus précieuse qu’elle semble bien être la seule consacrée à la carrière de ce grand musicien.

Erik Baeck, son auteur, est loin d’être n’importe qui : d’un côté chef du département de neurologie à l’Hôpital Stuivenberg d’Anvers jusqu’en 2003, et ayant rédigé des articles sur les circuits neuronaux de la musique et la maladie neurologique de Maurice Ravel, il eut d’autre part une 2e mention au Concours International des jeunes chefs d’orchestre de Besançon en 1963 et est par ailleurs l’auteur de plusieurs travaux musicologiques sur la vie artistique flamande.

Homme passionné, Erik Baeck a consacré dix années de sa vie à se documenter de manière exceptionnellement exhaustive à travers le monde auprès d’artistes qui ont côtoyé et apprécié , notamment la grande cantatrice wagnérienne Anja Silja qui conserve avec dévotion tout ce qui a rapport au maître, et avec laquelle d’ailleurs Cluytens aura une ardente relation amoureuse à la fin de sa vie.

(1905-1967) débuta sa carrière – telle une œuvre cyclique de Franck – en Belgique à Anvers, dès décembre 1926, pour s’achever également en Belgique mais à Bruxelles en tant que directeur musical de l’Orchestre National de Belgique, cela jusqu’à sa mort prématurée en juin 1967. Entre ces deux dates il enchantera le monde musical de sa haute conscience artistique aux cours de multiples tournées à travers toute la planète, dirigeant les phalanges les plus prestigieuses dont l’Orchestre Philharmonique de Berlin avec lequel il fut le premier chef à enregistrer fin des années 50 une intégrale stéréophonique des symphonies de Beethoven. Il nous a laissé d’innombrables gravures chez Pathé, Columbia et La Voix de son Maître que EMI serait bien inspiré de rééditer en une grosse boîte comme il l’a déjà fait pour Callas, Casals, Ciccolini, Cziffra, Jacqueline du Pré, Karajan, Dinu Lipatti, Marcelle Meyer, Yves Nat, Oïstrakh, Rostropovitch… Seul un chef d’orchestre belge d’envergure put s’enorgueillir d’une carrière internationale équivalente à celle de Cluytens, et cela avant lui : le trop oublié Désiré Defauw (1885-1960) qui fut notamment directeur musical de l’Orchestre Symphonique de Chicago de 1943 à 1947, et de qui il subsiste également des témoignages enregistrés.

L’ouvrage d’Erik Baeck est admirablement structuré. Le Chapitre I nous plonge dans le foisonnement artistique d’Anvers, métropole des Arts et creuset où sous le regard attentif de son père Alphonse s’épanouira le jeune Cluytens dont la famille était d’ailleurs essentiellement composée de musiciens. André fut d’abord engagé comme pianiste-organiste au Théâtre Royal Français d’Anvers : il confiera à Bernard Gavoty : «Durant cinq années, j’occupai des fonctions nombreuses et, d’ailleurs, modestes : tenir le piano aux répétitions, faire travailler les rôles aux chanteurs, jouer l’orgue et le glockenspiel en coulisses, diriger les chœurs, tel fut mon rôle.» Mais le 14 décembre 1926 allait être le témoin d’un événement décisif pour le futur : il fut confié à Cluytens fils la direction des Pêcheurs de Perles de Bizet, et son succès fut tel – ainsi que celui des prestations suivantes – qu’il fut nommé chef d’orchestre du Théâtre Royal Français à partir de la saison 1927-1928, et cela jusqu’au 1er octobre 1932 où André Cluytens arrive à Toulouse.

Le Chapitre II accompagne l’ascension de notre chef en France, où il dirigera successivement les orchestres du Théâtre du Capitole de Toulouse (1932-1935), du Grand-Théâtre de Lyon (1935-1938 puis 1942-1944), du Grand-Théâtre de Bordeaux et du Grand Casino de Vichy (1938-1942).

Le Chapitre III suit la carrière d’André Cluytens à Paris, centre musical de la France : à la tête de l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire où il remplace Charles Münch dès le 20 octobre 1946, et avec lequel il fera ses adieux à la capitale française le 8 janvier 1967 ; à la direction de l’Orchestre du Théâtre National de l’Opéra-Comique de 1947 à 1953 ; à celle de l’Orchestre du Théâtre National de l’Opéra de 1950 à 1964 ; et enfin à celle de l’Orchestre National de la Radiodiffusion Française de 1950 à 1960. Toute cette période sera la plus riche en enregistrements pour Pathé-Marconi.

Le Chapitre IV le voit diriger les diverses phalanges de la Suisse, l’Italie, l’Autriche, l’Allemagne, la Scandinavie, l’Angleterre, l’Amérique du Nord, la Roumanie, la République Tchèque, l’URSS, le Japon, l’Australie. Et le Chapitre V est le témoin de ses activités dans les hauts lieux de l’opéra européen, avec les théâtres d’opéras italiens, le Gran Teatro del Liceo à Barcelone, le Festival lyrique d’Aix-en-Provence, les théâtres d’opéras allemands (dont les Bayreuther Festspiele) et autrichiens.

Enfin le Chapitre VI décrit la fin de son itinéraire, le retour à son pays natal pour prendre en main les destinées de l’Orchestre National de Belgique de 1960 jusqu’au tout dernier concert du maître, le 25 avril 1967 à Stuttgart. Il décède le 3 juin 1967 à l’Hôpital Américain de Neuilly-sur-Seine.

Trois annexes particulièrement précieuses, suivies des Sources et Bibliographie, terminent cette superbe édition. Font notamment partie des annexes une discographie chronologique on ne peut plus complète et précise, ainsi qu’une liste absolument exhaustive des concerts et spectacles d’opéras dirigés par Cluytens, avec mention des œuvres et solistes éventuels.

Ce magnifique ouvrage, d’une précision chirurgicale quant aux détails, tout en témoignant d’une chaleureuse admiration envers l’homme et le musicien dans sa rédaction, se dévore comme un passionnant roman. Il est l’idéal compagnon du coffret Testament consacré à André Cluytens.

Maintenant est-ce trop espérer un jour la parution d’éditions de ce genre consacrées à ces grands chefs belges que furent, bien sûr, Désiré Defauw déjà évoqué plus haut, mais également Franz André (1893-1975), René Defossez (1905-1988), Fernand Quinet (1898-1971), Daniel Sternefeld (1905-1986) et André Vandernoot (1927-1991), pour n’en citer que quelques-uns ? …

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ANDRÉ CLUYTENS – Itinéraire d’un chef d’orchestre. Erik Baeck. Éditions Mardaga, collection musique-musicologie, Wavre, Belgique. Publié avec l’aide du Conseil de la Musique de la Communauté Française Wallonie-Bruxelles. 416 pages, broché. Prix indicatif éditeur : 39 €. ISBN : 978-2-8047-0011-9. Dépôt légal : mars 2009.

 
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