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Le Boulez de poche

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Igor Stravinsky (1882-1971) : L’oiseau de feu ; Feu d’artifice, Op. 4 ; Quatre études ; Petrouchka ; Le Sacre du printemps ; Scherzo fantastique, Op. 3 ; Le roi des étoiles ; Le chant du Rossignol ; l’Histoire du soldat ; Symphonies d’instruments à vent ; Symphonie de psaumes ; Ebony Concerto ; Trois pièces pour clarinette solo ; Concerto « Dumbarton Oaks » ; Elégie, Epitaphium ; Double Canon ; Mélodies. Michel Arrignon et Alain Damiens, clarinette ; Gérard Causse ; Phyllis Bryn-Julson, soprano ; Ann Murray, mezzo-soprano ; John Shirley-Quirk, ténor. Rundfunkchor Berlin, direction : Sigurd Brauns ; Chœur de l’orchestre de Cleveland, direction : Gareth Morrell. Ensemble Intercontemporain, Orchestres de Cleveland et de Chicago, Berliner Philharmoniker, direction : Pierre Boulez. 1 coffret de 6 CD Deutsche Grammophon. Référence et code barre 0 28947 78730. Enregistré entre 1980 et 1996. Notice de présentation en : anglais, allemand et français. Durée : 6h12

 

Les festivités autour des 85 ans de , en mars prochain, stimulent ses deux éditeurs officiels : Universal et Sony, qui remettent sur le marché, sous forme très économique, la presque totalité de son legs. Venant après un indispensable coffret Bartók, ce box Stravinsky/DGG reprend l’intégralité des enregistrements du compositeur russe sous la baguette du compositeur et chef français.

Il est intéressant de comparer Boulez au fur et à mesure des gravures d’œuvres qu’il fréquente depuis toujours. Capté à Cleveland, en 1991, le Sacre du printemps est la troisième version studio du chef (si l’on ne compte pas les témoignages vidéos et autres enregistrements de concerts). Le musicien donnait sa première lecture du ballet, en 1963, à la tête du vénérable orchestre de la radio-diffusion française (disque Adès). Au fil des années, le jeune homme à la rage fauviste qui galvanisait un orchestre capable de transcender les limites, s’est assagi (embourgeoisé diront les méchants !) et concentre son geste sur les dynamiques et la lisibilité des interventions solistes. La pugnacité barbare d’un Dorati (Mercury) ou d’un Salonen (DGG) est remplacé ici par un contrôle musical absolu et parfois, presque diaphane et transparent (comme dans « Cercles mystérieux des adolescentes » à l’écoute et aux nuances presque chambristes). Il n’empêche, un Sacre par Boulez reste une référence et cet enregistrement, servi par une technique orchestrale et sonore démonstrative, ne fait pas exception ! Le même traitement est appliqué à L’oiseau de feu (en version intégrale). Point de narration, ni de recherche de l’expressivité, mais une maîtrise des moyens orchestraux qui dynamite les contrastes et transcende les explosions orchestrales en alliant l’éclat du rythme et la finesse des lignes. Quant à Petrouchka, le ballet resplendit dans un festival de couleurs sous une battue très orthogonale qui fait plus penser à l’agencement d’un mobile de Calder qu’à une débauche bariolée et populeuse. Les orchestres de Chicago et de Cleveland proposent une précision des pupitres qui laisse toujours pantois ! La somme entre la vision du chef et la réponse des orchestres font encore, de ce trio de ballets, des références incontournables.

Ce traitement convient encore mieux aux miniatures enregistrées à la suite de ces sessions : Scherzo fantastique, Quatre études, Feu d’artifice et la courte cantate Le roi des étoiles. Tel un sculpteur, Boulez n’a de cesse de polir et de faire briller les moindres recoins des ces petites pièces toujours caractéristiques du génie de leur auteur. L’extrême rigueur de la battue boulezienne convient moins bien au Chant du rossignol (une autre passion de Boulez qui l’a enregistré trois fois) et à la suite de l’Histoire du soldat. La radiographie des pupitres manque tout de même de vie et à tendance à gommer les contrastes pour ne garder que l’aspect arachnéen des thèmes.

Le cas du disque symphonique, enregistré à Berlin, est particulier. Venu sur le tard à la symphonie de Psaumes, Boulez en expurge tout aspect mystique ou religieux ! Cette lecture athée fait ressortir toute la beauté des timbres de la pièce et donne, comme rarement, une impression d’imbrication parfaite entre le texte et la musique. La Symphonie en trois mouvements et les Symphonies d’instruments à vents, données en complément, continuent d’explorer à la loupe le discours et ses inflexions. Ces deux lectures, fort peu barbares, sont encore cernées avec une évidence plus cérébrale que subjective mais conservent un influx novateur et saillant.

Les deux derniers disques du coffret sont consacrées aux pièces de chambre et aux mélodies ; enregistrements réalisés, à Paris, à l’orée des années 1980, dans les toutes jeunes années de l’. Si l’on a certainement entendu des lectures plus délurées ou plus subjectives de pièces comme l’Ebony concerto, « Dumbarton Oaks » ou les Huit miniatures, le mélomane n’a jamais trouvé meilleures interprétations des rares mélodies pour solistes et petits ensembles de Stravinsky. Certes, il y a des timbres plus radieux que ceux de Phyllis Bryn-Julson, et , mais l’acuité assez minérale de la vision du chef et les timbres caractérisés des chanteurs composent une interprétation dense, acidulée et parfaite.

Un coffret, tout comme le box Bartók, à la base des discothèques !

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