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Le Philharmonique se ressaisit

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Nice. Opera. 22-I-2010. Carl Maria von Weber (1776-1826) : Obéron, ouverture. Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto pour la main gauche. Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°11 en sol mineur « l’année 1905 » op. 103. Mikaïl Rudy, piano. Orchestre Philharmonique de Nice. Direction : Oleg Caetani

À toute chose malheur et bon. Handicapé par une tendinite de la main droite, a dû modifier son programme et remplacer le Concerto n°2 de Prokofiev, par le Concerto pour la main gauche de Ravel. Une belle pièce pour une autre belle pièce qu’il interpréta superbement, allant jusqu’à tromper l’auditeur dans la dernière partie soliste de cette œuvre, donnant en effet dans la fluidité du jeu l’impression d’une main droite soulignant des broderies de la main gauche. C’est aussi avec beaucoup d’expressivité qu’il servit le nocturne pour la main gauche de Scriabine. Son jeu parfois cristallin dans Ravel ne fut malheureusement pas compris par l’orchestre qui donna un Ravel musicalement agréable mais parfaitement lissé.

Du reste, ce fut la marque de cette soirée pourtant bien applaudie. De fait, après des heures musicalement sombres, il était agréable d’entendre le Philharmonique de Nice reprendre un certain niveau. Et c’est sans doute davantage cette différence qui fut saluée que le brio du concert, car si techniquement la musique fut relativement bien servie, on ne peut pas dire que l’interprétation marquera les annales. Weber fut joué comme Ravel, ou plutôt Ravel comme Weber, à moins que tout ne fut joué comme Chostakovitch. Trois compositeurs radicalement différents, traités à la même aune. À peu de chose près si caractéristique de Ravel, toute la soirée fut «Brahmsienne». Les aspérités de la percussion chez Weber furent à ce point gommées qu’on avait du mal à les percevoir. Certes, l’interprétation classique peut admettre un certain polissage des reliefs et de façon isolée on eut pu admettre une telle interprétation si elle n’eut été aussi celle d’un Ravel qui perdit tout ce scintillement si ravélien. Même interprétation lénifiante pour Chostakovitch qui fut certainement l’interprétation la plus inspirée de Brahms. En dehors des nuances et des piani subiti, il fallait faire un effort réel pour distinguer la marque du compositeur russe. Les instruments, comme pour Ravel, furent unis en une pâte homogène dans laquelle l’orfèvrerie de Ravel fut totalement absorbée et l’épaisseur même de la symphonie n°11 ne résista pas à ce mélange trop parfaitement équilibré. Dès lors il n’y avait plus que les nuances pour donner un peu de relief aux œuvres. Nuances poussées jusqu’au strident pour la petite harmonie. Pour lutter contre la monotonie qui gagnait il fallut alors aux instruments rivaliser dans les attaques frappées, ou les nuances exagérées. Dans la masse sonore chacun, à défaut de trouver sa place, surenchérissait sur l’autre. Toutefois, au-delà de cette absence d’interprétation, redisons la propreté musicale de l’exécution. Après Parsifal la semaine dernière, le Philharmonique de Nice se serait-il ressaisi ?

Crédit photographique : © Greg Barrett

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