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Anne-Marguerite Werster, soprano

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Après avoir régulièrement défendu les œuvres d’Alfred Bruneau en récital, Anne-Marguerite Werster participe actuellement à la production messine de L’Attaque du moulin, dans laquelle elle interprète avec flamme le rôle de Françoise. Elle a accepté de nous confier ses impressions sur cet ouvrage rare.

Notre dossier : Art lyrique

 

ResMusica : Vous défendez, depuis plusieurs années, la musique d’ en récital. Comment est né votre intérêt pour ce compositeur ?
 : Par le plus grand des hasards ! J’avais été engagée par l’Orchestre de la Garde républicaine pour des concerts en l’Eglise de la Madeleine à Paris et dans les morceaux que l’on me demandait d’interpréter, il y avait l’air de la guerre, extrait de L’Attaque du moulin. J’ai tout de suite été séduite par la musique et le texte mais mon véritable coup de foudre date de la première répétition avec l’orchestre en découvrant les sonorités «Bruneau» !!! Puis, le jour du concert, j’ai été présentée par Madame Leblond-Zola à Madame Lise Puaux, petite fille d’ qui nous a ouvert sa porte à moi, à François Martin (mon compagnon et pianiste) et à Michèle Larivière. C’est grâce à Lise Puaux qui nous a donné une quantité de partitions introuvables pour cause de non réédition qu’est né notre récital Bruneau.

RM : Derrière le musicien se cache l’»honnête homme», celui qui soutint son ami Zola en plein cœur de l’affaire Dreyfus, au risque d’affronter l’hostilité d’une partie du public lors de la création de L’Ouragan. Celui-ci a-t-il également éveillé votre sympathie ?
AMW : J’avoue ma sympathie extrême pour Emile Zola dont j’ai dévoré tous les livres depuis l’adolescence (en partageant avec Alfred Bruneau une grande affection pour La Faute de l’Abbé Mouret) J’aime l’image qu’il véhicule d’un certain type de relation sociale, la haine de l’injustice, la recherche de l’équité sociale… Je suis chaque année où mon emploi du temps me le permet une des participantes du pèlerinage Zola en octobre !

RM : Les compositeurs et les critiques les plus avertis ont salué notamment Le Rêve comme un jalon majeur dans l’évolution du théâtre lyrique en France, annonçant Louise et Pelléas, et pourtant l’œuvre de Bruneau est aujourd’hui bien négligée. Vous expliquez-vous cette désaffection ?
AMW : Peut être justement par l’engagement d’Alfred Bruneau aux côtés de Zola… mais on peut aussi dénoncer le manque d’imagination de nos programmateurs d’opéra.

RM : Eric Chevalier a déclaré dans les colonnes d’»Opéra Magazine» que c’est vous qui aviez attiré son attention sur l’œuvre de Bruneau. Est-ce une pression supplémentaire avant ces représentations messines ?
AMW : La pression existe à chaque prise de rôle… je crois que cela fait partie du respect que l’on doit au compositeur, au librettiste et au public ! Le grand luxe de ma carrière depuis ma sortie de l’Ecole d’Art lyrique de l’Opéra de Paris a été de pouvoir choisir les rôles qui me plaisaient et donc de fonctionner sur le plaisir et l’envie… ce qui facilite la gestion de la pression. Mais il est vrai cependant que l’enjeu est d’autant plus grand lorsqu’il s’agit de faire réentendre et j’espère apprécier une œuvre tombée dans l’oubli…. La responsabilité est d’autant plus grande… C’est un peu comme lorsque vous présentez les uns aux autres des gens que vous aimez, s’ils ne s’entendent pas, n’était-ce pas parce que le dîner était mauvais ?

RM : Par rapport à la nouvelle parue dans Les Soirées de Médan, le livret est enrichi par le personnage de Marcelline et l’air des adieux, qui renforcent le message pacifiste. Peut-on voir en effet dans L’Attaque du moulin une des plus courageuses (dans la France revancharde de Barrès !) et lucides condamnations de la guerre ?
AMW : Se souvenir simplement qu’au moment des premières représentations de L’Attaque du Moulin, nous sommes une année avant le début de l’affaire Dreyfus dans une France en pleine crise, revancharde et guerrière… c’est dire toute l’audace de Bruneau dans le choix de son livret.

RM : Après les audaces du Rêve, L’Attaque du moulin se révèle d’une relative sagesse sur le plan dramatique avec le retour des chœurs et un découpage plus conventionnel. La partition déçut ainsi les plus radicaux des partisans de Bruneau : y a-t-il eu, selon vous, retour en arrière de la part du compositeur ?
AMW : Je pense que Bruneau a voulu laisser la part belle au livret. Mais on retrouve la qualité exceptionnelle de son écriture orchestrale et le charme de sa construction mélodique.

RM : On sait que le rôle de Marcelline est gratifiant, qu’en est-il de celui de Françoise, créé par Georgette Leblanc ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de chanter le rôle ?

AMW : J’aime beaucoup ce rôle : au premier acte, Françoise est une jeune fille, amoureuse de Dominique avec lequel elle va se marier. C’est un mariage ‘amour et la musique est empreinte d’une grande sensualité. Dès le deuxième acte, on plonge dans l’horreur de la guerre, le personnage évolue sans mièvrerie, avec un caractère bien trempé mais sans quitter son humanité. Le duo d’amour avec Dominique est musicalement d’une sensualité torride qui n’est pas sans rappeler Albine et Serge de La Faute de l’Abbé Mouret. Oui, il y a, pour moi beaucoup d’Albine dans Françoise…

RM : Nous connaissons le Bruneau «opéra» mais vous défendez également ses mélodies, qui convoquent les plus grands poètes de son temps. Quelle est le place du Bruneau mélodiste ?
AMW : Bruneau a écrit une quantité impressionnante de mélodies malheureusement introuvables tant en partition qu’en disque… Les textes sont inégaux mais nous avons trouvé quelques perles dont le Charme des Adieux, la Lettre du jardinier, la Chanson de la marguerite.

RM : Quel autre rôle de Bruneau souhaiteriez-vous maintenant défendre sur scène, si l’occasion vous en était offerte ? Et que diriez-vous à un directeur de théâtre pour le convaincre de monter l’ouvrage ?
AMW : Je suis plongée depuis plusieurs mois dans L’Ouragan. Ma partition chant/piano circule de main en main et je me suis même amusée avec un ami chef d’orchestre à faire plusieurs distributions complètes de l’ouvrage. Je souhaiterais interpréter le rôle de Jeannine. Alors à un directeur d’opéra je dirais qu’il est vraiment criminel, indigne de laisser de tel chef d’œuvre moisir dans les armoires…

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Après avoir régulièrement défendu les œuvres d’Alfred Bruneau en récital, Anne-Marguerite Werster participe actuellement à la production messine de L’Attaque du moulin, dans laquelle elle interprète avec flamme le rôle de Françoise. Elle a accepté de nous confier ses impressions sur cet ouvrage rare.

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