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Dallapiccola/Bartók à Amsterdam, le lac des larmes

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Amsterdam. Het Muziektheater. 14-III-2010. Luigi Dallapiccola (1904-1975) : Il Prigioniero, Opéra en un acte. Livret du compositeur ; Béla Bartók (1881-1945) : Le Château de Barbe Bleue, opéra en un acte, livret de Béla Balázs. Mise en scène : Pete Stein ; Décors : Ferdinand Wögerbauer ; Costumes : Anna Maria Heinreich ; Lumières : Japhy Weideman. Avec : Paoletta Marrocu, La Madre ; Lauri Vasar, Il Prigioniero ; Donald Kaasch, le géolier / l’inquisiteur ; Marcel Beekman et Nanco de Vries, Sacerdote ; Örs Kisfaludy, acteur ; Gábor Bretz, Barbe-Bleue ; Elena Zhidkova, Judith. Nederlands Concertkoor, direction : Rob Vermeulen ; Residentie Orkest, direction : Ádám Fischer

L’opéra d’Amsterdam propose un couplage aussi rare que pourtant évident : Le Prisonnier de jumelé avec le Château de Barbe Bleue de . Cette addition de chef-d’œuvres (qui pour l’anecdote a été soufflée au metteur en scène par son ami Pierre Boulez) est marquée du sceau de l’intelligence tant les deux pièces présentent le travail des compositeurs alors confrontés aux choix entre tradition et modernité. Présentée à La Scala de Milan, en 2008, cette production arrive maintenant sur le vaste plateau de l’opéra d’Amsterdam où elle fait très forte impression.

Grande figure de la mise en scène, adopte une réserve pudique mais qui sait traiter les œuvres avec autant de respect que de force dramatique. Dans les deux pièces, il suit avec attention les moindres indications du livret en pointant tous les moments forts dramatiques des partitions. La fluidité de l’action et l’adéquation entre musique et texte arrivent ici à des sommets. Pourtant très difficile à animer à cause du manque d’action véritable (si ce n’est l’ouverture des portes), le Château de Barbe-Bleue de Bartók sort renforcé par ce traitement de l’évidence. L’épure extrême des décors et des gestes du Prisonnier, ne font que renforcer l’impact terrifiant de cette œuvre sans espoirs.

On connaît comme un solide routier, plus compétent que véritablement inspiré. C’est oublier qu’il connaît son Bartók et toutes les musiques du XXe siècle sur le bout des doigts. Dans Le Prisonnier, en chef lyrique, il fait à la fois ressortir la radicalité des options modernistes du compositeur mais n’oublie pas de mettre l’accent sur la filiation italienne de la partition avec ses réminiscences subtiles de Verdi et Puccini. Dans Bartók, qu’il a déjà gravé en CD et DVD, le chef défend une certaine tradition romantique (plutôt tournée vers Richard Strauss que Claude Debussy, les deux modèles du compositeur) qui allie la puissance des tutti à l’émotion des soli instrumentaux. L’Orchestre de la Résidence de La Haye, qui semblait un peu en perte de vitesse ces derniers temps, fait des étincelles sous cette baguette et soigne ses dynamiques et son fini instrumental. Grâce à Adam Fischer, la fosse devient véritablement un acteur du drame. Les chanteurs sont portés par la force théâtre et musicale de ces œuvres. Mention très bien pour Le Prisonnier si humain de et le Barbe Bleue puissant de . Présentant un gabarit physique et vocal, plus léger que la plupart des chanteuses fréquemment distribuées dans l’opéra de Bartók ; est à l’aise avec la tessiture même si le timbre est un peu dur dans les aigus.

Frappant par l’évidence et le naturel, ce spectacle est l’un des temps forts des dernières saisons amstellodamoises.

Crédit photographique : Monika Rittershaus

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Amsterdam. Het Muziektheater. 14-III-2010. Luigi Dallapiccola (1904-1975) : Il Prigioniero, Opéra en un acte. Livret du compositeur ; Béla Bartók (1881-1945) : Le Château de Barbe Bleue, opéra en un acte, livret de Béla Balázs. Mise en scène : Pete Stein ; Décors : Ferdinand Wögerbauer ; Costumes : Anna Maria Heinreich ; Lumières : Japhy Weideman. Avec : Paoletta Marrocu, La Madre ; Lauri Vasar, Il Prigioniero ; Donald Kaasch, le géolier / l’inquisiteur ; Marcel Beekman et Nanco de Vries, Sacerdote ; Örs Kisfaludy, acteur ; Gábor Bretz, Barbe-Bleue ; Elena Zhidkova, Judith. Nederlands Concertkoor, direction : Rob Vermeulen ; Residentie Orkest, direction : Ádám Fischer

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