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Frédéric Vaysse-Knitter, pianiste

Artistes, Entretiens, Instrumentistes

Jeune pianiste découvert par ResMusica au hasard d’un récital confidentiel sur Paris et d’un CD consacré à Haydn, Frédéric Vaysse-Knitter ne possède pas moins un agenda de concerts bien chargé. Remarqué par Krystian Zimmerman et Maria João Pires, à l’aube d’une carrière que nous lui souhaitons fructueuse, il a bien voulu nous accorder quelques instants et se plier au jeu d’un entretien dans nos colonnes.

Notre dossier : Art du clavier

 

ResMusica : , qui êtes-vous ?
 : Un pianiste (rires) français, d’ascendance polonaise par ma mère. Je suis originaire du sud-ouest et à l’age de 13 ans j’ai du «émigrer» sur Paris pour entrer au CNSM ou j’ai fait mon cycle complet d’études musicales (piano, musique de chambre, écriture, …) jusqu’à l’age de 19 ans. Puis j’ai fait le cycle de perfectionnement dans cette même institution avant de rejoindre la Musikhoschule de Freibourg (Allemagne). Parallèlement à cela j’ai rencontré Krystian Zimerman qui m’a suivi tout au long de mon parcours et qui m’a conseillé son propre professeur en Pologne, Wieszlaw Szlachta, pour approfondir ma connaissance du clavier, me «créer un laboratoire de travail» pour la suite.

RM : France, Allemagne, Pologne, de ces trois pays duquel vous sentez-vous le plus proche humainement et musicalement ?
FVK : je suis tout de même français à la base, et j’y vis. Toutefois le métier d’artiste nous amène à voyager et donc à découvrir. J’ai été souvent en Allemagne, surtout dans l’ex-RDA ou la place de l’artiste reste très particulière, avec une culture musicale très ancienne et une tradition encore vivace. Le musicien a une place particulière dans la société allemande.

RM : Et à propos de la Pologne, votre pays d’origine, qui est aussi celui de Chopin, compositeur dans lequel vous vous êtes illustré récemment sur Paris ?
FVK : C’est plus qu’un pays, car aux vues de ce qui s’y passe actuellement au niveau politique et social … (rires). C’est plutôt un attachement de cœur pour une culture, déjà de par la langue polonaise, et par la musique aussi. Mon arrière-grand-père était musicien, aussi bien dans le domaine du classique que dans le folklore. L’attachement à ce pays est évidemment familial, avec un idiome, une cuisine, une musique qui accompagnent ma vie depuis toujours. La Pologne reste particulière car historiquement elle s’est épanouie lorsqu’elle était sous une autre domination.

RM : Restons en Pologne. Chopin reste un compositeur majeur dans vos différents programmes de concerts, ce qui est l’évidence même pour un pianiste. Toutefois il semble que vous ayez une affection particulière pour lui.
FVK : Chopin revient régulièrement dans ma vie, presque obligatoirement. Après en avoir beaucoup joué j’ai décidé de me consacrer à d’autres répertoires – ce que j’ai fait d’ailleurs- quand j’ai reçu de la part de l’Opéra National de Paris la proposition de participer au ballet La Dame aux camélias dans une chorégraphie de John Neumeier, sur des musiques de … Chopin ! Etre dans une telle aventure, avec les danseurs étoiles de l’Opéra ne se refuse pas. Il suffit que je pose mes mains sur le clavier pour interpréter une de ses œuvres pour que je sois littéralement «happé» par cette musique. Même si Chopin a été très souvent – et parfois mal – joué j’ai un attachement à cette musique qui va au-delà du reste. Par exemple j’aime beaucoup Brahms mais je n’ai pas ce besoin irrépressible d’y retourner régulièrement. Evidemment ça n’est pas vrai avec Bach, Mozart ou Beethoven que je joue très régulièrement, mais Chopin se situe un niveau au dessus.

RM : Le parallèle avec Chopin est très vite fait, du fait de sa double culture franco-polonaise. Un autre compositeur chantre de sa nation, Karol Szymanowski, vient de faire son apparition dans votre répertoire.
FVK : Oui, je le découvre au clavier depuis peu en me consacrant à ses opus de jeunesse.

RM : Et ses œuvres tardives, avec ce langage si particulier ?
FVK : On aborde le répertoire avec ses professeurs qui souvent choisissent pour leurs élèves, sans pour autant avoir la volonté de faire découvrir un compositeur en particulier. J’ai souhaiter aborder chronologiquement Szymanowski pour mieux m’en imprégner et comprendre mieux son esthétique si complexe en suivant son évolution.

RM : Piotr Andrzejewski lui-même disait qu’il avait eu beaucoup de mal à entrer dans la musique de Szymanowski… Toujours à propos de répertoire, quels autres compositeurs abordez-vous avec autant de passion ?
FVK : Debussy me suit aussi depuis longtemps. C’est LE compositeur français pour lequel j’ai le plus d’attachement, peu de choses dans son œuvre m’ont déçu point de vue esthétique, architectural, ou sur la recherche au niveau du son. Chaque pièce est à la fois mystérieuse, sensuelle et tellement bien écrite. Schumann aussi est très important. Paradoxalement je ne pense pas avoir le même état d’esprit avec Liszt. Certaines de ses œuvres me «parlent», le reste me plait, sans plus.

RM : Ce n’est pas si courant, Liszt est souvent mis en avant par nombre de vos collègues, parfois avant Chopin. Avez-vous dans un répertoire moins couru ou parmi des compositeurs qui se sont moins illustrés dans l’écriture pour piano quelques noms à défendre ?
FVK : J’ai découvert trois Caprices pour piano de Juan Crisostomo de Arriaga, un compositeur espagnol du début du XIXe mort très jeune, d’une écriture post-mozartienne très novatrice harmoniquement. J’aime beaucoup Janáček aussi. J’essaie aussi de me consacrer et faire découvrir des compositeurs d’aujourd’hui, tels Frédéric Verrières ou Franck Krawczyk.

RM : Justement quelle place tient la musique contemporaine dans votre répertoire ?
FVK : mes choix en la matière sont des coups de cœur pour des personnalités, et une certaine forme de travail au piano. Généralement les compositeurs avec lesquels je travaille s’inspirent des compositeurs du passé. On connaît le travail de transcription de Krawczyk autour de Mahler (cf les albums Transcription I et Transcription II par Accentus et Laurence Equilbey). Frédéric Verrières retravaille par exemple Poissons d’or de Debussy ou les Etudes de Liszt en les manipulant, les transformant, un processus de création qui me passionne : un regard contemporain rétroactif sur le passé, qui n’est pas en rupture avec la façon d’écrire pour le piano, qui met en valeur l’instrument et oblige l’interprète d’aller chercher autre chose dans sa technique en utilisant des moyens courant. Un peu ce que faisait Chopin au XIXe, sa façon de faire sonner l’instrument était pour son époque novatrice.

RM : Nous en revenons toujours à Chopin ! C’est le propos de Luciano Berio à propos de ses Sequenze.
FVK : Exactement ! C’est pour ça que j’aime beaucoup Berio d’ailleurs.

RM : Vous avez joué ses œuvres ? 
FVK : Malheureusement non, il a relativement peu écrit. J’ai reçu la proposition de jouer son Concerto pour piano à Buenos Aires. Le piano n’est pas vraiment soliste et a une position décentrée par rapport à l’orchestre, le travail fait sur le son est très intéressant. Malheureusement le projet n’a pas abouti.

RM : Finalement comment s’opèrent vos choix esthétiques ?
FVK : Il faut que le compositeur m’oblige à me pencher sur moi-même, à aller chercher le geste et le souffle juste. La musique ne peut exister que par ça. Certaines œuvres me donnent envie d’aller vers certains compositeurs par l’intermédiaire du clavier. Notre geste de recréation à l’instrument n’est que le prolongement du geste d’écriture du compositeur. D’où la différence entre le plaisir du jeu et celui de la simple écoute.

RM : Aujourd’hui où se situe votre activité de concertiste ?
FVK : Elles sont basées essentiellement en Europe, en Amérique du sud et au Liban.

RM : Quelques projets discographiques ? Ou des projets de concerts ?
FVK : Les Variation Goldberg pour le mois d’avril (chez Air Notes), le Concerto n°3 de Beethoven à Dijon, un concert Chopin-Schumann, car 2010 est aussi le bicentenaire de la naissance de Schumann, à la Sorbonne. Mais cette année sera surtout consacrée à des concerts Chopin.

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