Le retour gagnant de Pascal Rophé !

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Liège. Salle Philharmonique. 23-IV-2010. Darius Milhaud (1892-1974) : La création du monde op. 81a ; Henri Dutilleux (1916-) : Correspondances pour soprano et orchestre ; Maurice Ravel (1875-1937) : Daphnis et Chloé (ballet intégral). Barbara Hannigan, soprano ; Chœur symphonique de Namur, direction : Patrick Baton ; Orchestre philharmonique de Liège, direction : Pascal Rophé.

Orchestre philharmonique de Liège

À la veille de la présentation de la saison 2010-2011, qui verra les célébrations des 50 ans de l’orchestre wallon, la phalange se présentait avec son ancien Directeur musical : . Cette situation ne manquait pas de piquant car, l’actuel Directeur musical François-Xavier Roth a quitté le navire, sa première saison même pas terminée, et il ne redirigera plus son (déjà !) ex-orchestre ! ResMusica s’est déjà fait l’écho des tensions entre le musicien français et la direction générale de l’OPL.

Mais ce programme, 100% français, était taillé sur mesure pour , qui a déjà prouvé à de multiples reprises, son excellence dans ce répertoire.

C’est un orchestre d’une vingtaine de musiciens, reproduisant les effectifs typiques des orchestres du Harlem des années 1920 qui ouvre ce concert. Dans La Création du Monde, rend en effet hommage au jazz qu’il a découvert lors d’un séjour à New-York de 1922. Le saxophone s’y exprime en soliste et son chant tient lieu de fil rouge dans cette pièce articulant six parties mêlant rythmes africains et sonorités typiquement jazzy. Elle trouve en Pascal Rophé un interprète habile, qui veille à ne pas trop mettre à l’avant plan certaines individualités, au profit de la composition qui révèle alors de très subtiles échanges entre pupitres.

Avec la création belge des Correspondances de , l’orchestre affirme une nouvelle fois son intérêt pour le répertoire contemporain. L’œuvre composée entre 2001 et 2003 s’appuie sur des textes et lettres de Rainer Maria Rilke, Prithwindra Mukherjee, Alexander Soljenitsyne et Vincent Van Gogh. C’est la soprano qui donnait vie à ses textes, devant d’importants effectifs orchestraux. L’écriture de Dutilleux est pourtant loin de faire dans le spectaculaire gratuit. En véritable chirurgien du son, il installe chaque texte dans un écrin sonore à l’identité singulière. Ainsi la lettre de Soljenitsyne, s’accompagne-t-elle de la sonorité de l’accordéon transportant l’auditeur dans l’ambiance d’une lointaine ex-urss. Il est difficile de ne pas faire preuve d’enthousiasme face à l’élégance de cette composition. L’orchestre y révèle des trésors de subtilité dans la recherche des timbres, notamment lorsque une note de vibraphone vient se superposer au chant de la soprano et que ces deux sonorités parviennent à se confondre. L’intelligibilité du texte est traitée de manière très attentive par le compositeur. C’est sans doute face à cette difficulté que la soprano canadienne a révélé quelques faiblesses. Malgré un timbre charmant et une projection d’une belle clarté, la diction de la chanteuse reste largement perfectible. Cette réserve mise à part, cette création s’avère une très belle réussite largement confirmée par les applaudissements du public.

En seconde partie de concert, l’orchestre était rejoint par le chœur symphonique de Namur pour le ballet intégral de Daphnis et Chloé. On a pu regretter le travail brouillon de ce chœur dont les entrées systématiquement approximatives ont entaché les efforts de l’orchestre. Pascal Rophé, au delà d’une introduction crispée a en effet donné vie à de très beaux tableaux. On a pu retenir de cette exécution les cordes de l’orchestre formant un ensemble homogène et brillant. La flûte solo, dans le final du ballet, a exécuté ses redoutables traits de manière impeccable au contraire du pupitre de cors dont les musiciens ont trébuché à plusieurs reprises. On a également pu s’étonner de voir la machine à vent, attraction dans l’orchestration de Ravel, rester obstinément muette…

Ce Daphnis plutôt inégal a malgré tout reçu une belle ovation de la part du public sensible à juste titre à la virtuosité des solistes de l’orchestre, largement applaudis.

Crédit photographique : © Katie Vandyck

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