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Maazel sauve la mise du Philharmonique de Munich

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Théâtre des Champs Elysées. 13-V-2010. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°8 en ut mineur. Orchestre Philharmonique de Munich, direction : Lorin Maazel

Christian Thielemann, qui a déclaré forfait il y a quelques jours, a malheureusement emporté avec lui une occasion d’entendre la symphonie n°5 de Bruckner, finalement assez rare dans nos salles parisiennes, alors que sa sœur de substitution d’un jour, la non moins fameuse Huitième, s’y montre plus assidue. Occasion d’autant regrettée que Thielemann a justement fait sa réputation dans ce répertoire et qu’il y était attendu par une bonne partie du public. Du coup, c’est , son successeur à la direction du Philharmonique de Munich, qui reprit le flambeau, occasionnant en même temps le changement de programme.

Professionnel accompli, technicien hors pair à la battue simple et claire très appréciée des instrumentistes, mais aussi chef aux interprétations pouvant aller sans nuance de froides à spectaculaires, tel est, très résumé, le style classique de , qu’il faut bien avouer, nous avons retrouvé entièrement dans ce concert, avec ses avantages et ses inconvénients. Au premier lieu desquels figura une certaine difficulté à trouver le ton juste porteur d’émotion, c’est-à-dire un ton expressif, tantôt mystérieux, angoissant, tendu, glorieux, imposant ou encore mystique, selon les nombreux épisodes qui jalonnent cette immense symphonie. Cela s’entendit particulièrement dans les débuts des premier et troisième mouvements (ou encore la fin du un tout autant plate, ou du trois un peu mécanique), qui manquèrent sérieusement de climat. En fait le chef nous sembla chercher ses marques expressives pendant les trois premiers mouvements, alors que beaucoup plus convaincant dans le final dont le début était cette fois impeccable, même si peut-être un peu rapide, mais tendu et cohérent d’un bout à l’autre. Cela nous a rappelé le récent concert de Gatti excellent dans le final de la Symphonie n°3 de Mahler alors qu’il s’était montré assez laborieux dans ce qui précédait. Autres points communs de ces deux concerts, l’excellente exécution instrumentale, et le petit rôle jouer par l’acoustique de la salle, cette fois ci en atténuant quelque peu l’impact, tellement important, en particulier dans le Scherzo, des timbales, du moins entendues du chœur des fauteuils d’orchestre, alors qu’au premier balcon ces mêmes timbales jouaient parfaitement leur rôle. Et si la dynamique de l’orchestre était bonne, il nous a semblé que le chef n’en utilisait pas suffisamment toute l’étendue, nous donnant l’impression de jouer un peu trop sur deux nuances, un piano et un forte, ce qui prit forcément sa part dans le manque d’expressivité que nous avons ressenti ce soir. Enfin le chef ne nous a pas toujours convaincus dans ses choix de tempo, ou plutôt de variations de tempo, accélérant ici ou ralentissant là pour marquer tel ou tel passage, mais d’une façon qui nous a parfois semblé exagéré ou à rebrousse poil. Par exemple le sommet de l’Adagio, fameux moment où cymbales et triangle se font entendre pour la seule fois de l’œuvre, explicitement indiqué a tempo (doch lebhaft bewegt), vit Maazel marquer un énorme élargissement du tempo, après avoir déjà fortement retenu les dernières notes précédant le tutti fortissimo, sauf qu’ici le a tempo ne nous a pas ramenés au tempo de base mais dans tempo inusité jusqu’alors et que l’indication lebhaft bewegt (avancer avec animation) était du coup rayée de la carte. A notre sens le ritenuto des trois dernières notes de la symphonie pêcha aussi par ce même excès. Paradoxalement, c’est justement au moment du a tempo évoqué ci-dessus que chef et orchestre trouvèrent une formidable plénitude sonore qu’ils n’avaient pas atteint à ce point jusqu’ici et qu’ils gardèrent jusqu’à la fin : qu’est que ça sonnait bien ! Avec un équilibre des pupitres à l’allemande idéal pour cette musique.

Lorin Maazel fut très explicitement applaudi par ses musiciens qui sans doute le remerciaient ainsi d’avoir sauvé ce concert après le retrait de Christian Thielemann. Le public parisien n’était pas en reste, et si, pour notre part, nous retiendrons l’excellente tenue de l’orchestre dans son répertoire de base et un brillant final, les quelques effets de manche du chef et le manque d’émotion ressenti dans les premiers mouvements nous font classer cette soirée dans la catégorie des belles exécutions mais pas des interprétations à thésauriser.

Crédit photographique : Lorin Maazel © Chris Lee

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