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Staatskapelle de Dresde et Georges Prêtre, quel bel orchestre !

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 17-V-2010. Richard Strauss (1864-1949) : Danse des sept voiles (extrait de Salomé)  ; Le Chevalier à la rose : suite de valses (extraits des actes I et II) ; Trio et Duo de la scène finale. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 3 en mi bémol majeur « Héroïque » op. 55. Genia Kühmeier, soprano (Sophie) ; Anne Schwanewilms, soprano (La Maréchale) ; Bernarda Fink, mezzo-soprano (Octavian). Orchestre de la Staatskapelle de Dresde, direction : Georges Prêtre

Quelques jours après Lorin Maazel, le Théâtre des Champs-Elysées accueillait un autre fringant octogénaire en la personne du plus internationalement connu de nos chefs français, . Comme son collègue américain il dirigeait une formation allemande, le célèbre et historique Orchestre de la . Et si le programme n’était pas spécialement original il était fort alléchant et en plein cœur du répertoire traditionnel de cet orchestre.

La première partie de soirée était consacrée à avec, en guise de hors-d’œuvre, la Danse des sept voiles de Salomé. Ce passage fameux sinon scandaleux à son époque voit l’héroïne exécuter un effeuillage complet en échange de la promesse faite par Hérode de lui donner tout ce qu’elle désire et qui s’avérera être la tête de Jokanaan apportée sur un plateau d’argent. Strauss y mélange génialement sensualité et érotisme explicite avec le drame sanglant sous-jacent, ce que le chef fera assez bien sentir en marquant nettement les différences entre les deux climats sans toutefois réussir ce mélange subtil qui donne toute son ambigüité à ce morceau. A l’évidence l’orchestre se montra à son affaire dès cette introduction, avec un quatuor remarquablement équilibré possédant toujours cette douceur d’attaque qui a fait sa légende, mais également un ensemble de vents on ne peut plus à la hauteur. Après cette danse érotico macabre vint la suite de valses extraite du Chevalier à la Rose, dont le tout début nage lui aussi en pleine sensualité puisque se situant à la fin d’une nuit d’amour entre Octavian et La Maréchale. Cette fois la direction de George Prêtre se fit plus neutre et ne permit pas vraiment de sentir les deux amants au sommet de leur étreinte. Un peu comme si le chef voulait nous faire écouter cette suite de valses comme une œuvre autonome détachée de son contexte dramatique. Du coup, pour peu qu’on se laisse aller à cette vision, on pouvait profiter du jeu toute en souplesse et changement de rythmes des saxons, tout en remarquant un tendance du chef à les laisser jouer de longs passages pratiquement sans leur indiquer de battue. Cet aspect «orchestre en liberté» sera bien plus sensible dans la scène finale du Chevalier à la Rose qui vit le chef très attentionné pour les trois chanteuses placées à sa gauche, se dirigeant ostensiblement vers elles et tournant le dos au trois quart de l’orchestre qu’il laissa jouer tout seul. Il est probable qu’avec un ensemble moins chevronné dans ce répertoire nous aurions frôler le naufrage mais la Staatskapelle a plutôt bien assumé. Les observer faire était d’ailleurs très instructif, on pouvait clairement voir chaque groupe suivre des yeux son leader, des derniers se marquant mutuellement du regard dans un ordre hiérarchique respecté depuis le konzertmeister. Néanmoins et malgré leur bonne volonté les musiciens n’ont sans doute pas donné à cette fin d’opéra toute la force émotionnelle qu’elle porte en elle et qu’une direction plus affirmée aurait apportée. Mais quelle belle musique et quel art avait Strauss pour marier les voix féminines. Car c’est de là que vint l’émotion grâce à la belle et assez luxueuse distribution réunie ce soir.

La Symphonie «Héroïque» qui suivit fut intemporellement classique, avec un orchestre aux soixante cordes comme le fit ici même le Philharmonique de Vienne. A chaque fois l’ensemble de cordes était clairement le roi de la soirée. Mais la direction de Prêtre laissa plus nettement encore que celle de Thielemann se creuser le déséquilibre entre cordes et vents, ne sollicitant que bien peu ces derniers, et seul l’excellent timbalier servit finalement de contrepoint au formidable quatuor saxon. Il en découla une Héroïque au premier mouvement survolé (comme trop souvent), dont la banalité des deux premiers accords ne présageait rien de grandiose, et dont la fin arriva sans qu’il s’y soit passé grand chose entre-temps. La suite, comme il se doit, fut moins problématique, mais pas très imaginative non plus. Mais quel bel orchestre ! Et il sait quand même jouer Beethoven même sous une direction un peu neutre. Et n’est pas mal non plus dans Brahms dont on nous offrit en bis une danse hongroise.

Crédit photographique : © Stefan Trierenberg

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 17-V-2010. Richard Strauss (1864-1949) : Danse des sept voiles (extrait de Salomé)  ; Le Chevalier à la rose : suite de valses (extraits des actes I et II) ; Trio et Duo de la scène finale. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 3 en mi bémol majeur « Héroïque » op. 55. Genia Kühmeier, soprano (Sophie) ; Anne Schwanewilms, soprano (La Maréchale) ; Bernarda Fink, mezzo-soprano (Octavian). Orchestre de la Staatskapelle de Dresde, direction : Georges Prêtre

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