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Ilya Rashkovskiy, terrifiante virtuosité

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Saint-Germain-au-Mont-d’Or. Eglise. 06-VI-2010. Frédéric Chopin (1810-1849) : Andante spianato et grande polonaise brillante op. 22 ; Sonate n° 3 en si mineur op. 58. Modeste Moussorgsky (1839-1881) : Tableaux d’une exposition. Ilya Rashkovskiy, piano

Sous l’emprise d’on ne sait quelle force occulte ou substance hallucinogène, a offert au public des Pianissimes 2010 une pure démonstration de virtuosité, trente minutes d’absolue splendeur musicale qui sollicitent l’imaginaire de l’auditeur comme rarement. Car voilà une lecture puissamment expressive, et hautement éloquente, d’un des recueils les plus extraordinaires de la littérature pianistique !

A t-on déjà entendu, sinon dans l’enregistrement visionnaire de Pogorelich (DG) plus ébouriffant Marché de Limoges, Ballet des poussins dans leur coque plus échevelé? Catacombe égrène ses perles funèbres au goutte à goutte et sous de tels doigts La cabane sur des pattes de poules exhale d’incroyables séductions lucifériennes. Il y a chez le jeune russe, élève de Vladimir Krainev, nonobstant une fantastique technique pianistique -presque démoniaque- un sens aigu de la narration et de la progression dramatique, qui culminent dans une Grande porte de Kiev majestueuse. Le piano sonne alors tellement plein, magnifique, que l’on se surprend à penser à Sviatoslav Richter, inaccessible lui-aussi dans ces pages…

Que penser des Chopin introductifs alors? Que du bien ou presque car Rashkovskiy, diaphane comme le Tadzio du Mort à Venise de Visconti, possède toutes les notes du compositeur polonais, et son tempérament slave, fougueux et impérieux à la fois, y trouvent un terrain d’élection. Il n’empêche, le pianiste succombe par instants à son péché mignon, relevé en 2001 lors de sa participation au concours Long Thibaud (remporté par Dong Hyek Lim) : une virtuosité un rien trop ostentatoire et passablement mécanique (perceptible dans les bis) qui peut donner le sentiment d’une belle machine qui tourne à vide. Sous d’autres doigts, l’Andante spianato et grande polonaise se révèle par exemple moins lustrée et brillante, plus subtile et contrastée. En revanche, la sublime Sonate pour piano n° 3, composée à Nohant en 1844, que l’on a entendu exsangue dans le récent enregistrement de Pires (DG), trouve en Rachkovskiy un interprète inspiré. Si le fougueux scherzo et l’éblouissant finale sont de grands moments de piano, la cantilène bellinienne du Largo dévoile toute la sensibilité du jeune russe -se délestant de sa panoplie du parfait virtuose- et son legato impalpable.

Avec un tel concert, et des invités de marque comme Brigitte Engerer, David Guerrier, Niama Sarkechik et le quatuor Voce, Les Pianissimes 2010 auront été placés sous le signe de l’excellence musicale. Attendons avec impatience la prochaine édition, que l’on nous promet « latino » avec des compositeurs espagnols et sud-américains, dans un esprit de métissage musical (Piazzola). Belle occasion d’entendre le trop rare Hervé Billaut qui a gravé au disque une superbe interprétation d’Ibéria (Lyrinx).

Crédit photographique : © André Decat

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