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Un chef d’orchestre belge du passé : Édouard Van Remoortel

À emporter, Actus Prod, CD, Musique symphonique

Henry Litolff (1818-1891) : Concerto Symphonique pour piano et orchestre n°4 en ré mineur op. 102 ; Trio à clavier n°1 en ré mineur op. 47. Gerald Robbins, piano. Orchestre National de l’Opéra de Monte-Carlo, direction : Édouard Van Remoortel. The Mirecourt Trio (Kenneth Goldsmith, violon ; Terry King, violoncelle ; John Jensen, piano). 1 CD Genesis GCD101. Pas de code barre. Enregistré en 1973 en la Salle Alcazar, Monte-Carlo (Concerto Symphonique) et en août 1975 (Trio). Notices unilingues (anglais) excellentes. Durée : 69’18.

 

Lors d’une précédente chronique d’un excellent ouvrage consacré à André Cluytens, nous souhaitions le même genre de publication pour une série d’autres chefs d’orchestre belges, dans laquelle nous avions omis involontairement le nom d’Édouard Van Remoortel. La réédition en trois CDs de microsillons des années 70 relatifs à ce chef nous offre l’opportunité de remédier à cet oubli.

Ces enregistrements désormais légendaires furent réalisés par un petit label américain nommé Genesis, d’une technique irréprochable : à l’époque de leur édition originale, ils firent sensation non seulement par leur qualité sonore supérieure, mais aussi par l’originalité du répertoire proposé, et leur réédition en CD nous donne vraiment l’illusion qu’ils datent d’hier à peine.

Édouard Van Remoortel (1926-1977) reçut ses premières leçons d’un ami de Pierre Fournier, l’excellent violoncelliste et remarquable pédagogue belge Jean Charlier qui le prépara idéalement au Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles et aux cours de l’illustre Gaspar Cassadó. Toutefois c’est la direction d’orchestre qui l’emportera sur l’instrument, après que Van Remoortel ait suivi les cours d’Antonio Guarnieri, Alceo Galliera et Josef Krips.

Durant sa trop courte existence, il dirigera entre autres l’Orchestre National de Belgique et l’Orchestre du Mozarteum de Salzbourg dès 1951, l’Orchestre Symphonique de Saint-Louis de 1958 à 1962, l’Orchestre National de l’Opéra de Monte-Carlo de 1964 à 1970 (avec lequel il accomplira de célèbres enregistrements pour Philips aux côtés des violonistes Henryk Szeryng et Ivry Gitlis), puis mènera une carrière de chef invité, notamment à l’ à partir de 1974. Le discophile se souviendra également de ses quelques gravures pour le label américain Vox, avec parmi d’autres les Orchestres Symphonique ou Pro Musica de Vienne, et les excellents Orchestres Symphoniques de Londres ou de Bamberg. C’est à Robert F. Commagère, l’âme du label Genesis, que nous devons les enregistrements commentés ci-après.

Il fut un temps pas si lointain où le nom de évoquait surtout la célèbre maison d’édition musicale allemande qui porte son nom, plutôt que le compositeur même. Et pourtant une de ses œuvres – ou plutôt une partie d’une de ses œuvres – le rendit célèbre : le fameux Scherzo du Concerto Symphonique pour piano et orchestre n°4 fut joué et gravé, isolé de son contexte, par une kyrielle de pianistes des années 50 et 60, depuis le plus exécrable jusqu’aux plus remarquables comme, par exemple, les excellents Moura Lympany, Peter Katin et surtout l’admirable Clifford Curzon. Puis la popularité de cette page étonnante déclina. C’est alors qu’intervint Genesis pour nous faire enfin découvrir l’œuvre dans son entièreté, en première mondiale sur disque, et c’est cet enregistrement qui nous est offert ici, dans toute sa splendeur sonore.

Il a fallu plus de vingt-cinq années pour que Hyperion nous révèle enfin l’intégrale des quatre Concertos Symphoniques (le premier de cinq est perdu jusqu’à preuve du contraire), grâce au pianiste Peter Donohœ et au chef d’orchestre Andrew Litton, mais une comparaison attentive des deux versions de ce Concerto Symphonique n°4 fait pencher nettement la balance en faveur de la version présente de et Édouard Van Remoortel, tant au niveau de l’interprétation du soliste à la technique plus sûre, que de celle du chef plus incisif et précis, et même au niveau de la qualité de la prise de son. Notons que l’appellation Concerto Symphonique se justifie par le fait que la forme (en quatre mouvements) et le fond se situent plutôt du côté de la symphonie avec piano obligé : si Henry Charles Litolff était surnommé le Liszt anglais (il naquit à Londres de père alsacien et de mère écossaise), il confie plutôt au piano un rôle d’accompagnement de l’orchestre – mais toujours de manière hautement virtuose – contrairement à son illustre confrère qui offre au soliste plus de matériau thématique. Et apparemment, sa musique de chambre, ici remarquablement représentée par ce beau Trio à clavier en ré mineur, également en quatre mouvements, procède d’une démarche identique.

(1824-1910) : Concertos pour piano n°1 en fa dièse mineur op. 72 et n°2 en mi mineur op. 120. , piano. Orchestre National de l’Opéra de Monte-Carlo, direction : Édouard Van Remoortel. 1 CD Genesis GCD102. Pas de code barre. Enregistré en 1973 en la Salle Alcazar, Monte-Carlo. Notices unilingues (anglais) excellentes. Durée : 55’10.

Toute sa vie, resta fidèle à un langage qui ne s’aventura guère au-delà du romantisme mendelssohnien ou schumannien (son idéal d’orchestration était la Symphonie Italienne de Mendelssohn), alors qu’il naquit lorsque Beethoven écrivait ses derniers quatuors, et vécut les débuts de Schœnberg, Debussy, Stravinsky et Bartók. Il fut néanmoins un musicien très fécond et respecté du XIXe siècle, dont la réputation de compositeur, pianiste, chef d’orchestre et pédagogue lui assura une renommée méritée.

Surtout connu pour une quarantaine de cadences destinées à des concertos de Bach, Mozart, Beethoven et Weber, il composa de beaux concertos pour flûte et pour harpe que l’on entend encore de nos jours, et pour le piano un concertstuck et quatre concertos. Ce sont les deux premiers concertos pour piano que nous propose Genesis dans la remarquable interprétation du jeune pianiste Gerald Robbins, déjà soliste de l’œuvre de Litolff.

À vrai dire, le label américain Vox avait aussi gravé en 1973 le Concerto n°1 en fa dièse mineur avec le pianiste Michael Ponti et l’Orchestre de Radio Luxembourg sous la direction de Pierre Cao (réédité chez Brilliant Classics), mais Genesis est le premier à nous offrir le couplage des Concertos n°1 et n°2 en un seul disque, et ici encore, le soutien orchestral d’Édouard Van Remoortel est idéalement approprié au jeu supérieur de Gerald Robbins.

(1840-1876) – Œuvres orchestrales complètes : Symphonie en fa majeur op. 9 ; Printemps, ouverture op. 15 ; ouvertures des opéras La Mégère Apprivoisée et Francesca da Rimini. Orchestre National de l’Opéra de Monte-Carlo, direction : Édouard Van Remoortel. 1 CD Genesis GCD105. Code barre : 009414810526. Enregistré en 1973 en la Salle Alcazar, Monte-Carlo. Notices unilingues (anglais) excellentes. Durée : 60’46.

De santé fragile et atteint de tuberculose, le compositeur allemand n’eut pas le bonheur de vivre aussi longtemps que son compatriote Carl Reinecke, et par la force des choses son œuvre n’a pas l’ampleur de celle de son aîné. Ce disque rassemble toutes les pages purement orchestrales et non concertantes de Gœtz, c’est-à-dire que nous n’y trouverons pas les deux concertos pour piano ni celui pour violon, ni les pages pour chant et orchestre : pour ces œuvres, l’auditeur s’orientera avec intérêt vers la belle réalisation, en trois CDs, du label CPO (6797603) sous l’experte baguette de Werner Andreas Albert.

Toutefois l’enregistrement proposé ici fait vraiment office de pionnier, réalisé vingt années avant la production CPO, et a permis aux mélomanes de s’intéresser à un musicien plutôt doué. Il nous révèle de façon très vivante et naturelle des pages qui, si elles ne sont pas essentielles, sont dignes de survivre. Bien évidemment, on y décèle des influences, et les noms de Mendelssohn, Bruch, Wagner, Tchaïkovski et même Richard Strauss viennent à l’esprit, ce qui de toute façon montre une audace harmonique plus marquée que celle de Reinecke : sa Symphonie en fa majeur op. 9 (1873) en est particulièrement révélatrice. Ce disque est un témoignage supplémentaire des superbes qualités musicales d’Édouard Van Remoortel et de sa remarquable aptitude à mettre en valeur des œuvres pratiquement inconnues au moment de ces gravures pour la plupart en première discographique mondiale.

Crédit photographique : © Saint Louis Symphony Orchestra

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