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Lagraulet, Église. 17-VII-2010. Joseph Haydn (1732-1809) : Quatuor en sol majeur op. 77 n°1 ; Claude Debussy (1862-1918) : Quatuor en sol mineur ; Félix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) : Quatuor à cordes en fa mineur op. 80. Quatuor Modigliani : Philippe Bernhard, Loïc Rio, violons  ; Laurent Marfaing, alto  ; François Kieffer, violoncelle

Pour leur deuxième venue aux Journées de Lagraulet, les jeunes instrumentistes du désormais célèbre Quatuor Modigliani n’ont pas failli à leur réputation d’excellence. S’ils ne jouent plus depuis quelques mois les fameux «Évangélistes» du célèbre luthier Vuillaume, qu’Étienne Vatelot leur avait réservé, à la suite d’un différend avec la fondation propriétaire sur leurs programmes et l’orientation de leur carrière, ils n’en demeurent pas moins d’extraordinaires interprètes avec une rare maturité pour un quatuor formé, il y a tout juste sept ans.

On oserait presque dire qu’ils ont gagné au change car de généreux mécènes leur ont confié de magnifiques instruments italiens des XVIIe et XVIIIe siècles, qu’ils font sonner avec art et intelligence. Fort heureusement pour des générations d’instrumentistes, la lutherie italienne ne s’est pas arrêtée à Stradivarius et nos quatre compères bénéficient de véritables joyaux : un violon de Jean-Baptiste Guadagnini de 1780 pour Philippe Bernhard, un violon d’Alessandro Gagliano de 1734 pour Loïc Rio, un alto de Matteo Goffriller de 1696 pour Laurent Marfaing et un violoncelle de Matteo Goffriller «ex-Warburg» de 1706 pour François Kieffer. Utilisant ces merveilles au mieux de leurs possibilités, ils reconnaissent avec modestie : «C’est vrai que ça sonne bien et rond…»

Au cours de ce concert dans la petite église gersoise pleine à craquer, ils avaient choisi trois œuvres emblématiques de cette configuration née au XVIIIe siècle : l’un des derniers quatuors de Joseph Haydn, Le quatuor de Debussy et l’ultime opus de Mendelssohn, soit un grand siècle de musique avec ses différentes formes de langage.

On connaît la grande affinité des Modigliani pour les quatuors de Haydn, qui en trente années porta cette forme à son plus haut niveau d’excellence, par recueils entiers. En 2008, leur deuxième disque rendait ô combien justice à trois quatuors de la maturité du compositeur. C’est avec cette même gourmandise qu’ils abordent l’op 77 n°1, qui en 1799 inaugure le chant du cygne du maître viennois, dédié au prince Lobkowitz, qui soutenait également un certain Ludwig van Beethoven. Dès les premières notes, les quatre compères chantent en chœur avec une grâce incomparable. Les thèmes circulent avec aisance et les instrumentistes se répondent par de nombreux sourires complices. Ils rendent grâce au génie inventif de Haydn en égayant à plaisir les quelques pointes mélancoliques ce de chef-d’œuvre. La tessiture plus aiguë du premier violon est parfaitement rendue par le Guadagnini que Philippe Bernhard fait chanter d’une façon proche d’un cornet à bouquin.

La couleur est toute différente avec le Quatuor de Debussy, cette œuvre révolutionnaire, qui ouvre le XXe siècle, à la fois archaïque, audacieuse, que l’on aime à rapprocher de la peinture impressionniste. Les Modigliani en donnent une interprétation toute en délicatesse intériorisée sur les phrasés avec de subtiles nuances. Les pizzicati ouvrant le deuxième mouvement font leur effet et l’alto de Laurent Marfaing offre de superbes sonorités dans l’andantino.

Le concert s’achevait avec le Quatuor en fa mineur op. 80 de Mendelssohn. Cet ultime chef-d’œuvre de 1847 dénote de la joyeuse volubilité que l’on connaît généralement de ce compositeur surdoué. On l’a appelé le «Requiem pour Fanny» sa sœur tant aimée, qui fut brutalement emportée d’une embolie cérébrale. Mendelssohn ignorait qu’il subirait le même sort sept mois plus tard, mais ce quatuor est empreint d’une forte mélancolie, comme une révolte contre le destin, qui en fait un sommet du genre au XIXe siècle. La fougue de l’Octuor est toujours présente, mais elle se fait désespérée dans le plus pur esprit romantique. Plus qu’une lecture, les Modigliani en donnent une interprétation habitée. D’une rare profondeur, le sublime adagio dominé par le premier violon nous tire des larmes, alors que les musiciens respirent d’une même ferveur au service de cette œuvre magnifique. Ils viennent d’ailleurs d’enregistrer leur troisième disque, consacré à Mendelssohn, à paraître fin août.

Le public qui a fait preuve d’une belle qualité d’écoute, était vivement impressionné par l’engagement enthousiaste de ces jeunes musiciens. La longue ovation qui s’en suivit n’était pas feinte. En remerciement, les Modigliani ont accueilli le pianiste Julien Gernay, qui avait donné auparavant un beau récital Chopin, pour interpréter ensemble le Scherzo du merveilleux Quintette avec piano op. 44 de Schumann. Ils l’avaient joué la veille aux Jacobins de Toulouse avec Philippe Cassard. Ce choix final sur une note jubilatoire visait à remettre les esprits en place après le choc de Mendelssohn.

Crédits photographiques : photo 1 © ; photo 2 © Les Journées Lagraulet

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Lagraulet, Église. 17-VII-2010. Joseph Haydn (1732-1809) : Quatuor en sol majeur op. 77 n°1 ; Claude Debussy (1862-1918) : Quatuor en sol mineur ; Félix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) : Quatuor à cordes en fa mineur op. 80. Quatuor Modigliani : Philippe Bernhard, Loïc Rio, violons  ; Laurent Marfaing, alto  ; François Kieffer, violoncelle

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