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Elias de Mendelssohn enflamme Eurochorus

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Toulouse, auditorium Saint-Pierre-des-Cuisines. 24-VII-2010. Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) : Elias op. 70. Caroline Gea, Sonia Alejos Molina, Cécile Cieutat, sopranos ; Mireille Bertrand, Stéphanie Barreau, altos ; Paul Cremazy, Pierre Vie, ténors ; Christian Nadalet, Pierre Ogay, Antonio Guirao, basses. Chœur de la session Eurochorus 2010 (direction artistique : Jacques Michel) ; Orchestre Musica d’Oc (direction artistique : Jacques Roubichou) ; direction musicale : Lorraine Garpiery & Andreas Fœrster

Eurochorus 2010

Pour la quatrième année, la rencontre chorale toulousaine Eurochorus s’efforce d’offrir les meilleures conditions possibles à des chanteurs amateurs passionnés et de très bon niveau pour favoriser l’apprentissage en commun et la restitution en concert d’une œuvre majeure du patrimoine musical.

Venus de France, d’Allemagne, de Belgique, des Pays-Bas et d’Espagne, les 120 choristes de tous âges travaillent ensemble au cours d’un stage intensif d’une dizaine de jours avant de se produire en concert. La session 2010 était consacrée à Elias, le second oratorio et ultime chef-d’œuvre de . C’était un ambitieux pari de s’affronter en si peu de temps à cette œuvre biblique imposante qui retrace des événements de la vie du prophète Élie et son combat contre l’idolâtrie du peuple d’Israël, tels qu’ils sont racontés au premier livre des Rois dans l’Ancien Testament.

L’ouvrage requiert un chœur mixte à quatre ou huit voix, un orchestre symphonique, quatre solistes principaux et quatre solistes secondaires. Créé en anglais à Birmingham en 1846 où il est interprété chaque année sans interruption, Elias a la faveur des chœurs amateur par ses chœurs enthousiastes et sa dramaturgie d’une approche aisée. Il en va différemment des parties solistes à commencer par l’écrasant rôle d’Élie, présent tout au long de l’ouvrage avec six airs composés de façon très tendue.

Tout en restant fidèle au récit biblique, Mendelssohn n’a eu aucune difficulté à favoriser ses penchants victoriens avec une action qui sied parfaitement au goût romantique. Entendant la plainte devant la sécheresse du peuple hébreu dont le roi s’est détourné de Dieu, les prières d’Élie font pleuvoir sur la terre d’Israël. Il ramène à la vie de fils de la veuve qui l’héberge. Accusé par la reine et le peuple, il doit fuir et malgré ses doutes, il fait l’expérience unique de la rencontre avec Dieu. À sa mort, son corps est élevé aux cieux sur un char de feu… Mais l’événement le plus marquant théâtralement est sans aucun doute le défi qu’il lance aux prophètes des Baals d’allumer un bûcher sacrificiel par leurs seules invocations. Après leur échec et l’embrasement du bûcher d’Élie, les 400 prophètes sont passés par le fil de l’épée…

Un tel sujet ne pouvait laisser Félix Mendelssohn indifférent, après avoir remis l’œuvre de Bach au goût du jour. À la fois compositeur précoce et fécond, pianiste virtuose et chef d’orchestre renommé dans l’Europe entière, il peut être considéré comme le modèle de l’artiste romantique. Son immense culture littéraire et musicale lui donne une bonne connaissance des maîtres du passé. Pour la construction dramatique de cet oratorio, il s’inspire du texte biblique, de sa propre expérience spirituelle luthérienne issue du judaïsme, sans oublier d’aller puiser aux sources musicales de ses aînés vénérés, Bach et Hændel. Pour autant, l’écriture de Mendelssohn lui est propre et l’on retrouve tout son art de l’expressivité orchestrale, ainsi qu’une science de la voix, qui joue avec l’esprit du choral luthérien.

Si le chœur d’Eurochorus fut un peu hésitant au début, il s’est affirmé par la suite en s’appropriant l’ouvrage avec enthousiasme, tandis que l’orchestre le soutenait avec une belle régularité. On aura apprécié la justesse et la précision des nuances dans les rares interventions du ténor Paul Cremazy, ainsi que les ravissants airs de la veuve et de l’ange par la soprano Caroline Gea. On saluera à sa juste mesure la prestation de la basse Christian Nadalet dans le rôle écrasant d’Élie. C’est un marathon vocal que peu parviennent à surmonter.

Enfin la direction partagée entre la Québécoise Lorraine Gariepy et l’Allemand Andreas Fœrster soulignait clairement les deux parties de l’ouvrage. La première est analytique et enthousiaste lorsque le second favorise la cohérence d’ensemble, la précision et le rythme soutenu de ce monument. On en retiendra un solide travail d’amateurs soutenus par d’excellents musiciens et solistes professionnels pour une œuvre ambitieuse que l’on entend assez rarement en France.

Crédit photographique : Christian Nadalet (Elias) © Alain Huc de Vaubert

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Toulouse, auditorium Saint-Pierre-des-Cuisines. 24-VII-2010. Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) : Elias op. 70. Caroline Gea, Sonia Alejos Molina, Cécile Cieutat, sopranos ; Mireille Bertrand, Stéphanie Barreau, altos ; Paul Cremazy, Pierre Vie, ténors ; Christian Nadalet, Pierre Ogay, Antonio Guirao, basses. Chœur de la session Eurochorus 2010 (direction artistique : Jacques Michel) ; Orchestre Musica d’Oc (direction artistique : Jacques Roubichou) ; direction musicale : Lorraine Garpiery & Andreas Fœrster

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