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Chtchedrine et Gergiev, de la « russitude » au carré un peu prévisible mais talentueuse

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Rodion Chtchedrine (né en 1932) : Le Voyageur ensorcelé ; Le Petit Cheval Bossu : quatre fragments symphoniques ; Concerto pour orchestre n°1. Sergei Aleksahkin, Ivan ; Kristina Kapustinskaya, Grusha ; Evgeny Akimov, Le moine/Le prince/Le vieil homme. Chœur et Orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourgy, direction : Valery Gergiev. 2 SACD Mariinsky MAR0504, code barre 8 2223185042 7. Enregistré les 15-25 juillet 2008 au Théatre Mariinsky à Saint-Pétersbourg. Notice quadrilingue (russe, allemand, anglais, français), livret bilingue (russe, anglais). Durée : 111’11’’

 

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Le Voyageur ensorcelé est un «opéra pour salle de concert» comme le dit le compositeur lui-même, c’est à dire une œuvre dramatique et vocale pouvant se passer de mise en scène. Il a été créé à New York le 17 décembre 2002 par le New York Philharmonic sous la direction de Lorin Maazel qui en était également le commanditaire. Et, accessoirement, le prescripteur du cahier des charges précisant une œuvre d’à peu près une heure trente, durée, faut-il le reconnaître, standard pour les concerts actuels, et réclamant un style très traditionnellement russe avec «chants anciens, sons de cloches, Polovstes, Tsiganes, et une voix de basse profonde». Pour sa réalisation, le chef s’adressa au compositeur , qui fut président de l’Union des compositeurs russes de 1973 à 1990, et qui prit pour source une nouvelle de Nikolai Leskov (également auteur du Lady Macbeth de Mtsensk de Chostakovitch). Le double SACD qui nous occupe ici ne provient pas de la création new-yorkaise mais des concerts donnés en juillet 2008 à Saint-Pétersbourg dans la toute nouvelle salle des concerts du Mariinsky par l’orchestre local et son chef attitré . En plus de cet œuvre de grande maturité, deux œuvres d’un Chtchedrine à peine trentenaire complètent le programme : les quatre extraits du ballet Le Petit Cheval Bossu et le Concerto pour orchestre n°1.

En adressant sa commande à , compositeur chevronnée qui écrivit là son quatrième opéra, Lorin Maazel avait incontestablement vu juste tant celui-ci a parfaitement exaucé les vœux du chef commanditaire, remplissant point à point le cahier des charges. L’auditeur ne sera donc pas surpris par cette musique de commande qui, faute d’être originale en est même quelque peu «téléphonée», mais est néanmoins très professionnellement écrite et permet d’entendre tout ce qui était promis. Le style est donc très russe en même temps que très sombre, puisque contant quelques épisodes de la vie du héros Ivan, maudit par le moine mort sous son fouet, vie qui, comme on peut s’en douter, ne se déroulera pas sous les couleurs de la félicité. Le tempo y est en général assez lent, parsemé de quelques épisodes plus vifs, évitant ainsi une monotonie qui pourrait poindre ici ou là. Car le ton est le plus souvent celui d’une longue lamentation, renforcée par les interventions du chœur extérieur à l’action, et l’œuvre étant sensée pouvoir se passer de mise en scène, il y a plus de récit que d’action. Assez économe en mots, le livret se contente d’esquisser les personnages qui, portés par une musique volontiers lugubre plus évocatrice que descriptive, apparaissent le plus souvent comme leurs propres fantômes déjà dans l’au-delà. D’ailleurs le caractère souvent religieux du texte pourra paraître à certains quelque peu pesant pour dire le moins.

Alternant avec pertinence une orchestration riche ou économe selon les épisodes, privilégiant la fluidité du discours et le développement de thèmes simples, respectant les canons classiques, héritant directement des grands compositeurs russes de Tchaïkovski à Chostakovitch en passant par Stravinsky, la musique de Chtchedrine reste incontestablement abordable pour tout mélomane. Ce qui, avec son côté «prévisible» constituera sans doute, pour ceux recherchant de l’original, le revers de la médaille. Gergiev apporte un soin méticuleux à sa réalisation, bien servi par une impeccable restitution SACD, dirigeant un orchestre du Mariinsky des grands jours avec une ampleur, une dynamique et une précision difficilement égalables, animant du mieux possible une œuvre qui de ce point de vue peut s’avérer délicate. Les personnages incarnés par la basse Sergei Aleksahkin dans le rôle principal d’Ivan, la mezzo Kristina Kapustinskaya qui interprète la tzigane Grusha, et le ténor qui tient tous les autres rôles, sont servis avec un engagement intense des trois interprètes vocaux, les amenant ici où là à titiller leur limites sans perdre leur expressivité.

Les deux compléments de programmes tranchent radicalement avec le climat sombre et slave du Voyageur avec deux œuvres nettement plus enjouées et d’inspiration volontiers hispanisante (on y sent même du Gershwin !), aux rythmes vifs, prouvant que Chtchedrine a plus d’une corde à son arc.

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Rodion Chtchedrine (né en 1932) : Le Voyageur ensorcelé ; Le Petit Cheval Bossu : quatre fragments symphoniques ; Concerto pour orchestre n°1. Sergei Aleksahkin, Ivan ; Kristina Kapustinskaya, Grusha ; Evgeny Akimov, Le moine/Le prince/Le vieil homme. Chœur et Orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourgy, direction : Valery Gergiev. 2 SACD Mariinsky MAR0504, code barre 8 2223185042 7. Enregistré les 15-25 juillet 2008 au Théatre Mariinsky à Saint-Pétersbourg. Notice quadrilingue (russe, allemand, anglais, français), livret bilingue (russe, anglais). Durée : 111’11’’

 
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