Sancho Pança de Philidor à la Chabotterie

La Scène, Opéra, Opéras

Saint-Sulpice-le-Verdon. Logis de la Chabotterie – cour d’honneur. 12-VIII-2010. François-André Danican Philidor (1726-1795), opéra-comique Sancho Pança, sur un livret de Poinsinet-le-jeune. Mise en scène et scénographie : Hugo Reyne. Costumes : Jeanine Lérin-Cagnet. Avec : Paul-Alexandre Dubois, Sancho Pança ; Isabelle Druet, Thérèse ; Vincent Bouchot, Lope Tocho & le docteur ; Camille Poul, Juliette & une bergère ; Jeffrey Thomson, Un fermier, Don Crispinos & Torillos. La Simphonie du Marais, direction : Hugo Reyne.

Avec cet opéra-comique qui connut sa première représentation au parisien Théâtre de la Comédie italienne en 1762, apparaît être comme un fin sismographe de la société française à son époque, au point que les historiens des Lumières auraient un vif intérêt à le lire et à l’entendre pour compléter leur socle de sources premières. Le livret – plaisant et écrit en parler paysan phonétique – est un inattendu alliage de Bourgeois gentilhomme (Sancho Pança partage bien des similitudes avec Monsieur Jourdain, tandis que la gente médicale contribue à dénouer l’intrigue) et de conte voltairien (Sancho Pança se conclut comme Zadig). En une intrigue qui, du poème épique de Cervantes, ne retient que le valet, Sancho Pança est le sot et maladroit gouverneur d’une île (comme chez Marivaux, l’île est la métaphore d’un territoire utopique) ; accablé par les charges matrimoniales et politiques qui pèsent sur ses épaules, il renonce au pouvoir et n’aspire qu’à vivre en toute sérénité et paresse.

Quant à la partition, Philidor montre, en soixante-quinze minutes, son grand talent dramaturgique, son imparable talent à ciseler des mélodies courtes qui «parlent» à la mémoire et sa piquante écriture orchestrale. Assurément, ce Sancho Pança est un des piliers de cet opéra-comique qui vivait alors sa première maturité.

Responsable intégral de cette production, a toujours trouvé le ton juste. De cette œuvre agréable mais dont seul le visage est futile, il a mis en valeur les fins dessins mélodiques, le rythme musical (seulement alenti par deux airs rêveurs), l’alacrité rhétorique et le crescendo dramaturgique. Loin de se contenter d’une plaisante bonhommie, il a su donner à chaque numéro son identité et a révélé des stratégies formelles qu’on prête rarement à (gageons quelle ont quelque point commun avec ce jeu d’échecs dont le compositeur fut un des plus grands praticiens et théoriciens de son temps).

D’un plateau vocal compétent, on distinguera (comédien épanoui et chanteur à la voix longue) dont l’inelligence rappelle qu’il fut parmi les derniers élèves de , (elle allie vivacité scénique et haut savoir-faire vocal pour composer le portrait d’une épouse sensée et généreuse) et (sa palette vocale et théâtrale s’affine à chaque production).

En un début de nuit étoilé, le plein air a magnifié cette intelligente production tant , maître des lieux (il dirige le festival Musiques à la Chabotterie que cette production refermait), a su dialoguer avec les éléments naturels pour apporter à Sancho Pança l’élégant équilibre entre joie et sérieux qui fait tout le piment et toute la fragilité de l’opéra-comique.

Cet équilibre se prolongea lors du feu d’artifice tiré après la représentation. Intimement adapté à des extraits d’Atys de Lully que Hugo Reyne enregistra, l’été passé, après l’avoir donné en ces mêmes lieux, ce feu fut un rêve éveillé et (presque) silencieux. Loin de rompre la quiétude nocturne, il la nourrit en toute générosité.

Heureux mortels fûmes-nous…

Crédit photographique : photo © Hugo Reyne

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