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Quand Bruckner offre Dresde à Thielemann

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Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°8. Staatskapelle de Dresde, direction : Christian Thielemann. 2 SACD Hänssler Profil PH10031. Enregistré le 14 septembre 2009 au Semperoper de Dresde. Notice bilingue (anglais-allemand). Durée : 88’57’’

 

Le concert reproduit sur ce double SACD a joué son rôle dans la petite histoire récente de démissions nominations qui s’est déroulée entre Dresde et Munich avec le départ quelque peu abrupt de à Munich où il dirigeait le Philharmonique et son arrivée à la à la suite de Fabio Luisi en partance pour Zurich. Alors qu’il avait déjà manifesté, dès juin 2009, son souhait de quitter son poste à Dresde, Luisi, malade, ne put assurer le second concert de la saison et fut remplacé au pied levé par Thielemann, qui, coïncidence, venait lui aussi d’annoncer qu’il ne renouvèlerait pas son contrat avec Munich. Il demanda expressément un changement de programme pour ce concert enregistré par la radio du Mitteldeutcher Rundfunk au profit de la Symphonie n°8 de Bruckner. L’expérience fut apparemment décisive puisque le 16 décembre 2009, le contrat liant le berlinois Thielemann et l’orchestre saxon fut signé (la photo de cette signature figure d’ailleurs dans le livret). Anecdote cocasse, Lorin Maazel, désormais successeur de Thielemann à Munich, choisit lui aussi, lorsqu’il remplaça «au pied levé» son prédécesseur pour le concert parisien du 13 mai 2010, de jouer la Symphonie n°8 de Bruckner au lieu de la n°5 initialement prévue.

S’il a donc sa place dans la «petite histoire» des chefs, ce concert, ou plutôt l’enregistrement qui nous en est proposé, entre-il pour autant dans la «grande histoire» des enregistrements brucknériens ? Sans doute pas car Thielemann n’atteint pas le niveau de réussite des meilleurs, aussi bien dans l’absolu que rapporté au style d’interprétation choisie. Incontestablement il y a un peu de l’héritage munichois de Celibidache dans la façon lente et solennelle d’aborder cette musique avec en premier lieu un choix de tempo retenu et peu varié (avec près d’une heure trente cette version est parmi les plus lentes de la discographie). L’aspect dramatique passe de fait au second plan face au grandiose de l’architecture qu’on a néanmoins connu plus clair ailleurs. S’il y a bien des climax dans la vision du chef ils ne sont, en dépit ou à cause de la retenue rythmique, pas si bien amenés que ça et du coup l’inexorabilité de leur explosion en est estompée, et son effet réduit. A l’instar de son modèle, Thielemann se met en difficulté pour ce qui relève de l’art de maintenir une tension musicale avec un tempo lent, ce que Celibidache s’est en partie acharné à atteindre sans toujours y parvenir, plombant à nos oreilles, bien de ses enregistrements tardifs. Mêmes causes, mêmes effets ici, avec un défaut récurent, sinon une vraie faute musicale (chacun jugera, mais nous pencherons pour la seconde option) : plus d’une fois les fins de phrases piquent du nez lamentablement, perdant ainsi toute la force maintenue jusqu’çà elles, alors que ces dernières notes devraient se dresser puissamment et majestueusement devant nous. Ce problème fait rater systématiquement les fins de mouvements ou de sections fortissimo.

A son crédit, le chef reste parfaitement cohérent avec lui-même et nous offre une vision qui se tient, servi par un orchestre aux qualités bien connues de clarté et de douceur des attaques, mais qui, dans cette musique nous semble moins idiomatique que les Philharmonies de Vienne et de Berlin qui ont signées de multiples versions de références de cette grandiose symphonie. La performance des instrumentistes est bien là, ils suivent leur chef comme un seul homme, et il est probable que cette interprétation, comme celles de Celibidache d’ailleurs, passe mieux dans l’immédiateté du concert que dans la répétition du disque. Où, dans le style grandiose et statique, Celibidache ou Karajan, dont Thielemann est assez proche ici, l’emportent face au nouveau venu, mais où règnent toujours tout en haut les versions survoltées et dramatiques de Furtwängler ou Abendroth, l’impressionnant Mravinsky, où le parfait serviteur brucknérien Eugen Jochum (liste non exhaustive…)

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Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°8. Staatskapelle de Dresde, direction : Christian Thielemann. 2 SACD Hänssler Profil PH10031. Enregistré le 14 septembre 2009 au Semperoper de Dresde. Notice bilingue (anglais-allemand). Durée : 88’57’’

 
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