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Vêpres de la Vierge… ou de Sainte Barbe, par Roberto Gini

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Claudio Monteverdi (1567-1643) : Vespro della Beata Vergine SV 206 ; Messe à 6 voix a capella « In illo tempore » SV 205. Ensemble Concerto, Coro D.S.G. (chef de chœur : Michele Vannelli), Gruppo Vocale Laurence Feininger (chef de chœur : Roberto Gianotti), Ensemble La Pifarescha, Concerto Palatino, direction : Roberto Gini. 3 CD Dynamic CDS 656/1-3. Code barre : 8007144606565. Enregistré entre 2006 et 2008. Notice en : italien, anglais, français, allemand). Durée : 181’36’’

 

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Les Vêpres de la Vierge semblent être devenues un point de passage obligé pour tout ensemble spécialiste d’instruments anciens, et aussi pour tout label. Du point de vue de la restitution musicologique, l’apport de cette nouvelle version n’est pas flagrant.

L’alternance entre les solistes et le chœur, la transposition de certaines pièces vers une tonalité plus basse, l’interpolation de chant grégorien sont des options couramment choisies ces dernières années. Le plain-chant provient du répertoire de la cour de Mantoue, mais c’était déjà le cas dans la version de Jordi Savall (Alia Vox), elle aussi partiellement enregistrée dans la Basilique Santa Barbara, et elle aussi appuyée sur les thèses de Paola Besutti, qui relie l’œuvre au culte de Sainte-Barbe, patronne de la ville. Certes, ce ne sont pas les mêmes séquences qui sont utilisées ici, mais, en l’absence de textes chantés dans la notice, il est difficile d’apprécier la pertinence de ces passages, d’ailleurs remarquablement chantés par le Gruppo Vocale Laurence Feininger. En fin de compte, se distingue plus sûrement de la concurrence en offrant la Messe «In illo tempore». Seuls Robert King (Hyperion) et Masaaki Suzuki (BIS) proposaient jusque là l’intégralité du recueil tel qu’il a été publié en 1610.

La Messe constitue justement la part la plus satisfaisante de l’album, portée par des voix moins préoccupées de rayonner que de se fondre dans l’humble beauté d’une œuvre sans doute moins flamboyante que les Vêpres, mais non moins belle. La réussite est plus inégale ailleurs, tout comme la prise de son, qui oscille bizarrement entre la réverbération de l’église et la sécheresse du studio. , comme il l’explique dans la notice, entend retrouver, pour les tempos, «les proportions indiquées par Monteverdi». Il en résulte une interprétation vraiment lente par rapport à l’usage récent qui n’est, pour le chef, qu’une «esthétique faussée», née de la «frénésie générale qui caractérise notre époque». Sans doute y a-t-il du vrai dans cette thèse, mais, dans les faits, l’impulsion rythmique s’épuise, toute cadence de phrase donnant lieu à un ralentissement supplémentaire. Les passages explicitement guerriers (Dixit Dominus) manquent de relief, les effets d’imitation sont étouffés, les contrastes aplanis.

Néanmoins, l’interprétation ne manque pas de qualités Quelques problèmes de justesse mis à part, on apprécie les voix franches des solistes de l’Ensemble Concerto et, de nouveau, l’excellence du Chœur D. S. G. Leur expressivité paraît sévèrement tenue en bride, mais la virtuosité, déliée et sûre, rend un peu de sensualité aux fioritures du Nigra sum et à la superbe ornementation qui glose l’Audi cœlum. Quant aux instrumentistes, ils donnent une beauté exceptionnelle à la Sonate et à leurs interventions dans le Magnificat à sept voix. Volontairement dénuée de la séduction de ses rivales, cette version s’adresse plutôt aux mélomanes qui souhaitent approfondir leur connaissance d’un monument toujours plus fascinant.

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