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Kirsten Flagstad, quand la voix se sculpte dans le marbre !

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Richard Wagner (1813-1883) : Wesendonck-Lieder ; extraits de Tristan und Isolde ; et de Götterdämmerung. Richard Strauss (1864-1949) : Vier letzte Lieder ; extrait de Elektra. Kirsten Flagstad, soprano. Orchester der Städtischen Oper Berlin, direction : Georges Sebastian. 2 CD Audite 23. 416. Code-barre : 4022143 234162. Enregistrement effectué sur le vif les 9 et 11 mai 1952 au Titania-Palast de Berlin. Qualité d’enregistrement : AAD. Notice de présentation bilingue (allemand et anglais). Durée : 54’38’’et 42’17’’

 

Le présent album propose la captation de deux concerts donnés par à Berlin en mai 1952, sans doute à une période où la grande cantatrice, alors âgée de 57 ans, avait atteint le plus bel équilibre entre ses moyens vocaux, de tous temps immenses, et ses capacités d’expression, parfois limitées par un tempérament jugé par certains de nature plutôt placide. Ici, on reste bouche bée devant le déploiement de cet organe qui semble, pour l’éternité, sculpté dans la pierre, et qui révèle tout au long des superbes pages de ce double programme la splendeur de drapés véritablement marmoréens. La voix façonne à l’infini des phrasés d’une ineffable beauté, à peine gâchés par un aigu qui, même du temps des plus belles années, avait toujours été quelque peu rebelle. C’est sans doute la difficulté à tenir une tessiture relativement élevée qui explique l’absence, dans les Vier letzte Lieder, du très exposé «Frühling», généralement entendu de nos jours par des voix beaucoup plus lyriques ; lors de la création londonienne de mai 1950, sous la baguette de Wilhelm Furtwängler, Flagstad avait déjà été contrainte de négocier certaines notes les plus aiguës de ce morceau. L’absence d’un des Quatre derniers Lieder sera ici compensée par un son d’une bien meilleure qualité que celui de la version londonienne de Flagstad…

Les Wesendonck-Lieder permettront en revanche à l’auditeur de découvrir une voix plus fraîche que celle que l’on entend sur la gravure réalisée quatre ans plus tard pour Decca, sous la baguette de Hans Knappertsbusch ; on préfèrera également la version figurant sur cet album à celle enregistrée plus tôt dans la carrière de Flagstad avec la participation de , l’intimité découlant de l’accompagnement pianistique ne convenant pas particulièrement aux grandes orgues de la diva norvégienne.

Les extraits de Tristan et du Crépuscule ont été maintes fois gravés ailleurs, mais le direct du concert confère à Flagstad une urgence qu’elle n’a pas toujours su trouver ailleurs, ni en studio, ni sur les scènes de ses années de jeunesse. On recommandera tout particulièrement la plainte d’Isolde du troisième acte, sans la plus émouvante des versions léguées à la postérité, et cela en dépit d’un «montage» musical pour le moins surprenant, qui permet d’enchaîner directement le morceau en question au «Liebestod» final…

Moins connu sans doute, dans la discographie de Flagstad, est le monologue d’Elektra «Orest! Orest!», qui permet une fois encore à l’interprète de déployer un legato irréel, qui fera taire tous ceux qui ont un jour ironisé sur la supposée froideur interprétative de la cantatrice. Comme le rappelle fort justement l’auteur de la belle plaquette qui accompagne cet album, l’absence d’effort, loin d’être une marque de mollesse ou d’indifférence, est précisément la qualité qui permet au drame intérieur de se jouer et de se libérer dans l’aisance et le naturel de la déclamation.

Sans atteindre les sommets de certaines références discographiques qui ont marqué la carrière de la diva – qui ne connaît pas le mythique Tristan de Furtwängler ? –, et l’orchestre de l’Opéra de Berlin proposent à ces deux concerts un écrin particulièrement adapté, à la fois sécurisant pour la chanteuse et stimulant pour l’auditeur.

Nul doute que ce CD sera une révélation pour quiconque ne connaîtrait pas l’art et la voix de . Pour les initiés, il constituera une pierre marquante dans l’évolution du parcours vocal et artistique de la cantatrice.

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Richard Wagner (1813-1883) : Wesendonck-Lieder ; extraits de Tristan und Isolde ; et de Götterdämmerung. Richard Strauss (1864-1949) : Vier letzte Lieder ; extrait de Elektra. Kirsten Flagstad, soprano. Orchester der Städtischen Oper Berlin, direction : Georges Sebastian. 2 CD Audite 23. 416. Code-barre : 4022143 234162. Enregistrement effectué sur le vif les 9 et 11 mai 1952 au Titania-Palast de Berlin. Qualité d’enregistrement : AAD. Notice de présentation bilingue (allemand et anglais). Durée : 54’38’’et 42’17’’

 
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