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La Cambiale di matrimonio de Rossini à Bastia

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Bastia, Théâtre Municipal. 02-X-10. Gioachino Rossini (1792-1868) : La Cambiale di matrimonio, opéra bouffe en un acte sur un livret de Gaetano Rossi. Mise en scène, adaptation et décors : Vincent Vittoz  ; costumes : Isabelle Huchet. Avec : Vannina Santoni, Fanny ; Irina de Baghy, Clarina ; Xavier de Lignerolles, Edoardo ; Vincent Deliau, Slook ; Jean-Daniel Senesi, Norton ; Jean-Michel Sereni, Tobia Mill. Ensemble instrumental de Corse, direction : Yann Molénat

C’est avec La Cambiale di matrimonio (Le Contrat de mariage) sous le signe de la joie et de la bonne humeur que s’est ouverte la saison du Théâtre municipal de Bastia.

L’intrigue est simple et légère, comme il convient pour un petit opéra bouffe en un acte : un père désire donner sa fille en mariage à un riche Canadien, marché rentable qui lui permettrait de rembourser ses dettes, mais… la jeune femme a déjà «hypothéqué» son cœur pour un pauvre et beau jeune homme – ce qui donne lieu à des rebondissements multiples, menés avec verve. Bien plus qu’une simple ouverture de saison, il s’agissait ce week-end d’un véritable enjeu, à savoir réintroduire l’opéra en Corse et renouer avec le genre lyrique peu présent sur l’île depuis vingt ans.

La distribution scénique et l’orchestre ont mélangé Corses et musiciens «du continent», jeunes solistes et musiciens aguerris, tous hautement professionnels. Les chefs de pupitre des grandes formations françaises encadraient les plus jeunes, avec une atmosphère d’émulation et d’enthousiasme communicatif. Les personnages avaient l’âge de leur rôle, ce qui a permis fraicheur, entrain et vivacité, dans l’esprit de Rossini lui-même âgé de dix-huit ans au moment de la composition.

L’œuvre originale a été transposée et mise en scène dans une petite entreprise d’import-export des années 1940, avec un rythme d’action calme plutôt qu’endiablé. Chaque scène ménageait toutefois, dès l’ouverture, des effets ou actions en nombre suffisant pour animer le plateau et provoquer sourires ou éclats de rire dans l’auditoire. Qu’il s’agisse du père, du jeune couple de bonne famille, de la secrétaire adepte de films américains, du petit employé marxiste ou de l’extravagant canadien, chaque personnage était drôle et possédait sa propre individualité. Cette personnalisation des rôles a été facilitée par les tempos modérés, aux antipodes du Rossini trépidant que l’on entend souvent, ainsi que par la présence de dialogues parlés en français, adaptations libres des récitatifs italiens. Ce choix judicieux a permis une immersion dans l’œuvre, une communication plus directe avec le public et des clins d’œil à la comédie musicale. La dimension théâtrale, avec ses jeux scéniques, a été accentuée, et les chanteurs se sont révélés des comédiens aussi talentueux que facétieux.

Le rythme s’est installé progressivement et les dialogues parlés ainsi que le parti-pris de modération ont offert des éclairages a priori inattendus pour une petite farce de Rossini : moments d’attente, de tendresse et caractérisation de chaque personnage. Des jeunes premiers aux seconds rôles, chacun a eu son moment de lumière. Les multiples changements d’humeur ont aussi occasionné de subites accélérations rythmiques, avec un jeu sur la vélocité du débit parlando rapide. Ces moments, qui exigent une diction impeccable, ont été particulièrement animés par les deux négociants. On a apprécié les talents de comédien du père, la prestance du Canadien, les manies des deux employés. La piquante Fanny et son passionné amant Edoardo, avec leur bel canto expressif, ont su être à la fois drôles et affectueux. Deux jeunes révélations. La scène du duel a été hilarante, avec ses personnages ridicules, et le finale à rebondissements s’est enchaîné avec vivacité. L’entente entre fosse d’orchestre et plateau était audible et même manifeste, avec quelques apostrophes au chef d’orchestre et des chanteurs inspirés par la musique au point de se mettre à danser dessus. De l’ouverture au Finale, l’orchestre est resté toujours clair, frais et joyeux, dirigé avec adresse et bonne humeur. En bref, une excellente soirée qui, espérons-le, circulera dans d’autres villes et donnera envie à Bastia de recréer une saison lyrique !

Crédit photographique © Marianne Tessier

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Bastia, Théâtre Municipal. 02-X-10. Gioachino Rossini (1792-1868) : La Cambiale di matrimonio, opéra bouffe en un acte sur un livret de Gaetano Rossi. Mise en scène, adaptation et décors : Vincent Vittoz  ; costumes : Isabelle Huchet. Avec : Vannina Santoni, Fanny ; Irina de Baghy, Clarina ; Xavier de Lignerolles, Edoardo ; Vincent Deliau, Slook ; Jean-Daniel Senesi, Norton ; Jean-Michel Sereni, Tobia Mill. Ensemble instrumental de Corse, direction : Yann Molénat

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