Un label historique anglais de bonne qualité sonore mais de présentation sommaire

À emporter, Actus Prod, CD, Musique symphonique

Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893) : Sérénade pour cordes en ut majeur op. 48 ; Symphonie n°4 en fa mineur op. 36. Anatoli Liadov (1855-1914) : Berceuse, n°6 des Huit Chants Populaires Russes op. 58. The Philharmonia Orchestra, direction : Issay Dobrowen. 1 CD-R Historic Recordings HRCD00035. Pas de code barre. Enregistré entre le 24 juin 1946 et le 3 février 1948 au Studio n°1 de EMI, Abbey Road, Londres. ADD [mono]. Pas de notice. Durée : 74’24.

 

Le récent label britannique nommé simplement Historic Recordings, entreprise de Paul Terry, vient de nous faire parvenir deux disques consacrés l’un à Tchaïkovski et Liadov par Issay Dobrowen (1891-1953), l’autre à Liszt et Berlioz sous la baguette de (1875-1941).

Ce label est un peu l’équivalent de son confrère français Forgotten Records, à quelques nuances près : tous deux publient des enregistrements historiques en CD-R produits à la pièce à la demande, mais alors que Alain Deguernel, qui ne traite que des microsillons, apporte un soin tout à la fois à la qualité sonore et à la présentation recto-verso très précise et complète de ses réalisations Forgotten Records, jusqu’aux autocollants imprimés fixés sur les CD-R mêmes, on ne peut en dire autant des disques Historic Recordings présentés en slim-case accompagnés d’un simple feuillet dont le verso ne précise ni l’énoncé de chacun des mouvements des œuvres, ni leur durée ; pour le disque Meyrowitz, le nom de l’orchestre n’est même pas mentionné. De plus, une simple inscription manuscrite au marqueur directement sur les CD-R en indique simplement le numéro de catalogue et le nom du chef d’orchestre… Pour des produits dans le circuit commercial, c’est un peu limite, mais précisons d’emblée que cette disette est compensée en grande partie par l’excellence des transferts.

À ce niveau, c’est le disque Dobrowen qui est le meilleur au point de vue sonore, car moins filtré que le CD-R Meyrowitz. Par ailleurs, alors que Historic Recordings propose également le téléchargement payant de ses produits, il est assez curieux de constater que les transferts du disque Dobrowen sont exactement identiques à ceux disponibles en téléchargement gratuit sur l’un des nombreux blogs consacrés aux gravures historiques : Neal’s Historical Recordings, qui en est réellement leur auteur… Allez comprendre ! …

 

Les gravures 78 tours de cet excellent programme russe, essentiellement consacré à Tchaïkovski, n’avaient jamais été publiées, à notre connaissance, ni en microsillon, ni en CD. C’est donc avec grands plaisir et intérêt que nous les accueillons ici (d’autant plus que les transferts sont excellents), EMI n’ayant pas favorisé les rééditions Dobrowen, hormis son Boris Godounov ou certains de ses remarquables accompagnements de prestigieux solistes ou chanteurs comme Bronisław Huberman, Ginette Neveu, Nikolaï Medtner, Solomon, Artur Schnabel, Kirsten Flagstad ou Boris Christoff. L’audition de ce disque prouve à l’évidence les affinités de Dobrowen envers le répertoire russe : on se souvient de ses interprétations superlatives d’œuvres de Rimski-Korsakov telles que les suites symphoniques Shéhérazade, Le Tsar Saltan et Le Coq d’Or qui sont des classiques du disque exceptionnels. Les répétitions ennuyaient Dobrowen, et il est pour le moins remarquable d’avoir pu ainsi obtenir de tels résultats avec le fraîchement fondé par l’exigeant Walter Legge : si on connaît bien la belle aventure Philharmonia–Karajan, l’association Philharmonia–Dobrowen ne doit en aucun cas être sous-estimée, le chef russe ayant peut-être contribué plus intensément, pendant le peu de temps qui lui restait à vivre, au succès de la jeune phalange londonienne qui, de toute évidence, le lui rendait bien.

La Sérénade en ut majeur fait vibrer les cordes du Philharmonia avec une ampleur sonore dont nous ne sommes hélas plus coutumiers, ce qui n’empêche pas Dobrowen d’obtenir des délicatesses infinies dans la célèbre Valse et surtout dans l’admirable Élégie. On notera la coupure d’une petite répétition à la fin de l’Allegro moderato du premier mouvement, probablement due à la durée limitée du disque 78 tours. L’album original comportait en complément la très mélancolique Berceuse extraite des Huit Chants Populaires Russes de Liadov, et nous la retrouvons ici sur ce disque, coincée entre les deux grandes œuvres de Tchaïkovski.

La Symphonie n°4 en fa mineur reçoit ici une interprétation qui n’est pas sans évoquer l’extraordinaire version d’Evgueny Mravinsky, mais quelque 12 ans auparavant, vision prémonitoire pleine de fougue et d’une précision effarante, avec l’un des meilleurs Finale Allegro con fuoco, l’une des toutes grandes interprétations disponibles au disque.

Il est à espérer qu’un éditeur courageux envisagera la réédition des autres 78 tours non publiés avec le (notamment un excellent Carnaval Romain de Berlioz) ainsi que les gravures Parlophone-Odeon réalisées avec l’Orchestre de l’Opéra d’État de Berlin.

(1811-1886) : Les Préludes, poème symphonique n°3 S. 97. (1803-1869) : Symphonie Fantastique op. 14. , direction : . 1 CD-R Historic Recordings HRCD00037. Pas de code barre. Enregistré à Paris en mars 1934. ADD [mono]. Pas de notice. Durée : 62’17.

On ne peut vraiment dire que le nom de Selmar Meyrowitz, élève de Carl Reinecke et de Max Bruch, dise encore grand-chose aux discophiles d’aujourd’hui. Et pourtant ce chef d’orchestre allemand – de son vrai nom Salomon Reinmar Meyrowitz – acquit une certaine renommée en devenant le premier à graver, en 1935 à Paris, la Faust-Symphonie de Liszt, que d’aucuns estiment être toujours la meilleure version commise au disque, surclassant même les deux enregistrements de Leonard Bernstein… Mais hélas, trois fois hélas, la version est quelque peu tronquée… C’est malheureusement également le cas de cette Symphonie Fantastique où sont omises les mesures 439 à 460 incluse du premier mouvement Rêveries, Passions, et les mesures 127 à 186 incluse (première citation du Dies Irae, antécédent et conséquent) du Finale Songe d’une Nuit de Sabbat. C’est inadmissible pour la structure de l’œuvre. Avec le même orchestre, Pierre Monteux nous avait offert bien auparavant, en janvier 1930, une version bien plus convaincante, et surtout vraiment complète, sans compter la gravure acoustique – la toute première de l’ouvrage – de Rhené-Bâton et l’Orchestre des Concerts Pasdeloup en 1923… Dès décembre 1949, dans la Revue «Disques» n°19/21, Armand Panigel écrivait : «En 1935 [?], Meyrowitz l’enregistrait pour Pathé ; à l’époque, la gravure avait paru saisissante et avait même mérité le Grand Prix de l’année. Réentendue aujourd’hui, on s’étonne de l’enthousiasme des discophiles d’alors : la direction de Meyrowitz ne présente aucune qualité qui nous pousserait à préférer sa version.»

On peut en dire autant de ces Préludes de Liszt, qui au moins ont le mérite d’être complets ! …

Un moment parmi d’autres dans l’histoire du disque…

Transferts honnêtes de Damian Rogan, peut-être un peu trop filtrés pour une pureté sonore optimale.

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