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Schubert en a rêvé, Jonas Kaufmann l’a fait

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Théâtre des Champs Elysées. 14-X-2010. Franz Schubert (1797-1828) : Die schöne Müllerin D. 795. Sur des poèmes de Wilhelm Müller. Helmut Deutsch, piano. Jonas Kaufmann, ténor.

Avec un récital de lieder au Théâtre des Champs Elysées donné à guichets fermés en ce début d’année, n’a plus rien à prouver à Paris. Peut-être en doute-t-il mais le ténor allemand n’a besoin de rien d’autre qu’être lui-même pour gagner le cœur de la capitale.

Venu présenter «La belle meunière» dans le cadre des «Grandes Voix», fait l’unanimité parmi les spécialistes, les fans d’opéras et même le grand public qui l’a découvert en direct de la Scala dans Carmen, en décembre dernier sur Arte. Sans doute parce que sa version est aussi raffinée et complexe qu’accessible.

Son arme fatale n’est pas sa plastique physique – bien trop documentée par les médias – ni même l’élasticité exceptionnelle de sa voix, profonde et homogène dans tous les registres. C’est son pouvoir expressif. Son flair qui sait faire monter la tension dramatique.

Ces lieder lui donnent d’autres challenges aussi. L’intimité d’abord – qu’il n’a pas osé exploiter entièrement avec le public – puis le détail qu’il pousse plus loin qu’au disque et enfin le pittoresque. Dans ce domaine, il est unique. A la manière d’un peintre, il hiérarchise, superpose, jongle avec les plans grâce à des nuances infimes et des modulations exquises du timbre. Cette magie-là, cette «perspective aérienne», le disque ne peut malheureusement nous en parler.

Avec cette force que donne à l’acteur le savoir-faire, la capacité de passer du drame à la légèreté sans laisser de traces, Jonas Kaufmann chante avant tout pour exprimer quelque chose. C’est ce qui en fait un vrai poète. Le comparer à Brel est au-delà du raisonnable et pourtant… le timbre fantomatique des Fleurs séchées et l’articulation explosive du Chasseur ont trouvé leur force dans la proximité avec la voix parlée.

Jonas Kaufmann secoue, emporte, fait vibrer – que Schubert aurait aimé toucher par l’opéra. Oui, en l’écoutant on se sent vivre et le public est là pour ça. Il semble que ce dernier ait pris plus de plaisir à ce concert que le chanteur lui même, même accompagné du discret mais intuitif qui ourdit si bien les atmosphères. Mais qu’importe, c’est une générosité qu’on n’est pas prêt d’oublier.

Crédit photographique : photo © DECCA/Uli Webber

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