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Vanessa, beaucoup de Wagner pour si peu de Schubert

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Franz Schubert (1797-1828) : Sonates et impromptus ; Quatre impromptus, D899  ; Sonate pour piano n°13 en la majeur, D664 ; Sonate pour piano n°14 en la mineur, D784. Vanessa Wagner : piano Steinway. Enregistré en juin 2010 au Théâtre-Auditorium de Poitiers. 1 CD Aparté. Réf AP 008. Code barre : 794881978328. Livret en français et anglais. 2010. Durée totale 77’52’’.

 

Il fallait bien un long texte d’explication personnel, présent dans le livret, pour commencer à comprendre pourquoi , que l’on n’a jamais eu l’habitude d’entendre dans ce répertoire, se décide à enregistrer quelques classiques schubertiens. La pianiste, forte de ses dix ans de succès international, fait une pause, se replie sur elle-même, repense au Schubert de son enfance, s’imprègne de la personnalité du compositeur, des interprétations de Brendel qu’elle chérit tant et travaille sa vision de l’introspection schubertienne. L’on sait attachée à la partition. Travailleuse infatigable, elle survole le répertoire pianistique du classique Mozart au contemporain Dusapin en alliant humilité et brio. Mais cela suffit-il lorsqu’on s’attaque au monstre Schubertien ? Avec le Schwammerl, le travail seul ne suffit plus. Il faut aller chercher au plus profond de soi-même ce qui en fait un compositeur à part, ce qu’il cherche à nous dire de son mal-être, de sa personnalité double, de sa faculté à cultiver sa mélancolie pour la restituer avec force entre deux courts moments de paix intérieure. semble l’avoir très bien compris puisqu’elle l’écrit. Mais en sommes-nous convaincus ?

soigne la partition et choisit de livrer un Schubert aérien, presque lyrique. Elle semble cependant accorder aux «divines longueurs» de Schumann une place trop importante et s’éloigne totalement du peu de pathos qui donne la profondeur nécessaire. Ses accélérations se transforment souvent en précipitation, s’arrêtent là où au contraire il faudrait mettre l’accent. Le quatrième impromptu D899 en devient méconnaissable, joué «à la russe» avec Scriabine en tête ? Nous restons vraiment perplexes … S’il s’agissait d’un petit accident de parcours, nous aurions envie de vite oublier mais malheureusement l’impression reste la même tout au long de l’écoute du disque. Le premier mouvement de la Sonate en La Majeur est interprété avec une grâce lourde, la mélodie hachée, plombée par le rythme. Encore une fois, nous n’arrivons pas à vraiment rentrer dans ce qui nous fait aimer Schubert. Vanessa Wagner donne du clinquant, veut faire briller là où le compositeur doit nous faire pleurer ou languir. Du coup, l’écoute se transforme en véritable marathon. Le Schubertophile qui sommeille en nous ne s’y reconnaît pas, presque agacé de tant de Wagner pour si peu de Schubert.

On ne peut pas reprocher à Vanessa Wagner de vouloir donner la vision de son Schubert. Celle-ci convaincra ou suffira sans doute à ses fans de toujours mais elle aura du mal à passer auprès des schubertophiles, bien plus exigeants.

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