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Ravel : l’Enfant et les sortilèges

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Liège. Salle philharmonique. 23-XII-2010. Maurice Ravel (1875 – 1937) : Ma mère l’Oye : ballet en six tableaux. ; L’enfant et les sortilèges. Opéra en deux parties, sur un livret de Colette. Anne Maistriau : la Chauve-Souris, une Pastourelle ; Mélanie Boisvert : le Feu, le rossignol ; Julie Mossay : la Bergère, la Chouette ; Mélanie Ricciolini : la Princesse des fées ; Joëlle Charlier : la Libellule, la Tasse chinoise, Maman ; Marie-Laure Cœnjarts : l’Enfant ; Isabelle Everarts de Velp : la Chatte, l’Ecureuil, un Pâtre ; Nicolas Bauchau : la Théière ; Vincent Lesage : l’Arithmétique, la Rainette ; Olivier Berten : l’Horloge comtoise, le Chat ; Sébastien Parotte : un Arbre, le Fauteuil.  ; Chœur symphonique de Namur, direction : Patrick Baton ; Les Pastoureaux, chœur d’enfants, direction : Philippe Favette ; Orchestre philharmonique de Liège, direction : Pascal Rophé

Orchestre philharmonique de Liège

La neige s’est invitée comme trouble-fête à l’occasion du traditionnel concert de Noël de l’OPL. La paralysie complète de la ville causée par ces intempéries s’est fortement remarquée à l’occasion de ce concert. Le plus confidentiel des concerts de la phalange liégeoise n’a en effet certainement jamais été présenté face à une salle aussi désemplie. C’est d’autant plus regrettable que le programme qui nous occupe proposait une précieuse rareté : l’opéra miniature L’enfant et les sortilèges de Ravel. L’œuvre est rarement jouée et constitue de fait un véritable casse-tête pour une maison d’opéra qui souhaiterait la mettre à l’affiche. Sa brièveté conjuguée au nombre important de rôles à distribuer et aux effectifs multiples (chœur mixte, chœur d’enfant) la rendent de fait très difficilement « rentable » dans un théâtre lyrique. Il s’agissait donc de la part de l’OPL d’une programmation audacieuse autorisant la découverte de cette partition à la maigre poignée d’élus ayant su se déplacer à la salle philharmonique. En prélude à cet opéra concertant, c’est la musique intégrale du ballet Ma mère L’Oye et non la traditionnelle suite pour orchestre qui nous était présentée. Cette ultime évolution de la pièce écrite à l’origine pour piano à quatre mains ajoute à la célèbre suite symphonique un prélude, quatre interludes ainsi qu’un tableau supplémentaire, à savoir la Danse du rouet. défend bien cette musique, habitué à décortiquer la musique du XXème siècle. On apprécie les solistes de l’orchestre comme la flûte diaphane qui se superpose délicatement sur le velouté des cordes, mais dans l’ensemble, cette interprétation pèche par un certain narcissisme. En cherchant l’esthétique à tout prix, l’orchestre se montre un narrateur peu captivant et ce tout particulièrement dans les interludes. La suite traditionnelle aurait sans doute été plus convaincante, mais trop maigre pour pouvoir occuper à elle seule une première partie de concert.

Dans L’enfant et les sortilèges, nous retrouvons un orchestre inspiré, et apporte à la partition de Ravel une vigueur et un souffle poétique admirable. Autour de lui, onze jeunes chanteurs pratiquement tous formés en Belgique nous révèlent le texte de Colette. Certaines personnalités s’illustrent particulièrement. Tout d’abord , dont le timbre riche et la précision dans la diction laissent présager une prometteuse carrière ou encore Marie-Laure Cœnjarts qui apporte au personnage de l’enfant une consistance illustrant subtilement la complexité de la psychologie enfantine. L’œuvre propose certaines scènes particulièrement jouissives. Le dialogue truculent entre une tasse chinoise également interprétée par et une théière (Nicolas Bauchau) laisse s’emporter l’orchestre dans une alternance de références au jazz et de musique chinoise de pacotille. L’orchestration de Ravel y est brillante et le livret de Colette fait mouche dans le registre de l’humour en multipliant les jeux de mots. La scène fantasque de l’arithmétique est moins convaincante. Vincent Lesage peine à s’imposer face à l’orchestre tandis que le chœur d’enfant « Les Pastoureaux » se désunit trop rapidement de l’orchestre et n’évite pas une désagréable désynchronisation entre l’orchestre et les chœurs. Le chœur symphonique de Namur offre une prestation honorable et apporte une belle conclusion à l’œuvre dans le tableau final s’achevant sur un ultime appel de l’enfant à sa mère juxtaposé aux accords de l’orchestre exprimant un profond apaisement. Au terme de ce concert, invite les musiciens à réinterpréter en guise de bis la scène de l’arithmétique. Idée sympathique permettant au chœur d’enfant de s’illustrer à nouveau, mais d’un intérêt musical discutable… Le programme déjà fort court aurait gagné à être agrémenté d’une réelle surprise. Peut-être pour l’année prochaine?

Crédit photographique : Pascal Rophé © Katie Vandyck

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