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Première biographie de Delius en français

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Frederick Delius. Jérôme Rossi. Editions Papillon, Genève. 258 pages. ISBN : 2-940310-38-6. Septembre 2010.

 

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Enfin on la tient, la première biographie en français sur  !

La France a toujours boudé ce compositeur anglais qui a pourtant vécu trente-sept ans dans le village de Grez-sur-Loing, non loin de Fontainebleau et y a écrit des pages d’une poésie merveilleuse, la cantate océanique Sea-Drift, des miniatures de jardin envoûtantes comme In a Summer Garden, On Hearing the First Cuckoo in Spring, la «rhapsodie anglaise» Brigg Fair, l’opéra A village Romeo and Juliet…

Alors qu’est-ce qui ne va pas avec Delius ? Pas mal de choses en fait. Il est un poète des sons et non un bâtisseur de structures, ce qui blesse le goût français pour la clarté et la construction. Ses influences musicales principales sont la musique nordique, Grieg en particulier, et les mélodies afro-américaines découvertes lors de son séjour en Floride – où il tentait de faire fructifier sa plantation d’orangers. Delius est mort en 1934, et ce n’est qu’aujourd’hui que la France commence à découvrir sérieusement qu’il y a une musique valable au nord de Hambourg et de Berlin ! Le goût des mondanités, la fréquentation des salons ? S’il cède à cette nécessité, c’est pour rêver de repartir à la campagne pour s’abandonner à la méditation. Les concerts ? Même ceux qui lui sont consacrés peuvent l’ennuyer, comme en 1901 lorsqu’il est en vogue en Allemagne : «Je suis malade à l’idée de perdre mon temps à des concerts, quand ils ne sont pas absolument nécessaires à mon épanouissement. Je me fiche d’une quelconque célébrité et serais bien mieux à travailler». A-t-il révolutionné la musique, fait table rase du passé ? Que nenni. A-t-il asséné à ses contemporains des leçons péremptoires, joué au gourou entouré de disciples, au patriarche ? Rien de tout cela, il préférait les peintres aux musiciens.

Ceci étant la France s’ouvre, les repères anciens se perdent. La poésie redevient une valeur qui en vaut bien d’autres, l’attrait pour la nature s’est développé, l’abstraction intellectuelle comme mètre étalon de la valeur créative perd de son poids. La capacité de l’individu à sortir d’un système de pensée plaît davantage, et s’abîmer dans la contemplation de la Nature pourrait même être une vertu. Delius n’était pas qu’un esthète éthéré. Il aimait bien aussi les plaisirs de la chair, qu’il a chèrement – si l’on peut dire – payé d’une syphilis, contractée auprès d’une maîtresse de Gauguin. Le temps de Delius approche peut-être.

trouve le juste ton pour défendre l’art de ce compositeur, qui vaut bien mieux que la condescendance avec laquelle les compositeurs français de son temps (et du nôtre) l’ont traité. Rossi met en valeur le rôle essentiel de personnages clés comme sa femme peintre Jelka Rosen ou son assistant Eric Fenby, et éclaire les zones d’ombres du compositeur, son égoïsme de créateur en particulier. La biographie se lit presque comme un roman, et l’iconographie de grande qualité achève de faire de ce premier ouvrage une référence sur le compositeur.

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Frederick Delius. Jérôme Rossi. Editions Papillon, Genève. 258 pages. ISBN : 2-940310-38-6. Septembre 2010.

 
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