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Lyon. Auditorium. XI-II-2011. Franz Schubert (1797-1828) : Trois Moments musicaux D 780, Sonate n°11 en fa mineur D 625 ; Robert Schumann : Humoresque en si bémol majeur op. 20, Carnaval de Vienne op. 26. Arcadi Volodos, piano.


À Lyon, a tenu hautement son rang de «grand interprète», du nom de la série de concerts proposée par l’Auditorium Maurice Ravel. Le triomphe réservé par le public de cette (gigantesque) salle récompense à la fois une virtuosité infaillible et une profonde sensibilité.

Pourtant, les dons exceptionnels du pianiste russe ne sont pas démontrés d’emblée. Dans la partie Schubert, Volodos cède à un certain maniérisme et multiplie les intentions. Sa main gauche effectue ainsi un staccato discutable à l’entrée du second thème du deuxième Moment musical. Une recherche d’originalité qui confine à la vanité. Volodos agace aussi quelque peu dans la Sonate n°11 D 625, semblant contempler son propre talent. La légèreté de son toucher est certes miraculeuse, mais il s’écoute décidément trop jouer. Son attitude revêche – entrée sur scène particulièrement sèche – rebute également. Il faut donc attendre Schumann pour être véritablement séduit.

Mais déjà, certains partis pris signalent un artiste d’une grande maturité dans son rapport aux œuvres. Comme ce choix d’écarter le Moment musical n°3, trop convenu, pour sauter directement au cinquième, beaucoup plus conclusif, avant de poursuivre avec la sonate. Cette dernière est elle-même augmentée de l’Adagio D 505, publié séparément, mais sans doute voué à lui tenir lieu de mouvement lent. C’est une option très pertinente, inusitée dans la plupart des enregistrements des Sonates de Schubert et qui gagnerait à être popularisée.

L’Humoresque de Schumann offre à Volodos l’occasion de faire éclater son génie. Œuvre fantasque et changeante, elle oblige le pianiste à alterner sans répit entre rire et larmes. Schumann lui-même serait passé par ces deux états en la composant. Volodos en déjoue la complexité technique et mélodique avec une aisance déconcertante et s’installe dans chacun des nombreux motifs avec une expressivité merveilleuse. Son interprétation est littéralement transcendante, puisqu’elle dépasse la simple virtuosité pour insuffler à l’œuvre le ton rêveur et plein d’humour de Schumann, qui est la marque même du romantisme allemand.

Son Carnaval de Vienne est un modèle d’achèvement pianistique. Rarement ces pages, dont les tableaux caractéristiques explorent des humeurs et des personnages variés, ont été comprises et interprétées avec une telle perfection. Ce qu’ donne à entendre, c’est la voix pittoresque d’un Arlequin bouillonnant, puis morose, enfin de nouveau enjoué. Cette voix rencontre des résonances multiples, que les mains de Volodos font courir sur tout le clavier à une vitesse folle, en les superposant au motif central. Le spectacle est grandiose !

Premier de quatre bis, un Oiseau-prophète délicieusement mystérieux clôt la partie Schumann. Puis, viennent deux pièces de Granados, particulièrement brillantes. Sous les acclamations d’un public debout, Volodos revient une dernière fois pour une Sicilienne de Bach d’après Vivaldi, douce conclusion d’un concert exceptionnel.

Crédit photographique : Arcadi Volodos © DR

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Lyon. Auditorium. XI-II-2011. Franz Schubert (1797-1828) : Trois Moments musicaux D 780, Sonate n°11 en fa mineur D 625 ; Robert Schumann : Humoresque en si bémol majeur op. 20, Carnaval de Vienne op. 26. Arcadi Volodos, piano.

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