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Ensemble Baroque de Toulouse : Florilège baroque du mythe fondateur

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Bessières (31). Espace Soleiha 18 II 2011. « Orphée un opéra imaginaire ». Extraits d’opéra de Jacopo Péri (1561-1633) : Euridice (1600) ; Claudio Monteverdi (1567-1643) : Orfeo (1607) ; Luigi Rossi (1598-1653) : Orfeo (1647) ; Christoph Willibald von Glück (1714-1783) : Orfeo ed Euridice (1662) Franz Joseph Haydn (1732-1809) : Orfeo ed Euridice ou L’Anima del filosofo (1791). Éliette Parmentier, mezzo, Eurydice ; Bertrand Dazin, alto, Orfeo. Ensemble Baroque de Toulouse : Christophe Geillier, Martine Tarjabayle, violons ; Jean-François Gouffault, alto ; Alice Mathé, violoncelle ; Christine Genet, clavecin ; Kentaro Suzuki, contrebasse ; Christophe Anglade, récitant. Chœur baroque de Toulouse. Direction : Michel Brun.

C’est un pari assez audacieux autour du mythe d’Orphée qu’a engagé le flûtiste avec son . Travaillant cette année l’Orphée de Glück dans sa version italienne, qu’ils donnent en concert dans la région Midi-Pyrénées, il a eu l’idée d’un concert pédagogique autour de ce mythe fondateur de l’opéra, qui traverse quelque cinq siècles d’histoire de la musique.

Ce n’est pas pour rien que ce mythe est à l’origine du tout premier opéra connu l’Euridice de Jacopo Peri, qui ouvre conventionnellement l’ère baroque en 1600. Au-delà de l’histoire, le personnage principal n’est autre que la musique elle-même, dont le pouvoir charmeur transgresse les domaines normalement hermétiques de la vie et de la mort jusqu’à l’éternité. C’est ainsi que depuis l’Antiquité et de Peri à Cocteau, en attendant d’autres créateurs, cette histoire n’a cessé de fasciner et inspirer les artistes, selon une belle permanence de l’esprit.

Dans sa note d’intention, explique qu’il a choisi un panoramique de la période baroque à travers cinq compositeurs, par l’envie d’illustrer ce foisonnement, par la beauté et la diversité des œuvres engendrées, mais aussi par la frustration de ne pouvoir les faire toutes entendre dans leur intégralité.

Traverser deux siècles de musique, qui ont connu une évolution stylistique considérable, cela suppose une certaine souplesse musicale et aussi l’acceptation de certains compromis, à commencer par la voix elle-même. Ténor, chez Monteverdi et Haydn, Orphée est alto ou mezzo chez Glück, Peri et Rossi. Avec Bertrand Dazin, l’ a choisi de confier le timbre troublant de l’alto masculin pour le personnage d’Orphée avec une orchestration resserrée d’instruments à cordes, accompagnés d’un continuo, d’une flûte furtive et de la harpe symbolique, consubstantielle à l’image d’Orphée.

En sobre version de concert, les musiciens toulousains évoquent le récit du mythe, dont les éléments narratifs issus des livrets de Monteverdi et de Glück, sont déclamés par Christophe Anglade dans le rôle du coryphée. Ils alternent airs, ritournelles et intermèdes selon une cohérence dramatique soutenue par la prédominance de l’ouvrage de Glück, dont la construction est sans aucun doute la plus dramatique.

Suivant une même trame, ils se heurtent toutefois à la difficulté du récital où l’on change sans cesse d’atmosphère musicale, dans un esprit baroque d’ensaladas ou de meslanges.

Si l’on reconnaît aisément les airs et ritournelles du chef-d’œuvre de Monteverdi, l’honnêteté pousse à dire que les fragments empruntés à Peri, puis Rossi (superbe seconde mort d’Eurydice) nous semblent stylistiquement assez proches. C’est là l’occasion d’entendre quelques airs peu courants que l’on ne trouve que sur quelques plages de disques de récital circonstanciés.

On retiendra avec émotion le poignant adieu d’Eurydice, extrait du rare opéra de Haydn L’Anima del filosofo où Éliette Parmentier est bouleversante : «Del moi core il voto estremo dello sposo io vo’che Sia. Al moi ben l’anima mia dona l’ultimo sospir». (Je veux que de mon cœur le dernier battement soit pour mon époux. À mon bien aimé je donne l’ultime soupir de mon âme…).

L’alto Bertrand Dazin ne démérite pas et si son chant charme, Caron, les furies et finit par attendrir les dieux de l’Olympe, il transmet avec justesse la douleur de l’amant éploré selon un timbre vocal d’une belle présence.

La formation orchestrale réduite manque parfois de couleurs, mais il y a de beaux moments et l’on apprécie les «tubes» que sont la danse des furies et celle des ombres heureuses de Glück. Pour cette dernière, le chef Michel Brun saisit le traverso pour mener ce passage au Parnasse.

Avec justesse et une rythmique précise, le jeune Chœur Baroque de Toulouse est à son affaire dans ces pages virtuoses, qu’il accompagne dignement.

Crédit photographique : © Alain Huc de Vaubert

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Bessières (31). Espace Soleiha 18 II 2011. « Orphée un opéra imaginaire ». Extraits d’opéra de Jacopo Péri (1561-1633) : Euridice (1600) ; Claudio Monteverdi (1567-1643) : Orfeo (1607) ; Luigi Rossi (1598-1653) : Orfeo (1647) ; Christoph Willibald von Glück (1714-1783) : Orfeo ed Euridice (1662) Franz Joseph Haydn (1732-1809) : Orfeo ed Euridice ou L’Anima del filosofo (1791). Éliette Parmentier, mezzo, Eurydice ; Bertrand Dazin, alto, Orfeo. Ensemble Baroque de Toulouse : Christophe Geillier, Martine Tarjabayle, violons ; Jean-François Gouffault, alto ; Alice Mathé, violoncelle ; Christine Genet, clavecin ; Kentaro Suzuki, contrebasse ; Christophe Anglade, récitant. Chœur baroque de Toulouse. Direction : Michel Brun.

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